UN CHAPITRE DES « MISERABLES
à l'heure précise et comme tout me le laissait prévoir la réponse était favorable.
En m'apprenant la bonne nouvelle, la tourière prit ses clefs et m'entraîna par des chemins secrets et des corridors impénétrables 011 sans la lumière sourde de la lanterne dont elle était munie, je me serais inévitablement détérioré quelque partie de ma personne. Nous arrivâmes à une porte invisible qui donnait dans le vestibule du grand orgue où je m'introduisis en rampant. Arrivé là, je descendis une marche et me trouvai devant un siège préparé d'avance. Une sorte d'écran était placé de façon à dissimuler ma présence tout en me permettant de suivre dans ses détails la cérémonie auguste à laquelle j'avais obtenu la faveur d'assister. Après m'axoir instruit de ce que j'avais à faire et m'avoir rappelé les engagements pris, mon guide ajouta que ce jour-là, il y avait une cérémonie plus solennelle que les autres jours de l'année, parce qu'il fallait demander à Dieu la grâce d'un plus grand nombre de pécheurs (c'était la nuit du mardi gras); elle me rappela aussi
la promesse que j'avais faite à M"* la Supérieure. Elle me quitta en m'assurant qu'elle ferait une prière pour moi et en ajoutant qu'elle ne viendrait me chercher que deux heures après, afin que je pusse assister à tous les détails si compliqués de l'office.
Devant moi un autel étincelant de lumières; sur cet autel l'ostensoir; des nuages parfumés s'élèvent devant lui, à profusion; lui faisant face, deux ligures immobiles et silencieuses, agenouillées et prosternées ressemblent à des statues ou à des anges, dans leur longue dalmatique de velours rouge à longs plis et à traîne, complètement brodée d'or. Ces deux figures d'aspect hiératique, se détachent vigoureusement, comme un phare céleste et sauveur éclatant de vive lumière, sur le fond de la chapelle complètement obscure, et font comprendre l'allégorie chrétienne.