‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 132 sur 159 · Ide)n,i. l, page · texte numérisé non relu

Ide)n,i. l, page

lever à minuit ot travailler jusqu'au lendemain*. » Théophile Gautier clit,deson côté, dans son étude sur Honoré <{e Balzac : « Pendant deux ou trois mois de suite, lors- <[u'il avait quelque œuvre importante en train, il travaillait seize ou dix-huit heures surving-t-quatre ; il n'accordait à l'animalité que six heures d'un sommeil lourd, fiévreux, convulsif, amené par la torpeur de la digestion, après un repas pris à la hâte. 11 disparaissait alors complètement ; ses meilleurs amis perdaient sa trace ^... » Ouelquefois ils apprenaient qu'il avait quitté Paris, qu'il était en province, dans sa chère Touraine, pour se reposer sans doute. Or voici comment il se reposait, lorsqu'il était en villég-iature sur les bords de la Loire, chez son ami M. de Margonne •', au château de Sache : « Il lui arrivait de se renfermer dans sa chambre et d y rester plusieurs jours. C'est alors que, plong-é dans une sorte d'extase et armé d'une plume de corbeau, il écrivait nuit et jour, s'abstenant de nourriture et se contentant de décoction de café qu'il préparait lui-même*... »

Cette fièvre, cette frénésie de travail devait tuer Balzac, il est mort à peine âg-é de cinquante et un ans. Victor Hug-o s'est éteint à quatre-vingt-trois ans, comme il convient à un homme qui a beaucoup travaillé, mais sag-cment, bourgeoisement, avec la régularité d'un parfait employé. Et d'abord, pas de travail de nuit. Le matin seulement, frais et re{)Osé, il se rendait à .son cabinet, — j'allais dire à son bureau, — se plaçait, debout, devant un ti'ès hautpu[)itre, prenait de grandes feuilles de papier et les couvrait de sa g-rosse écriture, et cela jusqu'à midi.

1. Souvenirs des Jardies, par Léon Gozlan, p. 36. ■>. Forlrails contemporains par Théophile Gautier, p. 8i. 3. Une ténébreuse affaire lui e.st dciliiju.

4 Notes biographiques sur H. de Balzac, par le D' A. Fournicr, maire de Tours.

Le lendemain, à la même heure, il recommençait, et ainsi tous les jours. Jamais de relâche, mais aussi jamais d'excès; un travail bien ordonné, méthodique, commençant et finissant à heures fixes. Cette exacte rég-ularité se concilie malaisément, il le faut reconnaître, avec l'idée que Ton se fait d'ordinaire du labeur poétique, de cette fièvre d'inspiration, qui est une fièvre d'accès. Mais il convient de ne pas oublier deu.v choses : la première, c'est que, dans la réalité, de nos jours au moins, le poète n'est plus cet être à part, marqué au front par la muse, que l'in.spiration visitait à certaines heures, quelle saisissait aux cheveux et qu'elle emportait sur les cimes. La seconde, c'est que Victor Hug-o est un g-rand peintre, un grand sculpteur, un g-rand musicien, un g-rand joaillier, un g-rand mosaïste, mais n'e.st peut-être pas, dans le sens vrai et larg-e du mot, un g-rand poète. Tout chez lui vient delà tête, même ses vers d'amour, de la tête et de lamain : rien ne vient du cœur. La tête était merveilleusement organisée ; la main était prodig-ieusement habile. Avec cela, quand on est, comme l'auteur de la Légende des siècles, un homme de génie et un incomparable artiste, on peut, tous les matins, se mettre à son pupitre et faire de la copie; on peut composer cinquante volumes, dont plusieurs sont des chefs-d'o.^uvre ; mais une pièce qui aille à l'âme, qui nous arrache des larmes, qui nous fasse jeter un cri, cette pièce-là, — que vous trouverez chez Musset. — il vous est interdit de l'écrire!

Vainement j'es.saie de revenir à la littérature. En dépit que j'en aie, la politique est là qui me rappelle. Les funérailles de Balzac se terminèrent par un incident que

LE DEUX-DÉCEMlîIlE 21b

la Presse, dans son numéro du 22 août, rapporte en ces termes :

Après la cérémonie, un taraud nombre a■ou^•rIers qui avaient voulu assister aux funérailles du ^-nd -nva.n e montm nue le peuple sait porter les deuds de la pensée, a suim r Victor Hugo, et, à la sortie du cimetière ', la tout a coup salué des plus vives et des plus sympathiques acclamations Le orand poète s'est vu immédiatement entoure et applaud. par toute cette foule, qui l'a accompagné des cns de : « ^ ve Te défenseur de la liberté de la presse ! ^ ue le défenseur du peuple ! Honneur à Victor Hugo ! » -, 1 , .

^ Au moment où M. Victor Hugo est monte en , voiture es ouvriers se sont pressés à la portière et ^^"^^ ^^ ^ "^ gérait un serrement de main avec l'dlustre orateur profondément touché et reconnaissant. Les cns Ao \ u^e la Repu Uùiae ! ont été chaleureusement et unanunement répètes -.

Entre le discours du 9 juillet i85o sur la presse et celui qui le suivit, - le discours sur la révision, du 17 juillet i85i. - une année entière s'écoula. ^ ictor Huyo n'était même pas prêt tous les six mois. Le 1 1 juin i8oi , il est vrai, il avait parlé devant la Cour d'assises de la Seine. Son fils Charles comparaissait ce jour-la devant le iurv sous l'inculpation d'attaque au respect du a la loi à'propos d'un article publié dans V Evénement et intitulé Exécution de Montcharmonf. Ce Montcharmont était un braconnier qui avait assassiné deux gendarmes et un garde fore.stier 3. Le gérant du journal. U Erdan, était poursuivi en même temps que Charles Hugo, signataire de l'article. M. Tavocat général Suin soutenait l'accusation. Victor Hugo défendit son fils, a côté de Me Crémieux, qui plaidait pour M. f^.^^' hauteur du Dernier Jour d'un condamne dn de tort belles

4 Le cimetière du Pèro Laehaisc.

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