‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 102 sur 138 · Moniteur du 20 octobre · texte numérisé non relu

Moniteur du 20 octobre

lais, après tout, il en peut prendre aisément son il s'est séparé de la majorité, ne s'cst-il pas ratus étroitement que jamais à Louis-Napoléon?

eau converti a choisi lui-même son chemin de : il sait que ce chemin conduit à l'Elysée, elques jours de là, l'événement que tous pré- ; se réalisait. Le prince-président renvoyait ses s et formait un nouveau cabinet '. Victor Hugo as appelé à en faire partie. Le coup fut d'autant le que, cette fois, il avait cru toucher au but. La

ne se fermera jamais. Elle saig-nait encore, trois itard, quand tlfit les Châtiments. MM. Routier, Parieu, lui ont été préférés le 3i octobre, ils se is au banquet ministériel pendant que lui, Hugo,

la porte ; il ne se lassera pas de les insulter. Il

i maudits, Troplong, Fould, Magnan, Faustin deuil..

l'Elysée eu joie, où sonne le tambour, se hâtent, Parieu, Montalembert, Sibour, er, cette câlin, Troplong, cette servante...

cos le Gascon, 6 Rouher l'Auvergnat!...

>us, juifs. Fould-Shytock, Sibour-iscai'iotii,

Parieu, toi. Bertrand, horreur du patriote ;...

lets solennels, o majestueux fourbes!...

Souvent du fond des geôles sombres comme d'un enfer, le murmure des ombres

îaroche et Rouher tiennent sous les barreaux,

:e tas de laquais est uo tas de bourreaux ;

i tes cœurs de boue, ils sont les cœurs de roche;

lro[>hc alors se dresse, et pour cingler Bnroche,

ille un fouet sanglant dans Rouher écorché *!

ibinet du 31 Octobre 1849, dont les principaux membres . Rouher, ministre de la justice; M. de Parieu. mlnistra ruction publique; M, Achille Fould,

J'en passe, et des meilleurs ! Il n'est pas jusqu'à ce malheureux général d'Hautpoul qui, pour avoir pris le portefeuille de la guerre dans le cabinet du 3i octobre, n'attrape lui aussi force horions :

Ce ventre a nom iïHautpoul, ce nez a nom d'Argout...

Ours que Boustrapa montre et qu'il tient par la sangle, Dansez ! dansez, Berger, d'Hautpoul, Murât, citrouilles !

Louis-Napoléon avait repoussé les avances de Victor Hugo. Après l'exclusion dont il venait d'être l'objet, lors de la formation du cabinet du 3i octobre, le poète ne pouvait plus rien espérer du côté de l'Elysée. Moins encore pouvait-il compter sur les sentiments et l'appui de la majorité. Entre elle et lui, depuis la séance du 19 octobre, il y avait de l'irréparable. S'il voulait arriver, et il le voulait plus que jamais, il ne lui restait plus d'autre parti à prendre que de se jeter dans les bras de la gauche. Un autre, à sa place, se rappelant que, la veille encore, il siégeait à droite, n'eût pas dépassé les bancs de la gauche modérée. Mais la gauche modérée, à ce moment, n'avait aucune chance de ressaisir le pouvoir. Aux élections pour la Législative, elle avait subi un véritable désastre. A peine comptait-elle dans l'Assemblée, sur plus de sept cents membres, soixante-dix représentants. La république socialiste et radicale, au contraire, avait fait passer cent quatre-vingts de ses candidats. Tandis que Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, Armand Marrast, étaient exclus de la nouvelle Chambre, Ledru-Rollin était élu le second dans le département de la Seine et était honoré de quatre autres élections. Félix Pyat était élu trois fois ; Théodore Bac, le sous-officier commissaire,

Michel de Bourges, Mathiet deux fois '. Aux élections c 18^9, à Paris, sauf un nom liste républicaine avait été e:

liste. Sans chefs, presque sai modérés cachaient leur hm l'ombre de la Plaine. La crôti feux du soleil levant :

L'aube sur les grands mont

Victor Hugo alla à la Me Une autre raison encore Ledru-Rollin avait dû gagi par la petite porte du Conse la Montagne n'avait plus qu Jules Favre. Ni M. Jules Gr fils, ni M. Pascal Duprat, ne pouvaient compter. Mich pu soutenir la grande rép M" Crémieux n'était que le C'était un avocat aussi que J rhéteur. Son talent, certes, autorité était nulle. Il avait 1 sans émouvoir, sans entraîne La place, laissée vide par !

