‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 37 sur 138 · X. Doudan, t. H, p. 44. — Lettre du 17 mars · texte numérisé non relu

X. Doudan, t. H, p. 44. — Lettre du 17 mars

parlerait-il du récipiendaire , longtemps son premier lieutenant, aujourd'hui son ennemi ; de celui auquel il avait dit, dans les Odes et Ballades,

Viens, joins ta main de frère à ma main fraternelle,

et dont il avait été, Tan passé, au moment de l'élection, l'adversaire implacable? Dans le brillant et aristocratique auditoire qui, bien avant l'heure fixée, encombrait la salle trop étroite de l'Institut, les uns tenaient pour certain que le poète allait tirer une vengeance éclatante du critique qui l'avait offensé, du lieutenant qui l'avait trahi, que Sainte-Beuve, comme autrefois le phrygien Marsyas, allait être écorché vif par Apollon. A l'appui de leurs dires, ils invoquaient le dernier Courrier de Paris de M me Emile de Girardin, amie particulière de M. Victor Hugo, qui traitait M. Sainte-Beuve de renégat et qui adjurait toutes les femmes d'être sans pitié pour ce chevalier félon 1 . Les autres, au contraire, affirmaient que tout se passerait de la façon la plus courtoise; ils savaient de bonne source que M. le comte Mole avait pris M. Sainte-Beuve dans sa voiture et l'avait conduit place Royale, où, grâce à lui, un traité de paix avait été signé 2 . Ils étaient bien informés, et quelques instants après l'événement leur donnait raison.

Victor Hugo parla de Casimir Delavigne avec convenance, de Sainte-Beuve avec urbanité. Son langage fut digne, noble, élevé. Il eut sur Port-Royal un grand morceau, un air de bravoure, qui fut très applaudi, et qui, malgré quelques fausses notes, méritait de l'être. Gomme M. Cousin s'étonnait que M. Royer-Collard parût être content de ces pages, dont la magnificence et l'éclat

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