L'Opinion publique du 22 mai
ne plaise 1 que c'est Tartufe qui l'a faite, mais j'affirme st Escobar qui l'a baptisée M
quittant la tribune, Victor Hugo s'arrêta au bas de ier de gauche. Les membres de la Montagne desent de leurs places et dénièrent devant lui. Il disseulemcnt quand ce baisemain démocratique et fut terminé *.
lendemain, Montatembert prit la défense du projet « Je reconnais, dit-il en commençant, que je dois i Constitution, contre laquelle j'ai voté 3 , que je lui espect et obéissance, mais pas autre chose. J'ai le ie la juger et je ne lui dois rien de ce culte, de cet :, de cette espèce de superstition qu'on vient réclaujourd'hui pour elle. Je m'étonne seulement de voit sont les docteurs et les pontifes de ce culte nouveau, >mmes dont la vie a été une attaque permanente ouvoirs établis et aux constitutions précédentes, et clament pour leur œuvre nouvelle une sorte d'idoinjusti fiable. » Il ajouta :
s comprenez bien, Messieurs, que je ne dis pas ces paroir l'honorable général Cavaignac, qui a loyalement et isement servi son pays sous la royauté, et que la royauii a loyalement et convenablement récompensé. Je ne pas non plus, ou du moins je ne le dirais pas pour ctor Hugo, s'il était ici... (Bruyante hilarité) ; car, s'il
oici le commentaire autorisé dont le journal de Victor dans son nunitro du ±: mai ISid, ncconipagnait ce paslu Maître: - Voyant M. de Monlalenibert rire de ce riro lont il a l'habitude quand il entend des chus es sw-ii'iiirs, ur a ajouté : — ■ Ce qui ferait plaisir à Loyola. ■ M. de lembert n'en a pas été quitte pour ce mot. Après avoir îtré les hypocrisies du projet. M. Victor Hugo a ajouté : 'affirme pas que c'est Tartufe qui a fait la loi, mais c'est ir qui l'a baptisée. • L'Evénement du 22 mai 1850. 'Opinion publique du 22 mai 1850.
oniine Montalembert, Victor Hugo avait voté contre la ; tu lion. Voyez ci -dessus, chapitre vin.
était ici pour m'en tendre, je lui rappellerais les antécédents de sa vie, toutes les causes qu'il a chantées, toutes les causes qu'il a flattées, toutes les causes qu'il a reniées. {Longs bravos à droite.)
Mais il n'est plus ici.
C'est une vieille habitude chez lui : comme i 1 se dérobe au service des causes vaincues, il se dérobe aussi aux représailles qu'on a le droit d'exercer sur lui. {Très bien! très bienl Applaudissements redoublés sur les bancs de ta majorité '.)
A l'ouverture de la séance du 23 mai, Victor Hugo réclama la parole. 11 avait eu toute la nuit pour préparer sa réplique. Celle de Montalembert suivit immédiatement. Ce fut un combat corps à corps, une lutte épique :
chocs affreux! terreur! tumulte élincelanl!
En dépit de son talent, Victor Hugo fut vaincu. Aussi bien, sa palinodie était là, publique, flagTante, qui le livrait désarmé à son adversaire. Montalembert, maître de lui-même, attaquait, le front levé et la main haute, ne perdant aucun de ses coups, fier, dédaigneux, méprisant, comme a droit de l'être le soldat fidèle en face du transfuge *.
Montalembert était, avec Berryer, le plus grand orateur de l'Assemblée législative, et il faisait à la tribune
t. Séance du 22 mai 1849. (Moniteur du 93 mai.) — Sur cette séance du Ï2 mai et sur cello du 23, voir deux admirables artich'.H <li: Louis Veuillot. {Mélanges religieux, historiques , politiques et littéraire), 1™ série, t. V.'pp. 48i-496.) Ces articles, Victor Hugo les avait sur le cœur. Pour se vongnr, il ne lui fallut pas moins de deui pièces des Châtiments, de quarante strophes, où le rédacteur en chef de l'Vnweri est traité de Zoile Cogot, do Baiailiac, d'espion, de VOLEUR, do gredin. de bandit, de triple gueux, d'assassin et de crapule. C'est de la poésie, je le veux bien, mais c'est aussi de l'épilepsie.
2. Œuvres du comte de Montalembert, Discooas, t. III, p. 454.— Plus heureui que Louis Veuillot, Montalembert s'en tire, dans tti Châtiments, avec trente-quatre strophes. Il y est simplement traité de Judas, de Baskir, de Croate, de louche rhéteur, Aç renard et de vipère.
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une autre figure que Victor siré Nisnrd, en a porte ce l'aurais écoulé tous lesjou ches; M. de Montalembert n'était pas un avocat, ce n n'était pas un professeur ; monsieur qui parlait bien poète qui écrivait bien. ^ fiant. Orateur, Victor Hug pouvait pas le devenir, pa s'oublier lui-même, de s'idei sionner pour ce qui n'était | lion, sa gloire. Et comme s ambition n'intéressaient qi.
toire, pas une seule fois il fois il ne s'est rendu maître Cette préoccupation const trahissait dans chacune de chose d'irritant. Le sentime tant était un mélange d'éto d'impatience. Nul ne se s parole de cet orateur qui n l'avocat de sa cause.
En tCte de ses Œuvres or « Tous les discours de trit livre ont été improvisés-..
laite de la méditation préal Assemblées que des discoui ces longues périodes d'une métrie si parfaite, d'une coi
i. Citô p.ir M. Eugène Loui t. 111, p. SU3.
ï. V. Hugo, Actes et Paroles,
phores si patiemment suivies ; ces antithèses qui jamais ne bronchent, tout cela aurait été improvisé dans la chaleur de la lutte, dans le tumulte des Assemblées ! Nul lecteur ne le croira. Quant aux auditeurs du poète, ils savaient à quoi s'en tenir. Cormenin a dit, dans le Livre des Orateurs, où .Victor Hugo ne figure que pour mémoire: « Victor Hug-o, trop enflé de pensées et de style, n'a jamais été qu'un grand poète et non pas un gTand orateur, puisqu'il n improvisait pas 1 . » M. Jules Simon ne s'exprime pas autrement dans ses Souvenirs de
Les amis de Victor Hugo, qui, sur la fin de sa vie, lui attribuaient tous les genres de gloire, le traitaient de grand orateur. On a des discours de lui qui sont admirables. Peut-on dire que ce soient des discours ? Ce sont bien plutôt de grandes pages écrites par ce grand poète, qui maniait la langue sous toutes ses formes et sera toujours compté au premier rang' de nos prosateurs. Il n'improvisait pas : il récitait ou il lisait. Il en résultait que ses apparitions à la tribune étaient très rares 2 .
1 Le Livre des Orateurs, par Timon (M. de Cormenin), t. II, p. 245; 19 e édition, 1869.