‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 55 sur 138 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES MISÉRABLES, t— LE PAPE

m Parlons un peu de l'Empereur! » — Une Aventure de don César de Bazan. — Les Misérables en 1847. — Les Contemplations.— Le discours du 13 janvier 1848. — Le Pape. — Le 24 février.

En 1847, comme en 1847, au risque de contrister son vieil ami le marquis du G. d'E..., Victor Hugo continua de faire sa cour à Louis-Philippe et d'assister aux réceptions de M. Guizot. Dans son volume intitulé Choses vues 3 je trouve les mentions suivantes :

i4 janvier i84j. — Hier, jeudi, j'ai dîné chez M. de Salvandy, ministre de l'Instruction publique.

5 février. — Hier, j'étais aux Tuileries. Il y avait spectacle. Après l'opéra, tout le monde alla dans les galeries où était dressé le buffet, et l'on se mit à causer. M. Guizot avait fait dans la journée, à la Chambre des députés, un discours très noble, très beau et très fier sur notre commencement de querelle avec l'Angleterre. On parlait beaucoup de ce discours.

6 juillet. — Fête chez le duc de Montpensier. M. de Montpensier a donné cette nuit une fête dans le parc des Minimes, au bois de Vincennes. C'était beau et charmant... M. de Montpensier faisait les honneurs avec beaucoup de bonne grâce. On dansait sous une immense marquise où se tenaient les princesses. Elles y étaient toutes, excepté Mme la duchesse d'Orléans. M. le duc d'Aumale était revenu exprès de Bruxelles pour assister à la fête '.

d. Victor Hugo, Choses vues, pp. 172, 174, 178.

qu'il fréquentait chez les princea .go entretenait les meilleures relaiparte, ce qui d'ailleurs, il le savait de mauvais œil aux Tuileries. «Victnier de Cassagnac dans ses Soaverelatîons entretenues avec le roi États-Unis sous le nom de comte de a de la place Royale était, sinon un lu moins un lieu de rencontre pour stes. J'y ai vu le prince Joachim Naples, et j'y ai connu M™ 6 Hametrice Joséphine et de la reine Hor-

n discutait au Luxembourg' une peine Bonaparte, ex-roi deWestphalie, de la Chambre des pairs pour obte- , en ce qui le touchait, lui et son ornent. Victor Hugo appuya la péhime ce qu'il avait dit tant de fois miration pour César, son culte pour

r erit temptumquetenebit.

criait-il, je suis, par moment, tenté ■e, à la presse, à la France entière :

1 peu de l'empereur, cela nous fera reste bien soin de faire l'éloge du roi ' appelle « le plus éminent des rois néglige pas non plus de célébrer la jui est pour lui « cette sage et illus-

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Glorifier ainsi, du même coup, l'empereur Napoléon, le roi Louis-Philippe, et la Chambre des pairs par-dessus le marché, voilà qui n'était guère républicain. Victor Hugo ne disait-il pas d'ailleurs, dans ce même discours : « Je leur imposerais (aux membres de la famille Bonaparte) une condition, une seule : ce serait de demander leur rentrée. — De la demander à qui? Au roi, qui représente V unité inviolable et perpétuelle delà nation, et aux Chambres, qui en représentent le mouvement, la pensée et la vie 4 . » La monarchie paraissait solidement assise. C'était elle qui distribuait les ambassades et les portefeuilles ministériels : Victor Hugo était monarchiste. Dans son discours de réception à l'Académie, parlant de Napoléon, il avait écrit cette phrase : « L'homme qui, comme il l'a dit plus tard à Sainte-Hélène, eût fait Pascal sénateur et Corneille ministre, avait trop de grandeur en lui-même pour ne pas comprendre la grandeur dans autrui 2 . » Si Louis-Philippe,

1. Moniteur, loc. cit. — Dans le recueil de ses discours, publié en 1875 {Actes et Paroles, 1. 1), Victor Hugo a supprimé ce passage.

