‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 106 sur 138 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lis-Bourbon et la Comédie-Française. Reprise d'Angclo. lachel. — La mort de Balzac. — Le procès de Charles i. M. Suin et M. Partarieu-Lafosse. Le Père la Ban- — Le discours sur la révision. Victor Hugo et la prési- ; de la République. — Le Deux Décembre. Histoire d'un ■. Le crayon da Baudin. — Choses noires. Saltabadilîlli. — Le décret du 9 janvier 1852.

dis que Victor Hugo s'efforçait ainsi de jouer les srs rôles sur la scène du Palais-Bourbon, son nom issait sur l'affiche du théâtre de la rue Riche- Arsène Houssaye avait été nommé, le i5 novembre administrateur de la Comédie-Française. Un jour, it de donner l'ordre d'envoyer à tous les journauximpie ligne : Le pria; des places est augmenté éâtre-Français. Victor Hugo entra. M 11 » Rachel ans le cabinet directorial. Très poliment, mais ne froideur glaciale, le poêle s'inclina devant la ; actrice, qui lui répondit par un salut presque ue. Comme s'il n'eût rien vu, M. Arsène Housrit un air radieux.

"est pour moi, dit-il, une bonne fortune de vous ■us les deux dans mon cabinet. Vous m'apparaismme les deux symboles de mon idéal au théâtre :

LE DEUX-DÉCEMBRE m

le monde antique et le monde nouveau, Eschyle et Shakespeare.

— Eh bien, dit M Ile Rachel, la fille d'Eschyle va embrasser Shakespeare.

On s'embrassa de fort bonne grâce. De part et d'autre, on fit ajsaut de paroles courtoises. L'entrevue dura plus d'une heure. M ,ie Rachel dit à Victor Hugo qu'elle voulait jouer Angelo, Marion de Lorme, Bernant, Lucrèce Borgia. Elle savait le rôle de la Tisbé; elle en dit quelques passages avec tant de force et de sentiment que Victor Hugo s'écria : « Je retrouve M me Dorval avec du style. »I1 tendit la main à M. Arsène Houssaye : « Adieu Thespis, conduisez bien votre char. — Et n'ayez pas peur des bâtons dans les roues, » ajouta Rachel l .

Angelo fut repris le 18 mai i85o. Tous les rôles étaient excellemment tenus. Voici quelle était la distribution : Angelo, Beauvallet ; Bodolfo, Maillart ; Bomodei, Maubant; Anafesto Galeofa, Mathien ;Z,a Tisbé, M lle Rachel; Catarina Bragadini, M lle Rebecca; Reginella, M me Thénard; 'Dafné, M lle Favart. Rachel et sa sœur Rebecca furent admirables. Théophile Gautier écrivait dans son feuilleton :

MUe Rebecca, qui représentait Catarina, jouée autrefois par madame Dorval, n'est pas restée au-dessous de son illustre devancière. Cette jeune sœur de Mlle Rachel possède un don précieux, le don des larmes; elle en verse et en fait répandre en dépit du paradoxe de Diderot sur le comédien, où il est dit que, pour faire éprouver, il ne faut rien sentir. Jamais sensibilité plus communicative n'a soulevé la poitrine d'une actrice. Elle s'est fait admirer à côté de sa sœur, l'étoile n'a pas été éteinte par le rayonnement de l'astre; que dire de plus 2 ?

1. Arsène Houssaye, les Confessions, Souvenirs d'un demi* siècle (1830-1880), t. I.

t. ta Presse du 27 mai 1850»

uant à M 11 * Rachel, voici comment la jugeait le leuilîiste de la Presse :

lus n'avons jamais rien vu de plus çjand,dc plus sinistre, p)us terrible... On peut affirmer hardiment que personne niera mieux la Tisbè que mademoiselle Rachel. Son cachet empreint d'une manière indélébile. Ce rôle fait corps avec il lui appartient comme elle lui appartient. Chaque actrice isî dans son répertoire un rûle qui la résume. Madenioï- Itachel en a deux : Rachel dans la tragédie, Tisbé dans le ne. Quand on veut voir tout ce qu'elle est, c'est là qu'il

a pièce fit de très belles recettes *. Cependant, du 18 au 22 juin, elle ne fut jouée que dix fois. En un an, 18 mai iSôo au 21 mai 1 85 1, elle n'eut que dix-neuf ■ésenta lions s . Si ce n'était pas un échec, ce n'était pas plus un succès. 11 semble bien que M 11 ' Rachel ait wur quelque chose dans ce résultat: après s'être prise 1 bel enthousiasme pour le drame de Victor Hugo, s'était tout à coup refroidie. Peut-Ètre, en jouant la je, avait-elle voulu seulement reprendre un des grands :.s de M lle Mars et de M 1 " 8 Dorval*, et montrer qu'elle ouvait tenir mieux que ses deux devancières ? Tours est-il qu'elle refusa de paraître dans les autres mes du poète. Elle ne joua ni Marion de Lorme, ni ■la Sol, ni Lucrèce Borgia. Le poète ne devait pas le pardonner. Dans un livre écrit à côté de lui, sous son , par le plus ardent de ses disciples, celui qui ne jura iais que par la parole du Maître, et pour qui Victor 50 est la moitié de Dieu, s'il n'est pas Dieu tout en-

le futile 2902 fr. a. ,__ „ ,.

Archives de la Comédie-Française.

M"* Dorval, qui avait créé, en 183S, !e rûle de Catarina Bruloi, joua plus tard le rûle de La Tisbé.

tier 1 , dans un des chapitres de Profils et Grimaces, M lle Rachel est ainsi jugée :

Mademoiselle Rachel ne joue pas les drames discutés ; elle joue les tragédies consacrées... Elle est l'alliée prudente des batailles gagnées; elle aide ceux qui ont réussi.... C'est un talent lâche...

Il lui manque l'initiative, la spontanéité, l'originalité... Madame Dorval faisait le succès ; elle, c'est le succès qui la

fait Elle tâtonne, elle hésite, elle attend que le spectateur

se prononce Elle ne s'impose pas, elle se propose. Elle

verse son cœur comme les domestiques versent à boire, s'arrêtant quand on lui dit : assez.

Ce tâtonnement est ce qui a fait le succès de mademoiselle Rachel... C'est une actrice économe qui ne se dépense pas en une fois, qui garde ce qu'elle a et qui y ajoute, à qui tous les jours rapportent, qui ramasse un effet comme une fille d'ordre ramasse une épingle, et qui finit par en avoir une jolie pelote...

Elle a été funeste à tout, d'abord au Théâtre-Français, mais c'est bien fait. Elle l'a ruiné en ayant l'air de l'enrichir. Elle faisait de l'argent, mais à la condition de jouer très peu. Elle a eu l'habileté de comprendre que son succès n'était pas un de ces courants intarissables qui coulent largement sans crainte de diminuer ; elle restait six mois sans y puiser, elle lui donnait le temps de se refaire et le laissait s'amasser goutte à goutte dans son réservoir artificiel.

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