‹ Victor Hugo à GuerneseyChapitre 15 sur 43 · I.A VIE DE FAMir.LE A IIAUTEVIIXE-IIOUSE · texte numérisé non relu

I.A VIE DE FAMir.LE A IIAUTEVIIXE-IIOUSE

vclor bientôt dans une autre partie intéressante (le l'île.

En arrivant à Paris, quelque temps après ces événements, je trouvai M™'' Hugo encore installée avec sa fille dans notre appartement de la rue Turgot où elles avaient séjourné les trois mois que j'avais passés à Guernesey.

Ces dames, aidées de M"^ Chenay, s'étaient activement occupées de nombreuses visites à rendre ainsi que des démarches à faire pour intéresser leurs amis parisiens à l'Œuvre des Enfants pauvres qu'elles fondaient à Guernesey et au profit de laquelle ]\P° Victor Hugo édifiait un bazar de charité dans sa maison même.

Rappelée par son mari, ma belle-sœur se disposait à retourner le rejoindre à IlautevilIe-House; mais, afin que je pusse l'accompagner, ainsi qu'il le désirait (car il ne négligeait aucun moyen pour m'attirer près de lui), elle retarda son départ de quelques jours, pour m'altendre.

Nous partîmes par Granvillc et Jersey oiJ une surprise nous attendait au débarque-

ment. Alfred Asseline, le spirituel écrivain (mort récemment), l'ancien collaborateur d'Alexandre Dumas père au journal le Mousquetaire, cousin germain de M""^ Hugo et le mien [)ar alliance, venait de s'instaïUer somptueusement à Jersey. Prévenu de notre arrivée, il avait réuni les nombreux amis que le poète et M""^ Hugo avaient laissés à Jersey qui s'empressèrent d'accourir au débarcadère du bateau pour la recevoir et lui faire fête.

Des voitures attendaient, nombreuses, pour la promener dans l'île et lui faire un cortège digne d'une reine; nous parcourûmes le territoire de Jersey en son entier, ne nous arrêtant que pour visiter ses sites admirables qui sont nombreux, ses villes et ses curiosités : Saint-Hélier, la Capitale, Saint-Aubin et Gorey, ses châteaux-forts, ses manoirs nombreux, ses principales fermes, ses vergers plantureux et riants, ses pâturages remplis de bestiaux; partout des fleurs et de la verdure. Des lunchs étaient préparés et sollicitaient les invités de distance en distance, et le soir, un somptueux dîner at-

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tendait la laniillc et les amis dans l'élégante demeure du généreux amphitryon.

Ce dîner fut suivi d'un bal des plus brillants qui fut d'une gaieté folle, dura jusqu'au lever du soleil et se prolongea encore après le coup de canon du château de Montorgueil qui l'annonce.

Je suis revenu à Jersey quelques mois après, accompagnant, cette fois, Victor Hugo qui en avait été expulsé en 1855 et qui y était rappelé unanimement en 1860 pour prononcer un discours en faveur de Garibaldi ; il y fut reçu, avec enthousiasme, par une foule immense et y prononça des paroles prophétiques; il prédit la guerre civile en Amérique au sujet du supplice de John Brov^n et l'unité prochaine de l'Italie à propos de Garibaldi. On sait si ces i3rédictions se réalisèrent.

Nous repartîmes pour Guernesey où nous arrivâmes pour le déjeuner qui réunissait ce jour-là tous les commensaux de la maison du poète.

En ce moment, à l'exemple de Victor Hugo, tout le monde y travaillait activement

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et fiévreusement, Charles faisait un roman et terminait une comédie ; François-Victor achevait, lentement et méthodiquement, volume par volume, sa savante et scrupuleuse tradition de Shakespeare, Victor Hugo relisait son manuscrit des Misérables qu'il ne livrait que par parties à ses éditeurs.

M"^ Victor Hugo corrigeait les épreuves de son livre Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, et sa fille Adèle cherchait à réaliser sur son piano les vagues et mélancoliques rêveries que lui inspirait la triste existence qu'elle menait sur cette terre d'exil. Je faisais de la gravure dans un atelier que je m'étais installé et j'y terminais un portrait du maître, le dernier portrait sans barbe.

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