‹ Victor HugoChapitre 14 sur 51 · GO · texte numérisé non relu

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impuissance qu’on s’attaque à eux ; mais quel tort peut-on' espérer leur faire quand on écrit comme l’auteur de la préface dont nous parlons?... »

La défense ne fut pas moins ardente que l’attaque : les jeunes gens se déclarèrent énergiquement pour l’indépendance du théâtre, et la Préface de Cromwell devint le signe de ralliement.

Le Globe, dans un article de M. de Rémusat, maintint son réle de médiateur. — Les amis* toulousains de M. Victor Hugo sentirent que leur néo-tragédie allait disparaître dans cette irruption violente d’un art entier et sans scrupules. La mort de Talma leur avait porté le premier coup, la Préface de Cromwell les acheva. Ils se résignèrent de bonne grâce, et prirent noblement le parti de l’œuvre qui les tuait. M. Soumet écrivit à l’auteur : « Je lis et relis sans cesse votre Cromwell, cher et illustre Victor, tant il me parait rempli des beautés les plus neuves et les plus hardies; quoique dans votre préface vous nous traitiez impitoyablement ,de mousses et de lierres rampants, je n’en rendrai pas moins justice à votre admirable talent et je parlerai de votre œuvre michel-angesque comme je parlais autrefois de vos odes. »

MORTS

L’année linit tristement. Madame Foucher, malade depuis assez longtemps, avait cru que l’été et la campagne la remettraient; elle revint à Paris condamnée par les médecins. Elle se coucha pour ne plus se relever. Cette femme excellente garda, dans des souffrances intolérables, un calme et une bonté angéliques. Le mal qui la tenaillait lui arrachait par instants un cri vite étouffé, et elle se remettait aussitôt à sourire. Elle ne s’occupait que de son mari et de ses enfants, surtout d’une seconde fille qu’elle avait eue quelques années auparavant et que sa maladie l’avait obligée de mettre en pension toute petite. Elle s’inquiétait du dîner,

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du linge, si Paul avait ce qu’il lui fallait, s’il était venu une lettre d’Alençon, où son (ils Victor était substitut du procureur du roi et s’était marié. bien n’était touchant comme cette martyre attentive au bien-être des autres.

La mort ne l'effraya pas. Le prêtre qu’elle avait demandé la trouva tranquille et sereine. Elle aurait pu se confesser en public. Toute sa vie avait été un long dévouement. Elle avait eu cette perfection de la vertu qui est l’indulgence. Elle qui vivait dans son intérieur et dans son devoir, elle avait toujours excusé les fautes des autres femmes; elle y croyait malaisément; contrainte par l’évidence, elle répondait : — Je n’aime pas qu’on soit sévère pour les femmes, elles ont tant souffrir.

Le prêtre était une espèce d’aumônier de la famille. Il avait baptisé le premier enfant de M. Victor Hugo. C’était un méridional, sanguin, irascible, bon diable, assez leste dans ses propos. En présence de la mourante, il se transfigura, et il l’administra avec la gravité sacerdotale. Si habitué qu’il fût aux agonies, il ne put se défendre d’une vive émotion devant cette fin douloureuse d’une femme dont il connaissait toute la vie. Il sortit le visage en larmes.

Il y eut une apparence d’amélioration dans l’état de la malade : — Je me sens mieux, dit-

elle, je crois que je vais entrer en convalescence.

Le soir même, le supplice reprit. Le surlendemain, elle rendait A Dieu une des meilleures Ames qui aient passé sur la terre.

La vie est une perpétuelle rencontre de funérailles et de noces. Au mariage de M. Victor Hugo, son frère Abel avait remarqué une jeune fille, mademoiselle Julie de Monlferrier; il n’était pas alors en position de se mettre en ménage, mais depuis, ses affaires ayant réussi, il l’avait demandée et obtenue. Il fut marié par le même prêtre qui venait d'enterrer madame Foucher.

Le général Hugo, établi momentanément A Paris, assista au mariage. La réconciliation était complète entre le père et les fds. Abel et Victor étaient revenus tout A fait et avaient accepté leur belle-mère. C’était A son père que Victor avait dédié Cromwell. Le général était heureux de tous les côtés. Le gouvernement lui avait enfin pardonné l’acharnement de sa résistance A l’étranger. 11 n’était plus interné; il était reconnu comme général de division. Rétabli dans son grade, dans sa liberté et dans sa famille, il respirait un peu après une vie si laborieuse et si méconnue. II avait déjà deux petits -enfants, Léopoldine et Charles; le nouveau mariage lui en promettait d'autres; il était encore d’Age A voir longtemps

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grandir ses petits -enfants, qui, eux, seraient élevés à l’aimer.

Pour être plus près de ses fils, il s’était logé dans leur quartier. 11 habitait rue Plumet. M. Victor Hugo allait le voir presque tous les soirs. Il y restait des heures entières, voulant regagner le temps perdu. Le 28 janvier 1828, il se hâta de dîner et y emmena sa femme. Le général était en humeur de gaieté et de causerie. On ne se sépara qu’à onze heures. Le fils était rentré et se déshabillait, quand on sonna vivement à la porte. Ce coup de sonnette à une heure où les visités ont cessé lui lit peur. Il courut, ouvrit la porte et vit un homme qu’il ne connaissait pas.

— Que voulez-vous?

— Je viens de la part de madame la comtesse Hugo vous dire que votre père est mort.

51. Victor Hugo quittait son père, il venait de le voir plein de vie, il fut étourdi du coup, il crut à une erreur ou à quelque horrible rêve. Sans avoir conscience de ce qu’il faisait, il se rhabilla et suivit machinalement le messager rue Plumet.

Il trouva son père étendu sur son lit, rigide et décoloré, le col de chemise déboutonné, une manche relevée et des ligatures au bras. II y avait près de lui un homme qu’il ne reconnut pas d’abord.

Cet homme était un médecin qui demeurait à

la porte du général. On était allé chercher du secours le plus prés possible; il était venu et avait trouvé le général en proie à une attaque d’apoplexie foudroyante; il avait pratiqué une saignée et fait tout ce qui était possible, mais sans résultat.

Le général était mort en soldat : l’apoplexie l’avait frappé debout , avec la rapidité d’une balle.

Le médecin du père se trouvait être celui qui avait soigné le (ils 4 la pension Cordier de sa blessure au genou.

Los robes noires et le crêpe achetés pour le deuil de la mère n’étaient pas encore usés et pu- A/ rent servir pour celui du père. I*** '

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