2. « Ce mot, écrivait M. Charles Magnin dans son compterendu de la séance, ce mot tant répété, tant commenté, Corneille ministre, n'est pas plus vrai que celui d'enfant sublime, que M. de Salvandy a rappelé en l'amendant, et qu'il aurait mieux fait de laisser dans les biographies où il est né. Quant au mot véritable de Napoléon sur Corneille, il est beaucoup plus sensé, beaucoup plus spirituel, et, si j'ose le dire, d'une tournure beaucoup plus française que celui que la préoccupation de M. Hugo lui a substitué. Voici le fait : Un matin, à Saint-Cloud, et non pas à Sainte-Hélène, à propos de la tragédie d'Hector, Napoléon se mit à parler du Théâtre-Français ; quelqu'un vint à prononcer le nom de Corneille : « Corneille! s'écria-t-il. Corneille! s'il vivait, je le ferais prince! » Voilà le mot vrai, et je le préfère. Corneille prince! et pourquoi non? Cette alliance de mots est heureuse et naturelle, et depuis longtemps admise dans la langue. Corneille n'est-il pas un des princes de la poésie? le prince de la tragédie française? En vérité, Napoléon me parait avoir ici tout l'avantage ; et la meilleure réponse à M. Victor Hugo était la citation du mot textuel. » Charles Maguin, Médir talions historiques et littéraires, t. I, p. 385.

■ fait Pascal sénateur, i ie décidait pas à faire C iot'te ne pouvait néanmoin régence, et nul doute c, j duc et de Ih duchesse d jeune roi, leur dis.

dant, il prépare de noi . le feuilleton de Théophi 'azan, drame de MM. Du aivantes :

fo lui-même, portant au fils

: Shakespeare ressentit à l'i s à l'endroit de Figaro, Aventure de don César à se le poète de ne plus faire le la produire sur le théàt

s de Théophile Gautier »

ctor Hugo avait sur le ch.

ds un roman, les Misera et ouvrage au mois de S( sdate, le plus fervent de s îerie, le suppliait de ne ; puisque, le 3i juillet jro de C Evénement, Ch In i83o, nous avons eu I am;en 1848, nous auroi

râbles. » La page de M. Vacquerie est curieuse à plus d'un titre, et j'hésite d'autant moins à la reproduire qu'après l'avoir insérée dans la première édition de Profils et Grimaces, l'auteur a cru devoir la supprimer dans les éditions suivantes :

Sur notre instante prière, il ouvrit le beau secrétaire chinois, et comme ce millionnaire d'idées était en humeur de prodigalité, il nous dit de choisir ce que nous voulions, ode, roman ou drame. Les trente tiroirs du charmant meuble débordaient de manuscrits accumulés, le bois faisait des efforts inouïs pour en posséder des quantités impossibles, la laque s'écaillait et laissait tomber par endroits sa peinture superbe, lâchant un oiseau d'or pour retenir une strophe.

Nous hésitions entre ces étages de merveilles, malheureux à force de bonheur comme une femme entre des dentelles et des perles. Notre-Dame de Paris nous disait: choisis le roman, et les Voix intérieures : choisis les vers; mais Marie Tador nous criait : prends le drame. Ne pouvant nous décider, nous fermâmes les yeux, et nous touchâmes du doigt un tiroir au hasard. Le hasard fut pour le roman.

Donc, nous l'entendîmes, le commencement de cette épopée des Misérables qui dépassera, nous le prédisons sans peur, la fortune miraculeuse de Notre-Dame de Paris, Et les heures passèrent, et la nuit se consuma, et de minces raies de jour firent pâlir la lampe, et notre émotion fut telle qu'aujourd'hui, après deux mois, nous ne pensons pas à ces pages sacrées sans nous sentir troublé à un point indicible. Nous ne reprendrons parfaitement nos sens que quand la publication de ce poème unique nous permettra d'en parler et de répandre au dehors l'admiration qui nous étreint la gorge.

