‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 3 sur 138 · Voyez tome I. chapitre vm · texte numérisé non relu

Voyez tome I. chapitre vm

2. Journal des Débats du 5 novembre 1838. — La Mode disait, de son côté, dans son numéro du 3 novembre : « Voici quels seraient les termes de ce traité. M. Victor Hugo aurait cédé à un libraire-éditeur le droit de publier pendant dix ans les ouvrages qu'il a déjà fait paraître en s'engageant à en livrer trois nouveaux dans le môme délai. A l'expiration des dix années, M. Victor Hugo rentrerait dans la propriété de ses œuvres. Cette cession aurait été faite moyennant la somme de 300.000 fr., dont 100.000 fr. payés comptant, et le reste dans deux ans. » — D'après Victor Hugo raconté (t. II, p. 468), le traité avec M. Delloye comprenait, outre les œuvres complètes, Ruy-Blas et deux volumes inédits; il était fait pour une durée de onze ans; le prix convenu était de 240.000 francs.

fût invité. Dîners, bals, concerts, il était de toutes les fêtes. M. Théodore Pavie raconte qu'un jour le hasard lui ayant fait rencontrer Victor Hugo dans la rue Saint- Honoré, celui-ci le prit sous le bras et lui dit : « Il me faut une cravate blanche pour dîner ce soir aux Tuileries ; venez avec moi en choisir une. » On entra dans une boutique. « La demoiselle de magasin, fort jolie personne, en passant au cou de Victor Hugo le collier de soie pour le lui essayer, parut frappée de la beauté de la tête et du large front du grand poète, qui s'en aperçut 4 . »

Une autre fois, Victor Hugo assistait à un concert à la cour, en compagnie de Charles Nodier. Le duc et la duchesse d'Orléans eurent pour eux toutes sortes d'attentions délicates, si bien qu'en s'en allant Nodier ne put s'empêcher de dire : « Ma foi, si c'est pour nous donner des princes si aimables, vive l'usurpation * ! »

Victor Hugo n'était pas seulement l'hôte des soirées officielles, un habitué des mardis du pavillon Marsan ; il était des réunions plus discrètes réservées aux intimes. On appelait le salon où elles se tenaient la Cheminée du duc d'Orléans ; plus tard et tout court : la Cheminée. On se disait : « Irez-vous demain à la Cheminée ? Vous trouviez- vous à la dernière Cheminée 3 ? »

L'opposition ne chômait guère en ce temps-là ; les petits journaux surtout faisaient rage. Ils braquaient leur lorgnette sur la fumée qui sortait de la Cheminée du duc d'Orléans, y découvraient toutes sortes de fantômes et s'amusaient à les décrire. Le 19 juin i84i , quinze jours

Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires, par Théodore Pavie, p. 267.

2, Alphonse Karr, les Guêpes, février 1840.

3, Léon Gozlan, Balzac en pantoufles, p. 145.

après la réception de Victor Hugo à l'Académie, la Mode publiait un article intitulé : la Fronde du pavillon Marsan, où se lisaient ces lignes :

... Le pavillon Marsan se prépare, dit-on, à une attaque plus sérieuse. Il recrute activement tous les jeunes cœurs qui battent dans une poitrine d'homme, ainsi que toutes les barbes de bouc et toutes les crinières flottantes qui décorent les lions de la poésie et du feuilleton. A la tête de cette phalange, qui brûle d'en venir aux mains avec le pavillon de Flore, marche très haut et très puissant Victor Hugo... On assure que Mme la princesse Hélène, se voyant au moment de coiffer la couronne de France, aurait ainsi formé son conseil des ministres :

Ministre de la guerre, président du conseil : M. Victor Hugo.

Ministre des affaires étrangères : M. Théophile Gautier.

Ministre des finances : M. Alfred de Musset.

Ministre de la justice: M. Granier de Cassagnag.

Ministre de la marine : M. de Lamartine.

Ministre de l'intérieur : M. Léon Faucher '.

Ce n'était qu'une plaisanterie, d'un goût assez médiocre, et dont le seul mérite est d'indiquer quelles étroites relations unissaient alors le pavillon Marsan et la place Royale. Le roi Louis-Philippe ne laissa pas d'en éprouver quelque mécontentement. Il dit un soir à son fils :

« Ferdinand, sachez qu'il ne doit y avoir aux Tuileries qu'un seul roi, qu'un seul salon et qu'une seule cheminée. D'ailleurs, la mienne chauffe tout aussi bien que la vôtre. Vous me ferez plaisir toutes les fois que vous et la duchesse viendrez y prendre place 2 . »

Victor H'ago en fut quitte pour échanger la Cheminée du duc d'Orléans contre la Cheminée du roi

i. La Mode, 1841, t. II, p. 343.

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