‹ Victor HugoChapitre 34 sur 51 · MAKI K TU DO K · texte numérisé non relu

MAKI K TU DO K

et que le directeur trouvait mal tenus. Un de ces rôles était celui du Juif, joué par M. Chilly, que M. llarel trouvait trop jeune. M. Victor llugo, <jui était fort content de M. Chilly, et qui, de plus, savait de lui un fait extrêmement honorable, lui maintint le rôle. M. Harel ne fut pas plus heureux pour les autres.

En même temps, il se répandait toutes sortes de bruits contre la pièce. Les amis de l’auteur s’inquiétaient. Un des meilleurs et des plus intelligents lui écrivait :

« Il me revient de tous côtés, mon cher Victor, (pie votre pièce est plus que jamais un tissu d’horreurs, que votre Marie est une buveuse de sang, que le bourreau y est presque toujours en scène , et autres reproches aussi bien fondés. J'aurais voulu pouvoir aller moi-même vous parler de tout cela à Paris; mais je ne pourrai y être que mercredi matin. J’ai de fortes raisons de croire que vos ennemis sont plus que jamais disposés à faire ce qu’ils pourront pour vous empêcher de réussir, et que la présence du bourreau sur la scène est le mol d’ordre donné aux malveillants. L’arrivée du bourreau au second acte et sa présence dans le cortège au quatrième sontelles bien nécessaires à votre drame? Cela de moins, en resterait-il moins beau? et ne serait-il

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tlü

point prudent de faire encore ce sacrifice aux susceptibilités d’une partie du public? Pour ma part, d’après ce que j’ai entendu depuis deux jours, je crois de mon devoir d'ami d’insister vivement auprès de vous pour que vous vous y déterminiez. Je sais que le bourreau a déjà été mis sur la scène par d’autres, sans que le public ait paru le trouver mauvais, mais depuis quelque temps l’opinion a singulièrement été travaillée dans ce sens et l’est encore en ce moment plus cpie vous ne pouvez le croire, et je me Iroinperais bien fort si surtout la scène entre le bourreau et la reine au second acte n’exposait votre pièce à un grand danger. Je suis si tourmenté de cette idée que j’ai cru devoir vous la communiquer. Si toutefois vous en jugez autrement . je n’ai pas besoin de vous dire que je désire vivement me tromper.

« Tout à vous de cœur.

La veille de la première représentation, M. Victor Ilugo, sortant du théâtre, fut suivi par M. Harel jusque sous l’auvent du théâtre.

— Monsieur Hugo, dit le directeur, vous êtes bien décidé à ne pas changer votre distribution?

— Il serait un peu tard, puisqu’on joue demain.

MARIE TliDOR.

— J’ai fait apprendre les rAIes en double. Voulez-vous?

— Non.

— Eh bien, votre pièce tombera.

— Cela veut dire que vous la ferez tomber?

— Cela veut dire ce que vous voudrez.

— Eh bien, monsieur llarel, faites tomber ma pièce; moi, je ferai tomber votre théâtre.

Ce furent les dernières paroles échangées entre l’auteur et le directeur avant la bataille.

M. llarel devait envoyer à l’auteur deux cent cinquante billets; il n'en envoya que cinquante. M. Victor Hugo les renvoya et ne garda que la loge de sa femme. Quelques amis de l’auteur, désolés de n’avoir pas de place, s’adressèrent M. Alexandre Dumas, alors tout-puissant sur la direction, et qui, avec sa générosité ordinaire, les fit entrer.

M. Victor llugo, en arrivant au théâtre le soir de la représentation, n’alla pas cette fois dans la loge de mademoiselle Georges; il alla droit aux coulisses. Un de ses amis vint l’y trouver et lui montra par le trou du rideau des exemplaires du Journal des Débats qu’on se passait de main en main à l’orchestre et aux galeries : c’était le numéro où était l’article de M. Granier de Cassa gnac.

Pendant qu’il regardait cela, on vint lui dire

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que mademoiselle Georges le priait d’aller lui parler. 11 ne se pressa pas et resta à causer avec son ami. On frappa les trois coups, et l’ami retourna clans la salle; alors l’auteur alla trouver l’actrice. Elle le reçut froidement, lui dit qu’il venait trop tard, que maintenant le rideau était levé et qu’elle n’avait plus rien à lui dire.

Le premier acte, dont n’était pas mademoiselle Georges, fut peu applaudi. M. Frédérick , à qui l’auteur avait destiné Gilbert, n'étant pas au théâtre A cette époque, le rôle avait été donné à M. Bocage, puis, après un des conflits de ces répétitions orageuses, à M. Lockroy, qui, homme de talent d’ailleurs, n’avait pas l’autorité de M. Bocage, ni surtout de M. Frédérick Lemaître. M. Chili y donna tort au directeur en étant excellent dans le Juif.

