‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 153 sur 159 · Nouvelles Médilalions poétiques, XXII · texte numérisé non relu

Nouvelles Médilalions poétiques, XXII

« Seize ans plus tard, le 22 mai i885, l'autre grand poète du xix^ siècle, Victor Hugo, mourait à son tour, non plus dans la détresse et l'isolement, mais au milieu d'incalculables richesses et dans tout l'éclat d'une apothéose. Jamais plus de bruit ne s'était fait autour de son nom. La foule se pressait aux portes de son hôtel, où s'inscrivaient d'heure en heure toutes les célébrités de la politique, de la littérature et des arts. Mais les portes de cet hôtel avaient refusé de s'ouvrir devant l'Archevêque de Paris; Dieu était absent de cette maison où mourait, sans consolation et sans prières, celui qui avait dit un jour à sa fille :

Va prier pour ton père! — Afin que je sois dif^ne De voir passer en rêve un ange au vol de cygne, Pour que mon âme brûle avec les encensoirs ! Efface mes péchés sous ton souffle candide, Afin que mon cœur soit innocent et splendide Comme un pavé d'autel qu'on lave tous les soirs ' !

« Non moins différentes ont été les funérailles des deux poètes. Le 3 mars 1869, un cercueil presque solitaire traversait Paris au milieu de l'indifférence publique. Il arrivait, le lendemain à sept heures du matin, à !Mâcon, et, après une courte halte à l'ég-lise Saint- Vincent, il partait pour Saint-Point, sans pompe officielle, sans cortège militaire, suivi seulement d'un groupe d'amis, que venaient grossir, à mesure que l'on avançait dans la campagne, d'autres amis, des paysans, vignerons et laboureurs, des femmes, des vieillards. Peu à peu le ciel gris avait effacé sa tenture de deuil ; il brillait maintenant comme aux jours heureux. Quelques nuages blancs flottaient dans l'azur, comme des nuages d'encens. Le soleil étincelait sur la neige, dont les champs étaient couverts. Chaque commune, son curé en tète,

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