Cartons de Victor Pavie : correspondance de M me Hugo
pas cru le dévoir. Trois fois depuis une année fatale (1837), trois fois la liaison réclamée, suppliée, reprise à grand'pcine, a manqué, et les trois fois sans qu'il y eût de ma faute. Il y a des âmes extrêmes (ce sont peut-être les plus belles) qui sont capables du plus, non du moins et qui y succombent. Deux fois sur les trois, la liaison s'est brisée avec injures par lettres contre moi, injures non méritées. La dernière fois que la trame s'est pour jamais déchirée, ça été à la suite d'une visite qu'il avait réclamée de moi pour le pauvre enfant Toto bien malade. J'y suis allé, il y avait du monde, des visites. J'y ai été ce qu'on est quand il y a des étrangers et qu'on n'est pas très sûr du parquet glissant. Cette pauvre enfant, alors si charmante et rayonnante, Didine, était là, discrète, prudente, mais regardant. Je croyais avoir été tout simple; un mois après, j'ai reçu une lettre de rupture et violente, motivée par ma conduite et mon attitude froide en cette visite. J'ai répondu respectueusement, affectueusement. Nouvelle lettre qui m'interdit de répondre pour le quart d'heure. Des mois se sont écoulés, — retour de la campagne, jours de naissance, fêtes, jours de l'an, rien! quand lui, sur un cadeau par moi fait à ma filleule S m'invite brusquement à dîner, je refuse. Elle à l'instant m'écrit comme si de rien n'était et comme si tout n'avait cessé ^de couler. J'ai réitéré poliment mon refus. Pour que j'y retournasse, même après cet affreux malheur, il eût fallu qu'elle m'en eût exprimé le désir formel, c'eût été un ordre. Elle ne l'a pas fait. En voilà pour l'éternité! c'est horrible à penser, mais c'est vrai. Le plus charmant, le plus pur, le plus innocent témoin de ce bonheur passé, vient de disparaître et de s'engloutir. Image trop fidèle de l'affreuse réalité !
Je ne fais donc rien, cher Pavie, que vous ne puissiez vousmême conjecturer. Je vous ai donné ces détails personnels, parce que c'est presque une excuse que je dois et une apologie pour qui sait le lien étroit et la tendresse passée 2 .
La tristesse cependant régnait toujours à la place Royale. Dans une lettre de David d'Angers à Victor Pavie, je trouve ce passage :