Histoire d'un crime, t. I, p
LE DFAJX-DÉGEMBRi: 220
et de bourreaux :'i\ les montre « abrutis de vin et de fureur », « fusillant le peuple à bout portant, » tirant sur les passants « eomnie des chasseurs sur leur gibier », « tuant pour tuer »,
Gorgés, payés, repus, joyeux, fous de colère.
Les o-énéraux sont des bandits comme leurs soldats.
0 cosaques! voleurs! chauffeurs! routiers! bulgares!
0 généraux brigands!...
Routiers, condottieri, vendus, prostitués!
Et ces brif/ands, ces assassins, ces gueux, qui « tuent pour tuer », les voilà maintenant doux comme des ag-neaux, patients comme des ang-es ! Ils souffrent qu'on les traite de bandits et àa forçats! Devant la provocation et l'outrage, ils se taisent et courbent la tète ! Et non seulement le g-cnéral, mais ses aides-de-camp, ses officiers d'état-major, — tous, même les commissaires de police, et les officiers de paix, et les serg-ents de ville! Ils laissent Victor Hug-o et son fiacre s'éloigner tranquillement et remonter la rue du Faubourg-Saint- Antoine, dans la direction des barricades! Après cette invention, il faut tirer VécheWe. L'Histoire d'un crime est un roman, le plus invrai-semblable de tous ceux que nous devons au poète, le roman du Deux-Décembre, pour faire suite au roman de Quatre- Vinfft-Treise, l'Homme qui rugit, pour faire le pendant de l'Homme qui rit.
Je me reprocherais de ne pas sig-naler une autre mvention de l'auteur, non moins divertissante que celle de la harangue de la place de la Bastille:
Le 3 décembre, chez M. Abbatucci, rue Caumarlin, n*' 3i, en présence du docteur Conneau et de Pietri, un Corse, ne a Vezzani, nommé Jacques-François Criscelli, homme attache au service personnel et secret de Louis Bonaparte, avait reçu de
la bouche de Piefri l'offre de 20.000 francs « pour prendre ou tuer Victor Huei'o ». Il avait accepté et dit :
— C'est bon, si je suis seul. Mais si nous sommes deux ?... Pietri avait répondu.
— Ce sera So.ooo francs •.
Autres choses noires, tel est le titre du chapitre où se trouve cette révélation. Quelques pa^-es plus haut, il avait déjà cité ce billet adressé à l'acteur Bocag-e :
Mon cher Bocag-e,
Aujourd'hui, à six heures, 25. 000 francs ont été promis à celui qui arrêterait ou tuerait Hug-o.
Vous savez où il est. Que sous aucun prétexte il ne sorte. A vous.
Al. Dumas.
Au dos : Bocage, 18, rue Cassette -.
Bocag-e! Alexandre Dumas! la caution n'est pas bourg-eoise.
Lorsque parut F Histoire d'un crime, Adolphe Granier de Cassagnac, qui était resté l'ami du poète^ voulut tirer au clair cette chose noire. Il écrivit à ce sujet à M. de Maupas, le préfet de police du Deux-Décembre, et en reçut cette réponse :
Château de Vaux par Fouchères (Aube).
27 septembre 1878.
Mon cher ami,
A^ictor Hugo se flatte, en disant qu'on a mis sa personne à prix; 26.000 francs pour sa capture, c'était beaucoup, en tout cas. Morny m'a donné l'ordre de l'arrêter. Je me suis refusé à le faire. Victor Hugo n'était nullement dangereux. Arrêté, il eût été un embarras.
Ce que je puis vous affirmer, c'est qu'il se cachait très soi-