‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 47 sur 138 · Op. cit., t. VI, p · texte numérisé non relu

Op. cit., t. VI, p

Victor Hugo quitta-t-il, en effet, la place Royale et poussa-t-il jusqu'à la Plaza-Mayor ? Le vit-on

Humer l'air à Madrid, sans souci des alcades?

La chose est douteuse. Je lis dans une lettre de Sainte- Beuve à Victor Pavie, en date du 19 septembre i845 :

Merci de votre bon et cordial souvenir. Il est vrai que je travaille pour m'étourdir ; mes pires moments sont ceux où le cerveau est vacant, où la pensée n'ayant plus où se prendre se tourne sur elle-même et se met à se dévorer. Hélas I la solitude n'est pas bonne, surtout quand il n'y a plus là au-dedans des pensées d'avenir pour l'animer. Et quel débris que nos souvenirs l Vous m'en touchez quelque chose, mon cher Pavie : je sais à peine plus que vous au sujet de celui autour duquel l'ironie de ma destinée n'a cessé de tourner. Je sais qu'il n'a pas quitté Paris et qu'il travaille enfermé, à je ne sais quelle œuvre dont il espère que l'éclat recouvrira l'autre. Je n'ai eu d'ailleurs aucune nouvelle directe, aucun signal de ce côté l .

Sept mois s'étaient écoulés. La Chambre des pairs discutait un projet de loi sur les dessins et modèles de fabrique. Victor Hugo demanda la parole. C'était le i4 février 1846.

« Un début doit être terne* La Chambre n'admet pas qu'on soit un homme d'esprit et un orateur, à moins qu'on ne la laisse le découvrir elle-même 2 . » Cet avis que Sheil, le grand orateur irlandais, donnait à Benjamin Disraeli, entrant au Parlement, quelqu'un l'avait-il donné à Victor Hugo entrant au Luxembourg ? Toujours est-il que son début fut le plus terne du monde. Chose extraordinaire ! son maiden speech ne contient pas une seule antithèse. Il avait tenu sans doute à montrer tout

1 . Cartons de Victor Pavie : correspondance de Sainte-Beuve.

2. Lettres de lord Beaconsfield à sa sœur, p. 208. Traduction de M. Alexandre de Haye.

«8 VfCTOR HUGO APRE

d'abord qu'il était un homme pratiq les questions d'affaires. Restait à qu'il était aussi un orateur, capable hautes cimes de l'éloquence. Nulh àcet égard. N'avait-il pas écrit un j Boulanger, de Heidelbergmfime.oi par la pensée de la Chambre des [ l'étude delà nature ne nuit en aucu de la vie, et que l'esprit qui sait él les oiseaux, parfumé parmi les flei parmi les flots et les arbres, hau parmi les montagnes, sait aussi, et mieux peut-être que personne éloquent parmi les hommes '. »

Le 19 mars <84ti, il monta poui tribune et prononça, sur la questi cours, tout plein, celui-là, de grar thèses. Quelques instants auparavai traité le même sujet et parlé dans h cours avait été couvert d'applaudis:

tor Hugo ne recueillit pas une seu tion. C'était un échec, un échec c grave qu'il atteignait la personne 1 n'y avait pas, en effet, à s'y trompi membres de la haute Assemblée n'j tbie pour leur nouveau collègue, m d'avoir, au lendemain même de s son manteau de pair de France dar de la rueSaint-Roch. L'insuccès f fils du poète, François-Victor, qui quitta la salle en pleurant de dépit

En cette même année 1846, le g-ouvernement présenta deux projets de loi, relatifs, le premier, à des travaux à exécuter dans différents ports de commerce ; le second , au rachat du havre de Courseulle. Le marquis de Boissy, dans la séance du 27 juin, demanda que la discussion du premier de ces projets fût remise après le vote du budget des recettes. Il ne s'agissait donc, ce jour-là, que d'une question d'ordre du jour. Victor Hugo n'en monta pas moins à la tribune pour prononcer le discours qu'il avait préparé sur « la consolidation et la défense du littoral ». Le chancelier ne tarda pas à lui faire remarquer qu'il était en dehors de la question, l'invitant « à conclure d'une manière qui, tout en étant d'accord avec ses idées, permît à la Chambre d'avancer sa besogne». M. Pasquier en parlait bien à son aise. Victor Hugx>, qui avait appris par cœur sa harangue, ne pouvait que la continuer telle qu'il l'avait faite. Force fut donc au chancelier de l'arrêter de nouveau. « Ce qui est utile, ce qu'il faut chercher, dit-il, c'est que les délibérations de la Chambre aient un résultat, et les paroles de M. le vicomte Victor Hug*o ont un résultat contraire; il a appelé l'attention de la Chambre et l'attention de M. le ministre sur un point très délicat, la défense et la conservation de nos côtes et de nos ports ; mais de plus gTands développements ne peuvent rien ajouter; il faudrait faire deux volumes, trois volumes, pour compléter cet aperçu 1 . » Le poète fut oblig-é de descendre de la tribune. Il y remonta le i er juillet et put, cette fois, aller jusqu'au bout de son discours.

En le reproduisant dans ses Œuvres oratoires, Victor HugD a supprimé l'incident du 27 juin et les paroles du duc Pasquier. En revanche, il a suppléé au silence du Moniteur, trop sobre à son endroit de formules admira-

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