‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 41 sur 159 · X. Doudan, t. II, p. 44. — Lettre du 17 mars · texte numérisé non relu

X. Doudan, t. II, p. 44. — Lettre du 17 mars

6i VICTOR IILiGO APRÈS 1830

parlcmif-il du iH'cipiondaire , loni»temps son premier lieutenant, aujourd'hui son ennemi; de celui auijuel il avait dit, dans les Odes et Ballades,

Viens, joins ta niniii (Jo frùre à ma main fraternelle,

et dont il avait été, l'an passé, au moment de l'élection, l'adversaire implacable? Dans le brillant et aristocrati(jue auditoire qui, bien avant l'heure fixée, encombrait la salle trop étroite de l'Institut, les uns tenaient pour certain que le poète allait tirer une veng-eance éclatante du critique qui l'avait offensé, du lieutenant qui l'avait trahi, que Sainte-Beuve, comme autrefois le phrygien Marsyas, allait ôtr.e écorché vif par Apollon. A l'appui de leurs dires, ils invoquaient le dernier Courrier de Paris de M'"^ Emile de Girardin, amie particulière de M. Victor Hug-o, qui traitait M. Sainte-Beuve de renégat et qui adjurait toutes les femmes d'être san? pitié pour ce chevalier félon'^ . Les autres, au contraire, affirmaient que tout se passerait de la façon la plus courtoise; ils savaient de Ijonnc source que M. le comte Mole avait pris M. Sainte-Beuve dans sa voiture et l'avait conduit place Royale, où, grâce à lui, un traité de paix avait été sig'ué -. Ils étaient bien informés, et quelques instants après l'événement leur donnait raison.

Victor Hug'o parla de Casimir Delavigne avec convenance, de Sainte-Beuve avec urbanité. Son langage fut digne, noble, élevé. Il eut sur Port-Royal un grand morceau, un air de bravoure, qui fut très applaudi, et qui, malgré quelques fau.sses notes, méritait de l'être. Comme M. Cousin s'étonnait que M. Royer-Collard parût être content de ces pag-es, dont la magnificence et l'éclat

t. Ln Presse du 24 février 1845.

2. Victor Pavie, sa Jeunesse, ses relations littéraires, p. 232.

juraient si fort avec l'esprit et le style jansénistes : « Mais, répliqua Royer-Collard, ce n'est pas trop mal de la part d'un homme de théâtre '. »

Dans son discours, Victor Hug-o n'avait pas été seulement homme de théâtre ; il avait été aussi homme d'esprit. Il s'était tiré fort adroitement d'une situation particulièrement délicate et difficile. Son succès fut considérable, et c'était justice. Cette séance du 27 février i845 restera l'une des plus belles de l'Académie. Pour que la fête fût complète, M. Villemain était venu reprendre ce jour-là ses fonctions de secrétaire perpétuel ; assis à côté du grand poète, il partag-ea son triomphe. Cette fois encore les princes étaient restés fidèles à Victor Hug-o. On lit dans le Journal des Débats : « Me' le ducd'Aumale et les princesses de la famille royale honoraient la séance de leur présence 2. »

Sainte-Beuve, fort satisfait de la façon dont les choses s'étaient passées, écrivait, quelques jours plus tard, à Victor Pavie :

Le i5 mars i84j.

Cher Pavie, que je suis en retard avec vous pour vous remercier de votre bon souvenir et vous dire qu'à tra^•crs mes lono-s silences je suis le môme et tout à un petit nombre dans le passé ! Vous aurez su, du resta, tout le torrent qui m'a entraîné durant un mois. Une candidature n'est rien auprès d'une veille de réception ; enfin tout cela est passé et bien passé. Enfin, je jouis du fauteuil et l'un de mes premiers soins est de rég-ler les comptes du cœur avec les chers amis qui pourraient se croire négligés, s'ils n'étaient indulg-ents comme des mères. J'ai à peine vu le cher Théodore dans tous ces temps-ci ; j'ai eu cependant le plaisir de le rencontrer l'autre matin et de lui serrer la main, et à vous tous en lui. Huço a été (vous l'avez su) très bien pour moi en cette grave circon-

1. Sainte-Beuve, Porl-Royal, t. I, p. 551, 4= édition, i. Journal des Débats, 28 février 1843.

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stance; il Ta été d'autant plus que la veille il avait voulu exiger de moi certaines nicdifirations clans mon discours, lesquelles je n'avais pas consenties, et nialgrc mcn refus fort net, il n'a rien changé à ses éloges. Ainsi tout s'est passé dignement et avec une parfaite convenance. C'est le dernier hommage au passé, hélas ! 11 y a même de la division là-dedans. Se féliciter de la convenance et dire que, cette condition rigoureusement ohservée, tout s'est passé à souhait ! Cher Pavie, qui

nous eût dit cela il y a (juinze ans à pareil mois, à pareil jour,.

lorsque les Consolations paraissaient (i5 mars)' !

Quant à Victor Hugo, il écrivait, à ce même moment, non à Victor Pavie, mais au baron Alexandre de Humboldt, chambellan de S. M. Frédéric-Guillaume IV :

3o mars i845.

Vous avez bien voulu, monsieur le baron et illustre confrère, me promettre que vous accepteriez de ma main Notre- Dame de Paris et être assez bon pour vous charger de l'offrir, en mon nom, à votre auguste Roi, pour lequel vous connaissez ma sympathie et mon admiration. Je joins à Notre- Dame de Paris mon discours si sérieux à l'Académie. Je serais heureux que vous eussiez quelque plaisir à accueillircette marque de ma haute et profonde considération.

Tout le monde, du reste, dans la maison de Victor Hug-o, aimait, célébrait le roi de Prusse. Ses disciples favoris, MM. PaulMeurice et Auguste Vaccjucrie, avaient fait représenter à l'Odéon, le 21 mai i844î wne trag-édie en cinq actes et en vers, Anfigone. On lit en tête de leur pièce : DEDIE à S. M. Erécléric-GuiUcunne, roï de Prusse, par ses irès liinnbles et très obéissants serviteurs, P. M. et A. V.

1. Carions de Victor l'uvie : correspondance de Sainte-Beuve^

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