L’apparition de mademoiselle Georges fui un éblouissement. A demi couchée sur un lit de repos, en robe de velours écarlate, couronnée de diamants, sa beauté était vraiment royale. L’insulte à Fabiani fut dite par elle avec une vérité ample et une familiarité superbe. Tout alla bien jusqu’à l’entrée du bourreau, que l'auteur avait conservée, et qui fut, en effet, le signal des sifflets.

Toute la troisième partie, surtout la scène de Gilbert et de Jane, excita des ricanements eonti-

MAH1E TL DÜH.

miels. Le cortège de l’exécution, au dernier acte, lit grand effet, et le bourreau, sifflé au second acte, fut applaudi au quatrième. Mais les sifflets reprirent aussitôt; mademoiselle Georges elle-même ne fut plus ménagée; son imprécation contre Londres fut bourrasquée; la grande scène finale (‘litre les deux femmes futsiffléed’un bouta l’autre.

Cependant on sentait une résistance énergique de la pièce; une partie considérable du public avait protesté par ses applaudissements; les amis de l'auteur affirmaient qu’il y avait bien eu quelques sifflements dans les loges et à l’orchestre, mais ipie l’opposition était surtout venue du parterre, livré à la claque, c’est-à-dire au directeur. En somme, la soirée n’était nullement décisive; il y avait une grande différence avec le Roi s’amuse, sifflé évidemment par le public et écrasé; c’était un combat, mais ce n’était pas une défaite.

Une différence d’une autre espèce avec le Hoi s’amuse, c’est que, pour la première fois, le nom de l’auteur fut sifflé.

M. Victor Hugo se hâta d’aller dans la loge de mademoiselle Georges, curieux de voir comment elle prenait ceux des sifflets qui s’étaient attaqués «à elle. Elle était furieuse.

— 11 y avait des drôles dans la salle! s’écriat-elle.

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— Est-ce dans la salle? se contenta de dire l’auteur.

M. liarel entra, l’actrice lui reprocha hautement de l’avoir fait siffler, et .M. Victor Hugo les laissa s’expliquer ensemble.

Une indisposition grave de l’actrice qui jouait Jane obligea à faire relâche le lendemain. Les journaux furent très-hostiles. A la quatrième représentation , l’annonce d'Angèle reparut sur l’affiche. Malgré tout cela, les recettes, inférieures â celles de Lucrèce Dorgia , se maintinrent à un chiffre qui força le directeur de retirer encore une fois l’annonce, et Marie Tudor e ut un nombre de représentations plus qu’honorable.

Les relations n’étaient plus possibles entre M. Victor Hugo et la Porte-Saint-Martin. M. liarel le sentit lui-méme, et le traité signé pour un troisième drame fut résilié d’un commun accord.

ANCELO.

Au commencement de 1834, M. Victor Hugo fit V Etude sur Mirabeau, décidément révolutionnaire. Ses idées avaient marché depuis ses premières odes, si aveuglément royalistes. Il éprouva le besoin de mesurer la route qu’il avait parcourue. de jeter un coup d'œil sur les étapes de son esprit, de confronter son présent à son passé et de se rendre compte de lui-même. Sûr de n’avoir jamais obéi qu'à sa conviction et n’ayant rien à renier ni à cacher, il fit cet examen de conscience en public dans Littérature et Philosophie mêlées.

Le Ru s’amuse tombé n'avait pas empêché le

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Théâtre-Français «le lui redemander une pièce depuis la réussite éclatante de Lucrèce Borgia. M. Jouslin de Lasalle étant revenu en février 1835, M. Victor Hugo lui répondit qu’il achevait dans ce moment un drame qui exigeait deux actrices de premier ordre. Le Théâtre-Français avait mademoiselle Mars et pouvait engager madame Dorval, qui était libre, mais il s’agissait de savoir si mademoiselle Mars consentirait â jouer avec madame Dorval. Quant à celle-ci, elle jouerait avec qui l’on voudrait.

L’auteur lut Atigelo â mademoiselle Mars. L’actrice habitait rue de la Tour-des-Dames, dans un hôtel où l'on arrivait par une avenue et par «les escaliers en amphithéâtre. L’auteur fut introduit dans un salon meublé selon le goût empire. Un goût plus récent y était représenté par un tableau-pendule figurant une église de village dont le clocher à cadran carillonnait les heures. • le carillon se mêla à la lecture d'Angelo.

M. Victor Hugo n’avait pas revu mademoiselle Mars depuis qu’il lui avait refusé Marion de Larme. Elle fut très-aimable, écouta la pièce avec intérêt, lui dit «ju’il avait fait de grands progrès comme lecteur, et loua même le drame en des termes auxquels elle n’avait pas accoutumé l’auteur d ’llemani.

— Certainement, je jouerai, dit-elle, et avec

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