Se rapporte a la page 3i du tome II. Voir aussi page
se chargèrent d'aller à domicile solliciter des souscriptions. Us rencontrèrent partout une sympathie empressée. Les cœurs comme les bourses s'ouvrirent largement. Aussi les deux commissaires qui avaient reçu mission de se présenter chez Victor Hugo, — M . B. . . , avocat au Conseil d'État, et M. G..., attaché au Ministère des affaires étrangères , — étaient-ils pleins de confiance lorsqu'ils franchirent le seuil de l'illustre poète. Ils exposent l'objet de leur démarche, le but de la Société. Dès les premiers mots, Victor Hugo, se récrie, disant : « Mais toutes les villes de France me réclament comme un des leurs !... Je ne suis pas Franc-Comtois t ! ... je suis Lorrain ! 1 ) . . . »
Les commissaires insistent respectueusement : la ville de Besançon n'avait-elle pas eu l'honneur de lui donner naissance ? Le monde entier ne savait-il pas par cœur les vers : Un Jour dans Besançon. . . ? — Et Victor Hugo de les interrompre encore : — « Oui, sans doute..., je suis né à Besançon, mais par hasard 1 . . . Oh I par hasard ! un accident... »
Pressé par ses interlocuteurs, — les Francs-Comtois sont presque aussi entêtés que les Bretons, — le poète finit par leur dire : « Les Francs-Comtois que vous voulez secourir ne sont-ils pas des réfugiés politiques ? Oui, n'est-ce pas? On pourrait leur appliquer un secours à ce titre ? » Un des deux commissaires, qui voulait avant tout grossir les ressources de l'œuvre, s'empressa de répondre : «Mais certainement,vous êtes dans le vrai, ce sont bien des réfugiés politiques... » Le Maître alors délivra, sur la caisse du Rappel, un bon de ioo francs, à prendre sur les fonds affectés aux Réfugiés,
Aux termes de son règlement, la Société ne devait pas distribuer d'argent; ses membres étaient autorisés à faire seulement des dons en nature, aliments, linge,
APPENDICE
chauffage, etc. Les règlements n'étant pas f homme comme Victor Hugo, il s'empressa d un pauvre diable de statuaire nommé L... d 10 francs, que le trésorier ne fit pas d'abor de payer. Il y en eut bientôt pour 1 60 francs. écrivit au poète pour lui rappeler que l'on ; faveur, dérogé à la règle ; que, de plus, sa : était depuis longtemps absorbée au profit d néficiaire. Il confia sa missive à un déléj chargé de solliciter un nouveau versement < sans avoir rien obtenu. Le statuaire, penda:
là, poussait des cris désespérés. Deux merr mité se rendirent à son domicile et trouver grabat, un malheureux paralytique, qui avt fois artiste sculpteur et qui, ayant fait, disai de Victor Hugo, le lui avait offert. Que ce d fût exact ou non, la misère de L... était si p le Ccmité, passant par-dessus ses statuts, àcontinuer quelques envois d'argent.
En février 1871, à l'Assemblée de Bordi Hugo et le trésorier de l'Œuvre des secours Comtois se trouvèrent faire partie tous deux bureau, présidé par l'amiral La Roncière 1 Malgré ses cheveux gris et sa barbe grise, 1 avait encore des allures juvéniles ; il portait garde national, un veston de fantaisie très chemise de laine rouge. M. Courcelle, dès réunion du bureau, alla saluer le poète. Le 1 en ce moment, debout, seul, dans l'embr, fenêtre. Son collègue déclina sa qualité de Comité franc-comtois. Victor Hugo aussi toi vement très vif, avec beaucoup de chaleur t
J. Voy. ci-dessus, chap. îx, page 181.
lui prit les deux mains qu'il gafda dans les siennes, et, avec cette cantilènc très prononcée qui lui était propre : « Ali! c'est vous, dit-il, mon cher trésorier, que je suis aise de vous voir, de faire votre connaissance!... Y a-t-il longtemps que vous n'êtes allé à Besançon? — Oh ! oui, longtemps, bien longtemps. D'abord, je ne suis pas de Besançon, mais de Vesoul. Ensuite, j'étais, comme vous, enfermé dans Paris; et, à l'heure qu'il est, je ne sais pas encore si ma petite ville est restée debout, si ma famille est vivante ! J'ai reçu une dépêche moitié allemande, moitié française, m'apprenant que j'étais nommé député et m 'invitant à me rendre à Bordeaux. Je suis venu... mais je ne sais rien, absolument rien du pays, et je suis mortellement inquiet î A mon très grand regTet, je ne puis rien vous apprendre de Besançon. — Ah! tant pis! reprit Victor Hugo, tant pis ! vous m'auriez dit si mon buste était toujours dans la Bibliothèque ! »
LE CÉNACLE DE 1829 ET LE CENACLE DE l884 *•
Alcide de Beauchesne fut un des amis de jeunesse de Victor Hugo et l'un de ses plus fervents disciples. Ses Souvenirs poétiques (i83o) ont eu trois éditions. Un autre de ses volumes de vers, le Livre des jeunes Mères (i858), a été couronné par l'Académie française. Historien, il a écrit la Vie de Madame Elisabeth et Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort. M. de Beauchesne