‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 30 sur 159 · Lettre du 18 septembre 1843. — Carions de Victor l'avie · texte numérisé non relu

Lettre du 18 septembre 1843. — Carions de Victor l'avie

4(i VICTOR HUGO Al'UÉS 1830

uitjlons sont plus avancés en ihcorics lilléi'alrcs que leurs professeurs, on se demande ce que l'on pense d'eux au collèg-e. La Dédé grandit, s'allong-e, belle sous ses habits de deuil, assise près des portraits multiples des infortunés époux disparus sous les flots *...

Peu de semaines après la mort Je M'"^ Yacquerie, Victor Pavie avait perdu un enfant, une toute petite fille, emportée par une fièvre cérébrale. Victor Hugo et sa femme lui écrivirent à cette occasion sur la môme lettre. Voici les lignes du poète :

Hélas! quel triste écho votre cœur éveille dans le mien! vous en êtes, comme moi, aux grandes douleurs de la vie! voir la fleur tomber, voir mourir son avenir, voir son espérance se transformer en désespoir. Hélas ! c'est ce que je n'eusse souhaité à aucun de mes pires ennemis. Pourtiuoi la Providence envoie-t-elle cette ang-oisse à l'un de mes plus chers et de mes meilleurs amis! Adorons et répétons ce g-rand mot : Ailleurs !

La douleur de M""3Hugo n'est point si poétique, mais combien elle est plus vraie et plus touchante :

INIon cher monsieur Victor, écrit-elle, voilà donc les épreuves cjue Dieu vous réservait ! Cela suffirait à faire croire à une autre vie. Si le bonheur est la récompense d'une vie si noble et si pure, vous ne l'avez pas ici-bas ; nécessairement il vous attend autre part. Consolez-vous avec cette pensée et voyez vos petits anges déjà rendus sur cette rive où vous débarquerez un jour et (jui vous y préparent une demeure. Levez les yeux là-liant et baissez-les le moins possible ; je supporte ma vie seulement dans cet ordre d'idées. Sur la tombe de mes enfants d'où j'arrive, je touchais leurs corps seulement avec le mien. A/on âme sortait pour ainsi dire de moi pour s'unir à la leur. Il y a des délices dans l'union, dans la communion des âmes. Cherchez-les et vous les trouverez avec moi. Ditesvous que chaque jour, dussiez-vous vivre aussi longtemps qu'il est donné à l'homme, vous rapproche de ces chers petits,

1. Lettre de Théodore Tuvie, 21 janvier 184i. — Cartons de Victor Pavie .

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et vous en viendrez à bénir clia([ue jour (jui s'est écoulé ; et puis, comme vous le dites, Dieu sait mieux que nous ce ([u'il faut qui soit fait ' !...

Le cœur a des inspirations qui égalent parfois celles du génie. Dans les Contemp/ations ,\[ctov Hugo a une pièce admirable : le Revenant. Une mère a perdu son fils au berceau; elle ne veut pas être consolée, pas même par la venue au monde d'un second enfant :

Le jour vint; elle mit un autre enfant au monde,

Et le père joyeux cria : — C'est un garçon !

Mais le père était seul joyeux dans la maison;

La mère restait morne, et la pâle accouchée,

Sur l'amer souvenir tout entière penchée.

Rêvait; on lui porta l'enfant sur un coussin;

Elle se laissa faire et lui donna le sein ;

Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée.

Pensant au fils nouveau moins qu'à l'âme envolée.

Hélas! et songeant moins aux langes qu'au linceul.

Elle (lisait : — Cet ange en son sépulcre est sexd !

— 0 doux miracle! ô mère au bonheur revenue! —

Elle entendit, avec une voix bien connue,

Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras.

Et tout bas murmurer ; — C'est moi. Ne le dis pas -.

Lidée de ce doux et beau poème, écrit en i843, appartient à M"i« Victor Hugo. Je la trouve dans une lettre qu'elle écrivait, le 28 novembre 1842, à Victor Pavie qui avait vu mourir ses deux premiers enfants . «... Votre frère m'avait dit que vous aviez l'espérance d'être père pour la troisième fois. Cette espérance s'est-elle réalisée? Qui nous dit que les petites âmes ne noits reviennent pas ^? )) I

Je me suis étendu, un peu longuement peut-être, sur les relations de Victor Hug-o et de sa femme avec Victor Pavie et sa famille, « la famille bénie, w comme l'appe-

i. Cartons de Victor Pavie : correspondance de M"»' Victor Hugo. Lettre du 4 novembre 1843.

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