HE UN A N I
— Je vous jure que non, madame; vous me faites tant de bonnes et justes observations que je confonds les unes avec les autres.
— Je parle de l’hémistiche du lion...
— Ah? oui. « vous êtes mon lion ! » je me rappelle.
— Eh bien! avez-vous trouvé un autre hémistiche ?
— Je vous avoue (pie je n’en ai pas cherché.
— Vous ne trouvez pas cet hémistiche dan- . gereux ?
— Je ne sais pas ce que vous appelez dangereux, madame.
— J’appelle dangereux ce qui peut être sifflé.
— Je n’ai jamais eu la prétention de ne pas être sifflé.
— Soit, mais il faut être sifflé le moins possible.
— Vous croyez donc qu’on sifflera l’ hémistiche du lion?
— J’en suis sûre.
— Alors, madame, c’est que vous ne le direz pas avec votre talent habituel.
— Je le dirai de mon mieux... cependant je préférerais...
— Quoi ?
— Dire autre chose.
— Quoi ?
— Autre chose enfin !
— Quoi ?
— Dire — et mademoiselle Mars avait l’air de chercher le mot que, depuis trois jours, elle mâchait entre ses dents, — dire, par exemple, heu... heu... heu...
Vous êtes, monseigneur, superbe et généreux!
Est-ce que monseigneur ne fait pas le vers comme mon lion ?
— Si fait, madame, seulement mon lion relève le vers et monseigneur l’aplatit. J’aime mieux être siffié pour un bon vers qu’applaudi pour un méchant.
— C’est bien, c’est bien... Ne nous fâchons pas... On dira votre bon vers sans y rien changer! — Allons, Firmin, mon ami, continuons...
Vous êtes mon lion superbe et généreux ! »
Ces taquineries devinrent de jour en jour plus vives. Si indifférent que fût M. Victor Hugo à ces petites impertinences, il y eut un moment où sa dignité ne put plus les tolérer. A la fin d’une répétition, il dit à mademoiselle Mars qu’il avait à lui parler. Ils allèrent dans le petit foyer.
— Madame, dit M. Victor Hugo, je vous prie de me rendre votre rôle.