Les Cfidtimenls, passirn
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ceptionnelle ag-itait le pays et passionnait l'Assemblée. Le 23 mai i85i, un groupe de 233 représentants avait déposé une proposition ainsi conçue : « L'Assemblée nationale, vu l'article i lO de la Constitution*, émet le vœu <(ue la Constitution soit revisée en totalité, conformément audit article. »
Cha([ue jour affluaient sur le bureau de la Chambre des pétitions révisionnistes. Dans la séance du 3 juin, l'Assemblée décida que l'examen des pétitions et des propositions relatives à la revision serait remis à une commission de quinze membres. Cette commission se prononça en faveur de la revision et choisit pour rapporteur ^L de Tocqueville. La discussion s'ouvrit le i4 juillet. Elle durait depuis trois jours, et l'on avait entendu M. de Falloux, le général Cavaig-nac, M. Grévv, M. Michel de Bourges, Berrver, M. Pascal Duprat et ^L de La Rochejaquelein, lorscjue, dans la séance du 17, Victor Hug-o prit la parole. La veille, Berrver avait prononcé un admirable discours, le plus beau peut-être qu'ait entendu la tribune française. Victor Hug-o, rendons-lui cette justice, n'essaya pas de lui répondre. Aussi bien son discours était écrit depuis plusieurs jours ; son sièg^e était fait. Il s'ag"issait pour lui, cette fois, de tirer vengeance du prince-président et de l'atiront qu'il en avait reçu. Il s'ag'i.ssait aussi d'écarter, dans la personne de Louis-Napoléon, l'unique rival qui Vi pût disputer, en i852, le pouvoir suprême. Oue de la revision sortît la monarchie, cela il ne le craig-nait pas, et il n'avait pas à le craindre, en effet, puisque la fusion
{. Au\ tonnes de cet article, l'Assemblée nationale pouvait, dans la dernière année d'une législature, émettre le vœu que la Constilulion fût modifiée en tout ou en poiti ■. Le va-u devait réunir les trois quails des suffrages exprimés. Le nombre des volan's ne pcuv\,iL è rj unin.lre -Je cinq cents.
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n'était pas faite et qu'il entrait dans le plan de M. Thiers et de ses amis de faire durer la république jusqu'à la majorité de M. le comte de Paris. Mais si la revision était votée, n'aurait-elle pas pour conséquence la réélection du président ? Qu'elle fût écartée, au contraire, et Louis-Napoléon ne pouvait être réélu. L'article 4G de la Constitution portait : « Le Président de la République est élu pour quatre ans, et n'est rééligible qu'après un intervalle de quatre années. » Au mois de mai iSôa, Louis-Napoléon n'étant pas rééliçible, les partis monarchiques restant divisés, le parti républicain serait en situation de faire passer son candidat. Quel serait ce candidat ? Cavaignac avait contre lui son échec du lo décembre et ne serait pas d'ailleurs accepté par les socialistes. Ledru-Rollin avait contre lui d'être exilé depuis trois ans et serait certainement repoussé par les républicains modérés. En dehors de (^avai^-nac et de Ledru-Rollin, le parti républicain n'avait pas un homme, pas un nom, — ou plutôt il en avait un, un seul, celui de Victor Hug-o. Ainsi du moins les choses apparaissaient-elles au poète; et dès lors avec quelle ardeur, avec quelle passion n'allait-il pas combattre la demande de revision ! Son discours dépassa en violence tout ce que l'on avait entendu jusque-là. Deux heures durant, il déversa sur les causes qu'il avait autrefois servies, sur les idées qu'il avait autrefois défendues, sur les hommes qu'il avait autrefois g-lorifiés, l'injure et l'outrag-e. Il entrait évidemment dans son dessein de provoquer la colère de ses auditeurs. Il y réussit. Seulement à la colère se mêla bientôt l'indignation. Ces violences de parole, en eflet, n'avaient pas, chez leur auteur, l'excuse d'une conviction ancienne et profonde, d'un attachement à des principes qui avaient été ceux de toute sa vie. Elles ne pouvaient pas non plus être mises
