Alphonse Karr, le Livre de bord, t. III, p
l'intention d'être le maréchal des lo(jis de l'armée romantique, le fourrier charg-é de préparer les log-ements de ceux qui le suivaient? Il ne semble pas qu'il ait pris ce rôle très au sérieux. « Au moment de la double candidature de Sainte-Beuve et Mérimée, — dit un des habitués de la place Royale, M. Théodore Pavie, — il recommandait aux sufFrag-es de la compag-nie, dans une séance du jeudi, un poète d'un rare talent, plein d'avenir, son élève favori. Th. Gautier, et ceci, tandis que Vigny, Emile Deschamps, ses contemporains et ses vieux amis, demandaient à s'asseoir à ses côtés K » Balzac, qui s'était retiré en 1889 devant la candidature de Victor Hug-o', song-ea deux ans plus tard à se présenter, et c'est au poète qu'il s'en ouvrit tout d'abord. L'entrevue eut lieu au Jardies et Léon Gozlan nous en a conservé le souvenir :
Nous nous levâmes, dit-il, pour aller prendre le café sur la terrasse et respirer l'air lumineux et doux d'une belle journée. On causa encore environ une heure autour 'des tasses, heure charmante et sérieuse, où il fut d'abord question, entre Victor Huço et Balzac, de l'Académie française. En ce moment, il y avait une vacance à l'Institut. Hufjo promit peu; Balzac n'espérait pas g-rand'chose. Il n'était pas en faveur, — l'a-t-il jamais été ? — sous la coupole du palais Mazarin 3.
Singulièrement refroidi par la tiédeur de Victor Hug-o, Balzac jug-ea inutile d'aller au-devant d'un échec certain. Il ne se mit pas sur les rang's et attendit *.
1. V'iclor Pavie, sa jeunesse et ses relations ULléraires, p. 254.
±. Balzac écrivait, le 9 février 1849, à son ami M. Laurent- .lan : « L'Académie m'a préféré M. de Xoailles. Il est sans doute meilleur écrivain que moi ; mais je suis meilleur genlilhomme que lui, car ,/e me suis retiré devant la candidature de Mclor llur/o. Et puis M. de Noailles est un homme rangé, et moi, j'ai des dettes, palsambleu! » — Correspondance de H, de Balzac, t. II, p. 'àli.