Lettres de Victor Hugo aux Bertin, p
senal de la marine, le bagne et la ville. Les personnes qui le reconnurent se promenant avec tranquillité sur la place d'armes se doutèrent bien qu'il ignorait le coup affreux dont il venait d'être atteint. Quelques moments après, M. Victor Hugo entra au café de l'Europe avec un ami qui l'accompagnait.
Là il se mit à parcourir un journal en attendant son déjeuner, lorsque tout à coup ses yeux se remplirent de larmes : il venait de lire la fatale nouvelle. Aussitôt il montra l'article à son compagnon, qui fut frappé de stupeur. La vue de ce pauvre père au désespoir était un spectacle bien douloureux. M. Victor Hugo a voulu partir immédiatement pour la Rochelle; mais comme les voitures étaient toutes retenues, il a été obligé de monter sur l'impériale. // voyage sous le nom de Georget.
Tous les journaux reproduisirent l'article de la Presse; seulement il est remarquable que tous s'accordèrent à supprimer la dernière ligne.
Arrivé à Paris, Victor Hugo écrivait àM me Mennessier- Nodier :
Dimanche, i3 septembre.
Chère Marie, je n'ai pu vous répondre tout de suite. Un sanglot ne s'envoie pas dans une lettre. Elle vous aimait bien. L'an dernier, à pareille époque, à Chauffontaine, nous vous lisions ensemble. Elle pleurait alors sur votre père, comme aujourd'hui vous pleurez sur elle.
A vous mon vieux cœur *.
Le 17 septembre, Victor Pavie recevait de lui ce billet :
Je ne vis plus, mon pauvre ami, je ne pense plus : Je souffre, j'ai l'œil fixé sur le ciel : j'attends.
Que de belles et touchantes choses vous me dites t les cœurs
. Je dois cotte lettre, ainsi que celles que j'ai publiées dans la première partie de cette étude, à une gracieuse communication de M"" Marie Mennessier-Nodier.
comme le vôtre comprennent tout parce qu'ils contiennent tout. Hélas! quel ange j'ai perdu 1
Soyez heureux, soyez béni. Ma bénédiction doit être agréable à Dieu, car près de lui les pauvres sont riches et les malheureux sont puissants.
Je vous serre tendrement la main.
Les poètes, hélas î sont toujours poètes, même quand leur cœur est déchiré. M me Victor Hugo n'était qu'une mère ; elle écrivait, au même moment, à Victor Pavie, un billet affolé, illisible, trempé de ses larmes ; elle disait :
Mon pauvre Victor, ma fille avait prié le jour de sa première communion pour que Dieu vous envoyât des enfants; Dieu a exaucé ses prières. Maintenant, priez, priez notre Maître, afin que je sois réunie aussitôt ma mort à mes enfants; le mari de ma fille est mon fils 1 Le Seigneur n'a pas voulu les séparer même une seconde. Eh bien! mon ami, demandezlui cela, votre prière sera exaucée aussi, j'en suis sûre; c'est ce que vous pouvez pour votre malheureuse amie, et c'est tout.
Vicomtesse A. Victor Hugo *.
En apprenant la catastrophe de Villequier, Victor Pavie avait écrit à Sainte-Beuve, le suppliant de se réconcilier avec les Hugo, de rentrer par cette large bléssure dans l'amitié du poète. Il en reçut la réponse suivante :
Le i4 (septembre i843).
... Non, je ne suis point rentré par cette large blessure comme vous dites si éloquemment ; je ne l'ai pas dû, je n'ai