‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 62 sur 138 · Le Représentant du peuple, t juin 184S · texte numérisé non relu

Le Représentant du peuple, t juin 184S

Ce diable d'homme avait le don de rendre amusante la politique même. On pense bien que Victor Hugo prenait les choses moins gaiement : il était sérieux comme un augure. Dans sa lettre aux électeurs, en date du 20 mars 1848, il écrivait:

J'appartiens à mon pays, il peut disposer de moi...

J'ai écrit trente-deux volumes, j'ai fait jouer huit pièces de théâtre, parlé six fois à la Chambre des pairs...

Mon nom et mes travaux ne sont peut-être pas absolument inconnus de mes concitoyens. Si mes concitoyens jugent à propos, dans leur liberté et dans leur souveraineté, de m'appeler à siéger, comme leur représentant, dans l'assemblée qui va tenir en ses mains les destinées de la France et de l'Europe, j'accepterai avec recueillement cet austère mandat...

S'ils ne me désignent pas, je remercierai le ciel, comme ce Spartiate, qu'il se soit trouvé dans ma patrie neuf cents citoyens meilleurs que moi...

Cette circulaire, au demeurant assez banale, méritait d'être louée en ceci que le mot de République n'y était pas prononcé.

Les élections eurent lieu le 23 avril. Paris avait trentequatre députés à nommer. Lamennais arriva le trentequatrième avec 104.871 voix. Victor Hugo n'était pas élu. 11 venait seulement le quarante-huitième, avec 59.446 voix, immédiatement suivi par Changarnier, qui en avait obtenu 58.654- Lamartine était élu le premier avec 259.800 voix, ce qui faisait dire à un homme d'esprit : « Ce n'est pas étonnant, il y a longtemps que nous savions que Lamartine valait une foule de Millevoyes i . »

L'Assemblée nationale se réunit le 4 mai. Par suite d'options, d'annulations ou de démissions, il y eut lieu de procéder à de nouvelles élections dans vingt-trois dépar-

%. Armand de Pontmartin, Opinion publique du 2 mai 1848.

tements, notamment dans celui de la Seine, appela à nommer onze représentants.

Victor Hugo se remit sur les rangs. Quatre listes étaient en présence : celles du National, de la Réforme, des Clubs, — et celle du Constitutionnel. C'est sur cette dernière que figurait Victor Hugo, en compagnie du général Ghangarnier et de M. Thiers, que les républicains tenaient alors pour leur plus dangereux adversaire. A la veille de l'élection, une feuille démocratique appréciait en ces termes la candidature du poète : « Favori de Guizot, abonné des Tuileries, courtisan êmérite; à l'affût de toutes les gloires, de tous les noms, promenant sa grandeur ennuyée, se posant tout vivant sur un piédestal d'argile pétri de ses mains ; suivi d'un état-major dont la morale n'est pas le premier but, se comparant à Corneille, daignant amnistier Racine, espérant le Panthéon, accusant la société et rêvant le Mirabeau. Voilà l'homme que nous avons vu haranguer le peuple, le flattant dans ses jours de colère quand il est roi, lui prodiguant l'injure quand il est vaincu 4 . »

Le dimanche 4 juin, Thiers, Changarnier et Victor Hugo furent élus. Cette fois, Victor Hugo venait le septième avec 86.965 voix. Le huitième était Louis-Bonaparte, avec 84.420 voix. Le neveu de Napoléon et le poète qui avait chanté le Retour de l'Empereur arrivaient ensemble, portés par les mêmes suffrages. Et c'était justice. Victor Hugo était, à cette date, un fervent impérialiste. Quelques jours avant le vote, le 29 mai, dans la séance des cinq associations d'art et d'industrie, il avait dit en défendant sa candidature : « J'ai demandé, il n'y a pas encore un an de cela, que la famille de l'empereur ren-

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