‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 32 sur 159 · Lettre du 5 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 5 mars

2. « Cet enfant a une tête bien remarquable, une \érilal)le étude de Lavater. Je lui ai dentaridù à quoi il se destinait, et si son intention ùtail de suivre uiii([uenient la ('arriùri' des lettres. Il m'a répondu (ju'il espérait de\enir pair d(.' France... et il le si;ra ! « — Lettre d'Alexandre Soumet à Jules de Rcsséguier, 1820. — Victor Hugo avant IS30, p. lo3.

VILLEMUIER 49

donc pas ;i reprendre le rlieniin des Tuileries. Il v devint même plus assidu que jamais. Le roi l'y voyait d'ailleurs avec plaisir. Un soir, c'était dans l'hiver de i843, Louis- Philippe resta si tard à causer avec lui que, croyant tout le monde parti et le roi couché, les g^ens du château éteignirent toutes les lumières, et que le roi fut oblig-é d'éclairer le poète dans l'escalier ^

Plusieurs des notes pid)lièes depuis sa mort dans le volume intitulé Choses vues ont trait à ses visites aux Tuileries au cours de l'année i844- Voici quelques-unes de ces notes :

Mai iS44- — ^I"^ Adélaïde avait quelque chose de viril et de cordial, avec heaucoup de finesse. Elle avait de la conversation ; je me rappelle un soir où elle me parla long-uement, et juste, du Rancé de M. de Chateaubriand, qui venait de paraître...

Septembre. — Le roi Louis-Philippe me disait l'autre jour : — Je n'ai jamais été amoureux qu'une fois dans ma vie. — Et de qui, Sire ? — De M™« de Genlis. — Bah ! mais elle était votre précepteur.

Le roi se mit à rire et reprit : Comme vous dites. Et un rude précepteur, je vous jure. Elle nous avait élevés avec férocité, ma sœur et moi...

Oetobve. — Le roi, chez lui, le soir, ne porte habituellement aucune décoration. Il est vêtu d'un habit marron, d'un pantalon noir et d'un gilet de satin noir ou de piqué blanc. II a une cravate blanche, des bas de soie à jour et des souliers vernis. Il porte un toupet gris, peu dissimulé, et coiffé à la mode de la Restauration. Point de g-ants. II est gai, bon, affable et causeur.

Son voya^'e en Angleterre l'a charmé. Il m'en a parlé une heure et demie avec force gestes et imitations de l'accent anémiais et des pantomimes anglaises...

Noeejnbre. — Saint-Cloud. — Le roi était hier soucieux et paraissait fatigué. Quand il m'a aperçu, il m'a conduit dans le salon qui est derrière le salon de la reine, et il m'a dit en

\. Courrier de Paris, par M™» Emile de Giiardin. — Lettres pririsiennes, t. IV, p. 64.

50 VICTOR nUGO APRES 1830

me montrant un |»rand canapé de tapisserie où sont figurés des perroquets dans des médaillons : Asseyons-nous sur ces oiseaux. Puis il m'a pris les mains, et s'est plaint assez amèrement : Monsieur Hug-o, on me juge mal '...

Dès les premiers mois de i844> ^^ faveur dont jouissait Victor Hugo auprès du roi et de la duchesse d'Orléans ne permettait g-uère de douter de son entrée prochaine au Luxembourg-. Le National du 8 mars la donnait comme certaine. Un peu plus tard, dans les derniers jours de septembre, à la veille de la visite du roi à Windsor -, on annonça que son retour d'Ang-leterre serait marqué par une pi-omotion de pairs, et que Victor Hug-o en ferait partie. De tous les noms mis en avant par les journaux, le sien était celui qui paraissait réunir le plus de chances 3. Le roi revint de Windsor au milieu d'octobre. Plusieurs semaines se passèrent; la liste des nouveaux pairs ne paraissait point. On apprit que le chancelier Pasquier et le grand référendaire, M. Decazes, faisaient tous leurs efforts pour la réduire le plus possible. Ils ne voyaient pas sans déplaisir s'accroître le nombre de leurs coUèg-ucs, estimant avec raison quétendre une distinction, c'est l'amoindrir. M. Pasquier et M. Decazes avaient surtout combattu avec énerg-ie le choix de Victor Hugo. Pour faire cesser leur résistance, il n'avait fallu rien moins que l'intervention personnelle de la duchesse d'Orléans, réclamant l'exécution d'un vœu souvent exprimé par son époux *.

Le i6 décembre i844> ^I- Pasquier fut fait duc; mais l'année se termina sans que le roi eût encore signé les ordonnances nommant les nouveaux pairs.

\. Choses vues, pp. 243, 79, 83 et 84.

2. Loiiis-Pliilippo, arcoiiipognù du duc de Montpcnsior et de M. Guizot, débarqua à Portsiiioutli, le 8 octobre 1844, ut de là se rendit à AVindsor.

Page 1