prendre : Victor Hugo ne m rait remplir. II s'y appliqua

t. « Le socialisme avait conquis plusieurs départements dans 1b Onln: : c'était la Corréze, l'Allier, le Cher, la Ni.nro. la C.r(:nsi\ la Dordogne, la Haute-Vienne . En Alsace, il avait fait pusiT juvsque tous ses candidats. Enfin, il était presque maître de la vallée de la Saône et du Rhône; à part les départements dis ViiiJi'liisi 1 , du Uard, des Hautes-Alpes, de l'Hérault, des Bouchi uniu-RhÛne. toute cette région lui appartenait. . Bistoût de ta seconde République française, par Pierre de la Gorce, t. 11,

réussir. Sans doute, ce que la droite lui avait refusé, les applaudissements, la louange, l'encens, tout cela, la gauche le lui donnera et lui fera bonne mesure; mais elle ne le reconnaîtra pas pour son chef, elle ne lui donnera pas sa confiance ; s'il ne se souvient plus qu'il a été pair de France, qu'il a travaillé de toutes ses forces à l'élection de M, Bonaparte et qu'hier encore il siégeait à droite, elle ne l'oubliera pas si vite; elle aura tôt fait d'ailleurs de s'apercevoir que, si Ledru-Rollin était un véritable orateur, toujours sur la brèche, toujours prêt, il n'en allait pas précisément de même avec Victor Hugo, qui n'était prêt, lui, que tous les six mois, En deux ans, du mois de décembre 1849 au mois de décembre 1 85 1 , il ne prononcera que cinq discours.

Le i5 janvier i85o, il parla dans la discussion du projet de loi sur la liberté d'enseignement. Son discours ne fut qu'une longue personnalité contre Mon talembert, une revanche posthume exercée contre l'orateur de la droite, en mémoire de la dure leçon que celui-ci lui avait infligée le 19 octobre 1849. Transportant à la tribune les effets de scène et de style de la Porte-Saint- Martin, il disait aux membres de la droite:

Votre loi est une loi qui a un masque...

C'est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous dites : Voici une liberté 1 Quand vous faites une proscription vous criez : Voilà une amnistie!...

Vous êtes les parasites de l'Église, vous êtes la maladie de l'Église. Ignace est l'ennemi de Jésus. Vous êtes non les croyants, mais les sectaires d'une religion que vous ne comprenez pas. Vous êtes les metteurs en scène de la sainteté.

A propos d'une loi, qui était une loi de liberté, qui mettait fin à une lutte de dix ans entre l'Église et l'Université, — d'une loi préparée par M. de Falloux, accep-

VICTOR HUGO APRÈS mn

r M. Cousin, défendue par M. Thiers, Victor Hugo nit Harvey, Galilée, l'inquisition, Torquemada, le clérical, les Jésuites; il accusait la majorité de r d'autre idéal que celui qu'il résumait en ces mots: acristie souveraine, la liberté trahie, l 'intell igenncue et liée, leslivresdéchirés, le prone remplaçant sse, la nuit faite dans les esprits par l'ombre des nés, et les génies matés par les bedeaux I »

Montagnards n'avaient jamais été à pareille fête. Pyat lui-même ne leur avait jamais servi un tel

Bourzat, Ronjat, Cholat, Duprat et Sautayra lient en chœur:

1 n'a que lui qui puisse écrire de ce goût!

pourtant, même dans ce discours, il lui était échappé arases, des mots où se trahissait le réactionnaire veille. A un moment, entre lui et I 1, s'établit ce curieux colloque :

le Président. Par ces expressions, vous attaquez non lent ce que vous appelez le parti clérical, mais encore la >n elle-même.

V. Hugo. Je croyais avoir fait, dès les premiers mots, istinction comprise de l'Assemblée. Cette distinction, iste en couvrant de ma vénération FÉglise, notre mère

1875, ce dialogue est remplacé par ces deux li- : M. le président et M. Victor Hugo échangent illoque gui ne parvient pas jusqu'à nous B .

un autre endroit, parlant de M« r Affre, l'orateur t exprimé ainsi : « C'est l'archevêque de Paris lant avec un sourire sublime le faubourg Saint-

L'ASSKMBLÉE LÉGISLATIVE

Antoine révolté i . » En 1875, tout est changé: le sourire de M* r Affre n'est plus sublime, le faubourg Saint- Antoine n'est plus révolté 2 .

Le di xours sur la déportation, prononcé dans la séance du 5 avril i85o, est un morceau littéraire soigneusement travaillé, éloquent par endroits, mais où l'éloquence est souvent voisine de la déclamation. Il fut aisé de voir ce jour-là que Victor Hugo, en dépit de ses merveilleuses qualités d'écrivain, ou plutôt à cause de ces qualités même, n'était à aucun degré un homme de tribune. La moindre interruption le démontait. Il venait de dire : « Qu'une révolution survienne, les hommes d'affaires, les gens habiles, ne sont plus que des nains. » — « Et les imbéciles sont des géants ! » s'écria une voix à droite, celle de M.- Boissié 3 . Certes, le mot n'atteignait pas Victor Hugo. Quelle riposte eût lancée aussitôt un Berryer, un Guizot, un Montalembert ! Victor Hugo perd contenance, regarde la droite, la gauche, cherche une réponse qui ne vient pas. Il se retourne vers le président, comme pour lui demander aide et protection. M. Dupin, qui jouit malicieusement de son embarras, se garde bien de l'en tirer. A la fin, Victor Hugo, au milieu de l'hilarité générale, reprend purement et simplement sa phrase, telle qu'il l'avait écrite dans son cabinet 4 . — Quelques instants après, il fit remarquer que si la loi en discussion eût existé en 1848 et que la révolution eût été vaincue, Louis-Philippe aurait pu déporter M. Odilon Barrot. Ce dernier se leva: « J'ai défendu ce gouvernement, dit-il,

i. Moniteur du 16 janvier 1850.

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