Moniteur du 20 juin 184'J
L^VSSEMBLEE LÉGISLATIVE 179
scandales dont elle était presque quotidiennement le théâtre, avaient fait comprendre la nécessité d'apporter des modifications importantes au règ-lement. Le rapport de la commission chargée de le reviser fut déposé le 28 juin. Tandis que les ix'glements des dernières assemblées délibérantes n'admettaient que des peines morales, le rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal et la censure, le projet de la commission créait une'peine nouvelle, la censure avec exclusion temporaire du lieu des séances. Si le membre exclu reparaissait à l'Assemblée avant l'expiration du délai fixé, sa présence était constatée par le bureau. Le président devait lever la séance et, sur son ordre, le représentant était arrêté et conduit dans un local préparé à cet effet par les soins des questeurs, où il gardait les arrêts pendant trois joui\s ^ Cette disposition, qui visait surtout la Montagne, fut combattue comme inonarchic/ue par les orateurs de la g-auche. Elle fut votée par les membres de la droite, et en particulier par Victor Flugo, dans la séance du 6 juillet ^.
Un décret du président de la République, en date du 10 juin, avait rétabli leg-énéral Changarnier dans le double commandement des g-ardes nationales de la Seine et des troupes de la première division militaire. Ce cumul devait cesser avec le rétablissement de la paix publique dans la capitale. Désirant prolong-er le plus longtemps possible les pouvoirs exceptionnels du général Changarnier, M. de Montalembert demanda l'abrogation pure et simple de l'article 67 delà loi du 28 mars i83i sur la g-arde nationale, article qui interdisait la réunion des deux commandements. La commission qui fut nommée se prononça, non pour la suppression absolue, mais
1. Règlement de rAsseinbléc nationale législative, art. 122. jî. Moniteur du 7 juillet 1849.
pour la suspension de cet article 67, jusqu'à ce que l'org-anisation de la g-arde nationale et la constitution de l'armée eussent été réglées par une loi. Plusieurs membres de la majorité refusèrent de suivre la commission; ils craignaient de frayer le chemin à la dictature militaire ; quelques-uns même, comme le général Barag-ueyd'Hilliers, évoquaient les souvenirs du 18 "Brumaire. Victor Hugo n'avait point de ces craintes. Il vota, le 7 juillet, d'accord avec M. de Montalembert, la proposition de la commission *.
Le 9 juillet, il vote de nouveau en faveur de Changarnier, le vainqueur du 1 3 juin, à l'occasion d'un projet de loi relatif à l'indemnité des frais de service du commandant supérieur des gardes nationales de la Seine, projet violemment combattu par la gauche -. C'est sans doute pour racheter ses votes de 1848 et de 1849 ^^ ^^~ veur du g-énéral que, longtemps après, il a tracé de lui ce portrait : « Ancien héros déformé, interrupteur injurieux, vaillant soldat devenu clérical trembleur, g-énéral devant Abd-el-Kader, caporal derrière Nonotte et Pcdouillet, se donnant, lui si brave, la peine d'être bravache, et ridicule par où il eût dû être admiré, ayant réussi à faire de sa très réelle renommée militaire un époiwantail postiche, lion qui coupe sa crinière et s'en fait une perruque ^. »
En 1870, au lendemain de nos premières défaites, Changarnier, oubliant son emprisonnement, ses dix-huit ans d'exil, sa carrière brisée, est accouru au quartier général de l'empereur, et, malgré ses soixante-dix ans, a repris le harnais de g-uerre. Et Victor Hugo, qui insulte