RU Y BI.AS
liste d’acteurs de vaudeville et de province. Il avait demandé M. Frédérick Lemaître. C'avait été, du reste, sa seule condition. Il avait voulu, à ce théâtre qu’il avait donné pour rien, et dont on avait offert une fois â M. Anlénor Joly soixante mille francs, le même traité qu’au Théâtre-Français et â la Porte-Saint-Marlin.
M. Frédérick Lemaître faisait une tournée en province; un mot de M. Anlénor Joly le lit revenir en grande hâte. Le théâtre étant tout â refaire à l’intérieur et livré aux ouvriers, l’auteur, pour ne pas lire dans les coups de marteau, fit venir les acteurs chez lui. M. Frédérick fut radieux aux trois premiers actes , inquiet au quatrième , sombre au cinquième, et s’esquiva sans rien «lire.
On ne pouvait répéter au théâtre. M. Anlénor Joly avait obtenu qu’on lui prêtât la salle du Conservatoire. Ce fut là que le lendemain l’auteur distribua lesrêles. M. Frédérick Lemaître reçut le sien d’un air résigné, mais il y eut à peine jeté les veux qu’il poussa un cri d’étonnement et de joie:
— C’est donc Ruy lilas «pie je joue ?
Il avait cru «pie c’était don César. Comme il arrive toujours des grandes réussites, sa prodigieuse création de Robert Macairc lui était perpétuellement jetée au visage; on lui répétait sans cesse qu’il ne pouvait plus jouer que cela, qu’il
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VICTOR H l! G O RACONTÉ.
était incapable désormais des rôles sérieux; en voyant les développements que prenait don César au quatrième acte, il s’était dit que M. Victor Hugo pensait comme les autres et lui destinait le rôle comique. Le rôle était beau, mais c’était encore un déguenillé. Au lieu (pie Ruy Blas le débarrassait des baillons de Robert Macaire, il allait être renouvelé et régénéré; il remercia avec effusion AI. Victor Hugo de le délivrer enfin de l’ironie et de la dérision et de le réconcilier avec la passion et avec la poésie.
La musique ne laissa pas longtemps le Conservatoire à la littérature. Il a y lilas fut prié de s’en aller. 11 n’eut que la Renaissance, plus que jamais en proie aux maçons, aux serruriers, aux menuisiers, aux doreurs et aux tapissiers. Ce fut dans ce péle-méle et dans ce vacarme que les dernières répétitions se firent. Un jour, au commencement du troisième acte, M. Victor Hugo, trouvant que deux acteurs se plaçaient mal, se leva pour aller les placer lui-méme. Il était à peine debout, qu’une large barre de fer tomba de la voûte précisément sur le fauteuil qu’il quittait. Sans la faute de ses acteurs, il était tué roide.
Le drame ne courait pas moins de dangers que l’auteur. AI. Anténor Joly n’avait pas résisté A la musique autant qu’il l’avait promis; <yi même