Qu'il soit donc terminé vite et publié aussitôt, ce livre sombre et rayonnant, si impitoyable et si tendre ! ... »

Le disciple donnait, ce jour-là, au maître un excellent conseil. Si Victor Hugo eût à ce moment terminé son livre, s'il l'avait publié avant la révolution de 1848,

i. Auguste Vacquerie, Profils et Grimaces, 1" édition, 1856, pp. 111-114,

on peut affirmer sans crainte que le rable de tous points. Et d'abord il n volumes. Il ne renfermerait pas ces nombre et sans fin auxquelles l'autei dans ses longues matinées d'exil, — dont un crilique s'est amusé à dres qui remplissent o,85 pages, soit à pe l'ouvrage '. 11 n'offrirait pas enfin d'être une œuvre où les contradictioi chaque page, où les Insultes à la reli; inspirations les plus chrétiennes, où liques s'agenouillent devant les co recevflir leur bénédiction, où « le divi à côté de Jésus-Christ *t

L'épopée des Misérables, — M. V, son de lui donner ce titre, — est vrain vers côtés; elle l'est surtout par la d'une vérité profonde, à la fois pui Jusqu'ici Victor Hugo avait fait repos romans et de ses drames sur une ; toujours la même, sur la rencontre d dans la même âme, des sentiments 1 Il n'avait cessé d'associer à la basses la difformité morale la plus hideus pure. Et cette vertu, remarquez-le bit au vice et au crime, elle coexistait av> tu faisaient bon ménage ensemble. 1

i. Elude sut les Misérables, par M. Cour 2. Les Misérables, 3" partie, livre III, cl de cet incroyable et monstrueux passai comme Jésus. Us se laissent de cûlé, ilss'oi point a eux. Ils voient autre chose qu'en regard, et ce regard cherche l'absolu. Le dans les veux ; le dernier, si énigmatiqu' sous le sourcil la pâle clarté de l'infini fasse, quiconque a ce signe, la jit un clle-él

des candeurs de vierge, des blancheurs de lys, elle n'en restait pas moins courtisane. L'empoisonneuse Jtait la plus tendre, la plus admirable des mères, elle n'en continuait pas moins à verser le poison à pleines coupes- Dans les Misérables, Victor Hugo a changé tout cela. Jean Valjean n'est pas un criminel qui mène de front le vol et la bienfaisance, le crime et la sainteté. C'est un homme qui, après avoir failli, après être tombé, se relève; qui, après avoir traversé le bagne, monte aux plus hauts sommets de l'honneur, mais qui n'y monte que parce qu'il a changé, parce qu'il s'est converti. L'idée qui domine tout le livre, c'est l'idée chrétienne, l'idée catholique de la réhabilitation par le repentir. Coupable et flétri, l'âme ulcérée, le cœur gros de haine, Jean Valjean s'est trouvé face à face avec un prêtre de Jésus- Christ, avec M& r Bienvenu, évêquedeD. — L'indulgence céleste, le pardon sublime de l'homme de Dieu l'ont ébranlé, terrassé, vaincu. Cette clarté qu'il n'avait jamais vue jusque-là a chassé les ténèbres qui obscurcissaient son âme. «... Il tomba épuisé sur une grosse pierre, les poings dans ses cheveux et le visage dans ses genoux, et il s'écria : Je suis un misérable ! Alors son cœur creva, il se mit à pleurer. . . Combien d'heures pi eura-t-il ainsi? Que fit-il après avoir pleuré ?... Le voiturier qui faisait à cette époque le service de Grenoble, et qui arrivait à D. vers trois heures du matin, vit, en traversant la rue de l'évêché, un homme dans l'attitude delà prière, à genoux sur le pavé, dans l'ombre, devant la porte de M* r Bienvenu 4 . » Valjean s'est agenouillé : lorsqu'il se relèvera, il sera un homme nouveau ; il commencera une nouvelle vie, toute différente de l'ancienne, et qu'il édifiera sur cette parole de l'évoque : « Jean Valjean, mon frère,

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