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sur le compte des entraînements de l'improvisation. Tout était appris dans cette liarang-ue, le geste, les tirades, le grandiose, les familiarités même et les vulgarités, tout, jusqu'aux injures, les plus misérables de toutes, des injures récitées. Il accusait ses collèg-ues de la majorité « de se coucher à plat ventre avec terreur, toutes, les fois qu'ils entendaient prononcer les motsdémocratie, liberté, humanité, progrès, et de se coller l'oreille contre terre pour écouter s'ils n'entendront pas enfin venir le canon russe? » Il appelait le prince-président « vainqueur de Satory », « Aug-ustule» et « Napoléon le Petit ». Plus encore que dans ses précédents discours, il s'associait aux revendications socialistes. Il inscrivait sur son programme le droit au travail, le remj)lacement de la mag-istrature inamovible par une magistrature élue et temporaire, le vote direct du peuple entier, par oui et par non, dans les grandes questions politiques et sociales. Il déclarait que la République devait être la liquidation des g-riefs de l'humanité depuis que l'histoire existe. Il reprochait à ses adver.saires de vouloir « faire reculer Dieu », affirmant que l'œuvre, objet et but de ses efforts, était l'œuvre même entrevue par Soc rate et pour laquelle il avait bu la ciguë, l 'couvre faite par Jésu.s-Christ et pour laquelle il avait été mis en croix ! Mêlés à ces violences et à ces déclamations, il y avait des effets de style, des imag-es, des énumérations dont on admirerait l'éclat en un autre lieu et sur une autre scène. C'était un beau pamphlet, ce n'était ])as un beau discours. Lamartine écrivait, quelques jours après, dans le Conseiller du peuple : « M. Hug-o a parlé en grand artiste, non en homme d'État, lia fait une ardente invective à la manière de Rome ou d'Athènes, il n'a pas fait un bon discours. L'chxjncnre n'< s'-rllc /,as. avant
tout, l'art de dire des choses convenables au pays, à /'auditoire, à la cause, au temps ^f »
A peine était-il descendu de la tribune, presque étouffé .sous les embrassements de la Montag-ne, que M. de Falloux, en quelques mots simples, calmes, polis, avec la dig-nité et l'autorité de l'honnête homme, fît justice des excès de langag-e de Victor Hugo, de ces insultes préméditées, apprises par cœur, lancées aux légitimistes par un ancien légitimiste, aux orléanistes par un ancien orléaniste, aux bonapartistes par un ancien bonapartiste. Victor Hug-o voulut répondre. On refusa de l'entendre^.
Il avait, dans son discours, pour mieux réveiller et aviver les vieilles haines, évoqué tous les spectres du passé, depuis Louis XVI et le duc d'Eng'hien jusqu'à Mui-at et au maréchal Ney. Le lendemain, le prince de la Moskowa monta à la tribune : « Messieurs, dit-il, permettez-moi de faire entendre une prière, c'est aux orateurs de tous les partis que je l'adresse : Paix aux morts \ (Vive et sympathicjue approbation). Respectons les douleurs des familles, ne troublons pas le repos des tombeaux. [Assentiment génércd.) En véi'ité, Messieurs, ces apparitions sang-lantes que, pour des intérêts politiques, on évoque chaque jour à cette tribune, sont bien douloureuses. [C'est vrai t Très Z^/e/i .') Elles ne peuvent qu'aug-menter, exciter les passions politiques... L'honorable M. Victor Hug-o n'était pas oblig-é, hier, de se rappeler que ma mère vivait encore [Sensation], que mon frère et moi nous étions là pour l'entendre. [Mouvement prolongé.)\\di donc pu,/>o///' la troisième fois, obéis ant d'ailleurs à des sentiments dont ma famille doit être profondément touchée, appeler la condamna-