‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 33 sur 159 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Alphonse Karr. — II. de Balzac et l'Acailéniie. — Les Glanes de Mi'= Louise Berlin. — Lettre de Saint-Mandé. — Réception de Saint-Marc Girardin. — Charles Labitte. — Joseph Delorme en cours de visites. — Réception de Sainte-Beuve. — Victor Hugo et le roi de Prusse.

Le joiu' où Victor Huu;-o avait pris séance à l'Académie, Alphonse Karr lui avait écrit de Sainte-Adresse :

... Vous êtes entré à l'Académie en enfonçant les portes ; en vain vous avez pris une allure modeste et hypocrite : vos confrères mala^ré eux ont fait comme les vieilles femmes d'une ville prise d'assaut : elles jettent du haut des fenêtres sur la tète de l'ennemi tous leurs ustensiles de menace.

Ce n'était vraiment pas la peine de se faire Victor Huço pour devenir l'un des Quarante.

Mon pauvre Victor, vous voilà donc enfin l'én^al de ^I. Flourens ; tout le monde dit maintenant que vous voulez devenir député, c'est-à-dire l'un des quatre cent cinquante.

De succès en succès, si l'on vous laisse faire, vous arriverez à être l'un des trente-trois millions qui composent la nation française.

A vous ! A. K.

Victor Hug-o avait répondu :

Mon cher Alphonse Karr,

Vous êtes la poésie même qui se plaint d'un poète et qui a raison.

^lais, de mon côté, je n'ai pas tort, je suis un peu poète,

mais je suis beaucoup soldat. Comme vous le dites d'une faeon si spirituelle, on m'a vidé sur la tète le discours de Salvandy ; cela est vrai, mais, en somme, je suis dans la place et vous y êtes aussi, et toutes mes idées, et toutes les vôtres, y sont,

L'Académie, après tout, a été une grande chose et peut et doit le redevenir, i^Tàce à tous les hommes de pensée et d'avenir dont je ne suis (juc le maréchal des log'is. g-ràce aux vrais poètes, grâce aux vrais écrivains; Il y a là, même à cette heure, d'excellents esprits qui vous aiment et vous tendront la main; les Académies, comme tout le reste, appartiendront à la nouvelle génération. En attendant, je suis la brèche vivante par où ces idées entrent aujourd'hui et par où ces hommes entreront demain. Cela vous importe peu à vous, en ce moment, vous qui vivez face à face avec l'Océan, avec la nature et avec Dieu, je le conçois; mais repliez-vous un peu sur nous autres, revenez de ce grand Etretat à ce petit Paris ; est-ce que nous ne devons pas être las d'être gouvernés liltéraircment par M. Roger et politiquement par M. Fulchiron ? Comprenez-vous cela ? Et quand vous viendrez à Paris, venez dîner place Royale.

Moi aussi, je vous aime et du fond de l'àme, car vous êtes un noble cœur et un noble esprit.

Votre ami.

Victor.

Grondez pour moi Gatayes qui m'a rendu une foule de services; après quoi, il me plante là, l'ingrat!

Vous nous faites lire les plus charmantes, les plus spirituelles choses du monde ; vous faites de la satire en poète, en penseur et en honnête homme ; vous mettez le cœur et l'imagination au service de la raison; aussi, nous vous aimons ici beaucoup, mais nous nous plaignons un peu : nous ne vous voyons plus, c'est mal à vous.

Venez donc un de ces soirs (jeudi excepté), dîner place Royale.

A vous c.K iiili/no coi •de.

Victor Iluii'O entrait-il vraiiaont à l'Académie avec

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