‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 113 sur 159 · Voir l'Appendice IV · texte numérisé non relu

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nons de le voir, devant les faits et les dates. LeMonifeur est là qui en fait bonne justice. Il n'est pas vrai que sa conversion aux idées républicaines et socialistes doive être attribuée à « l'éclair qui jaillit pour lui des événements », en 1849, le 1 3 ou le 1 5 juin, le jour où il vit « Rome terrassée au nom de la France » et Paris livré à la réaction. Son explication écartée, — et elle ne peut pas ne pas Têtre, — force est bien de reconnaître que sa conduite est sans excuses, puisque la seule qu'il ait pu trouver est démontrée fausse et mensong-ère; force est bien de dire que ceux-là ne se trompaient pas qui lui jetaient à la face les noms « d'apostat » et de a transfuge ».

Comme il n est pas cependant d'eôet sans cause, comme il n'est pas de conduite, si étrange soit-elle, qui n'ait ses motifs, il ne nous sera peut-être pas difficile de découvrir ceux qui ont déterminé la volte-face de Victor Hugo.

M. de Falloux raconte, dans ses Mémoires, qu'au mois de juin 1848, appelé à faire partie d'une commission que présidait M. Goudchaux et où les républicains étaient en grande majorité, il lui soumit un ensemble de projets concertés avec son ami M. de Melun : dotation aux sociétés de secours mutuels, amélioration des caisses d'épargne, protection des enfants dans les manufactures, assainissement des quartiers populaires, destruction des log-ements insalubres, etc. Les républicains, qui se servaient du peuple, mais qui jusque-là n'avaient g'uère songé à le servir, ouvrirent de grands yeux; M. Goudchaux regarda M. de Falloux d'un air stupéfait, éleva ses mains au-dessus de sa tête et s'écria : « Laissez-moi respirer, je vous en prie. Je suis noyé sous ce flot d'innovations * ! »

\. Mémoires d'un royaliste, pnr M. de Falloux, t. I, p. 331.

Élu à rAssembIce léi^islative par le département d'illeet- Vilaine, M. Armand do Melun demanda à l'Assemblée, dès le début de ses travaux, de nommer dans ses bureaux une commission de trente membres, pour préparer et examiner les lois relatives à la prévoyance et à l'assistance publique.

La discussion sur cette proposition s'ouvrit le g juillet i849- Victor Hug-o prit le premier la parole. Il appartenait encore à la droite. Dans cette même séance du 9 juillet, un instant avant démonter à la tribune, il avait voté, contre toute la g-auche, en faveur de l'indemnité allouée au g-énéral Chang^arnier pour frais de service et de représentation.

Il appuya énergiquement la proposition de M. de Melun. Déjà, dans son bureau, après avoir affirmé que «le grand homme politique d'à présent serait un grand homme chrétien », il s'était élevé contre l'esprit d'anarchie, contre les partis violents, les hommes chimériques, qui, « trouvant la misère publique à leur disposition, la saisissent et la précipitent contre la société». A la tribune, il renouvelle ces déclarations, il félicite la majorité d'avoir, le i3 juin, vaincu le terrorisme et l'esprit de révolution. « Messieurs, dit-il, vous venez, avec le concours de la g-arde nationale, de l'armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l'état ébranlé encore une fois. Vous n'avez reculé devant aucun péril^ hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société rég'ulière, le g-ouvernement lég-al, les institutions, la paix publique, la civilisation même*. » Ce qu'il veut, ce qu'il demande, c'est que l'Assemblée prépare « le code coordonné et complet, le grand code chrétien de la prévoyance et de l'assistance publique » ; c'est

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