L'Opinion publique du C avril I80O
o. Actes et Paroles, t. I, p. iîOT. — Cï. Moniteur an 0 avril 18;i0.
L'ASSEMBLEE LÉGISLATIVE lO'J
<1;^ la loi sur la réforme clectorale, la violence de son langage provoqua de nombreuses et vives interruptions, (jui amenèrent la scène suivante:
M. Victor Hugo. Messieurs, je sais bien que ces in(crruptinas calculées et syslémali([ucs...
\'f)i,K à droite. Mais on rit... voilà tout.
Antres i>oi\r. Cela dérançe votre discours appris par cœur, n'ost-ce pas ?
^r. Napoléon Bonaparte. On ne doit pas interrompre, voi-
1,1 tout.
]'iii.r à droite. On a le droit de rire, g-rand citoyen. -M. \'i(:tor Htoo. Ces interruptions ont pour but de décon- <-0! tv'r la pensée de l'orateur.
Voi.i-. Dites donc la mémoire! la mémoire! (Rires.)
.M. N'icTOR Hlco. On veut ùter à l'orateur la liberté d'cs-
\'()i.r. La mémoire ! la mémoire ' !
Ce fut encore \c parti c/érical qui fit les frais de ce discours du 2 1 mai. Toujours Loyola ! Loyola partout ! Lo passage suivant souleva un tonnerre d'applaudissements à g-auche :
Si Voltaire vivait, comme le présent système, qui cache sous un masque d'austérité transparente son intolérance religieuse et son intolérance politique, ferait certainement condamner Voltaire pour ofténse à la morale politique et religieuse, Voltaire tomberait sous votre loi et vous auriez sur vos listes d'exclus et d'indiii^nes le repris de justice Voltaire, ce (jui ferait grand plaisir à Loyola !...
Par une dernière hypocrisie, qui est en même temps une suprême ironie, et qui conqjlètc admirablement le système des sincérités régnantes, lesquelles apj)ellent les proscriptions romaines amnistie et la servitude de l'enseignement li/jerté, cette loi continue à donner à ce suffrage restreint, à ce suffrage mutilé, à ce suffrag'e privilégié, à ce suffrage des domiciliés, le nom de suffrage universel!... Cette loi, je ne dirai pas,
t. L'Opinion publique du -li mai tS.jO.
à Dieu ne plaise ! que c'est Tartufe qui l'a faite, mais j'affirme que c'est Escobar qui l'a baptisée ' !
En quittant la tribune, Victor Hug-o s'arrêta au bas de l'escalier de g-auche. Les membres de la JMontag-ne descendirent de leurs places et défilèrent devant lui. Il disparut seulement quand ce baisemain démocratique et social fut terminé *.
Le lendemain, Montalembert prit la défense du projet de loi. « Je reconnais, dit-il en commençant, que je dois à cette Constitution, contre laquelle j'ai voté ^, que je lui dois respect et obéissance, mais pas autre chose. J'ai le droit de la juger et je ne lui dois rien de ce culte, de cet amour, de cette espèce de superstition qu'on vient réclamer aujourd'hui pour elle. Je m'étonne .seulement de voir quels sont les docteurs et les pontifes de ce culte nouveau, des hommes dont la vie a été une attaque permanente aux pouvoirs établis et aux constitutions précédentes, et qui réclament pour leur œuvre nouvelle une .sorte d'idolâtrie injustifiable. » Il ajouta :
Vous comprenez bien, Messieurs, que je ne dis pas ces paroles pour riionorable g'énéral Cavaig-nac, qui a loyalement et glorieusement servi son pays sous la royauté, et que la royauté aussi a loyalement et convenablement récompensé. Je ne le dis pas non plus, ou du moins je ne le dirais pas pour M. Victor Hugo, s'il était ici... [Bruijante hil(irité); car, s'il
1. Voici le commentaire autorisé dont le journal de Victor Hugo, dans son numéro du 2:2 mai 1850, accompagnait ce passage du Maître: « Voyant M. do Montalembert rire de ce rii'o idiot dont il a l'habitude quand il entend des choses sérieuses, l'orateur a ajouté : — « Ce qui ferait plaisir à Loyola. » M. de Montalembert n'en a pas été quitte pour ce mot. .\prés avoir démontré les hypocrisies du projet, iVI. Victor Hugo a ajouté : a Je n'aftirme pas que c'est Tartufe qui a fait la loi, mais cest Escobar qui l'a baptisée » L' Evénement du 22 mai 1850.