CHAPITRE IV
L'ordonnance du 13 avril 1845. — Vhérilier de pairie. — Cornet-Hugo ou Hugo-Cornet. — Le vicomte Hugo. — Un acte de mariage inscrit bur les registres de la commune deChabris.
— Le général Léopold Hugo. — Un article d'Armand Marrast.
— Le Roi s'amuse.
Quelques jours après avoir écrit sa lettre au baron de Humboldt, Victor Hugo faisait parvenir le témoignag"e de fsa reconnaissance et de son admiration à un autre souverain que le roi de Prusse, au roi Louis-Philippe, qui avait sig-né, le i3 avril i845, une ordonnance ainsi conçue :
Louis-Philippe, roi des Français.
A tous présents et à venir, salut.
Vu l'article 28 de la charte constitutionnelle portant :
« La nomination des memhres de la Chambre des pairs appartient au roi, qui m peut les choisir que parmi les notabilités suivantes :
« Les membres titulaires des quatre académies de l'Institut... »
Considérant les services rendus à l'État par le vicomte Hugo (Victor), membre titulaire de l'Institut.
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Le vicomte Hugo (Victor), membre titulaire de l'Institut, est élevé à la dignité de pair de France '.
1. Moniteur du 17 avril 1845. — Furent nommés pairs de France, le même jour que Victor Hugo, le lieutenant-général baron Aciiard ; Napoléon Mortier, duc de Trévise ; le comte Charles de Mornay; M. Martell, ancien député de la Gironde, et le général Dertin de Veaux, neveu de M. Bertin l'alné.
Sur le rapport du baron FeutrierJ'admissiou du nouveau pair fut prononcée le 22 avril; le 28 du même mois, il prêta serment et prit séance.
La vieillesse est conteuse. Victor Hug-o, dans ses dernières années, aimait à rappeler qu'il n'avait tenu qu'à lui d'être pair de France, bien avant i845, sous la Restauration même. MM. Alfred Barbou et Richard Lesclide, dont les ouvrag-es ne font que reproduire les conversations du MAITRE, ses propos de table et de salon, s'étendent l'un et l'autre sur ce point *, et il ne tiendra pas à eux qu'à toutes les légendes déjà mises en circulation par le Témoin de sa vie, ne se vienne ajouter la lég-ende de V Héritier de pairie. Ils racontent donc, le plus sérieusement du monde, que, dès avant 1822, le général comte Cornet, pair de France et cousin g-ermain de la mère du poète, avait voulu lui transmettre son droit de siég-er à la Chambre haute. La chose avait même reçu un commencement dexécution, et l'auteur de FOde sur Louis XVII avait fait partie du groupe des héritiers de pairie. Il revenait fréquemment sur cet épisode de sa jeunesse, et M. Richard Lesclide, en particulier, nous en a pieusement conservé les détails. « Les héritiers de pairie, nous dit-il^ se tenaient dans un coin de la salle, à eux réservé, et qui était fermé par une grosse corde dorée. Cet honneur se payait d'une assez grande fatigue, car il était défendu aux jeunes g-ens de s'asseoir ; ils restaient quelcjuefois debout pendant quatre ou cinq heures, par respect pour l'étiquette. Mais([uel plaisir d'être reg-ardé par les belles dames qui remplissaient les tribunes et de faire partie de cette élite dorée! Ces grands enfants n'a-
\. Victor Hugo et son lemps, \)ur M. AlIVcd Biirbou, p. 227. — Propos de table de Victor Uutjo, recueillis par M. Richard Lesclide, pp. iJ4 et suiv.
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vaient entre eux aucune camaraderie, et se parlaient avec une morgue et un sérieux déplorable i. » Tous ces jeunes gens^ au dire du MAITRE, étaient orgueilleux comme des « poux ». et il citait entre autres « le marquis de Pastoret comme un des poseurs les plus agaçants qu'il fût possible de voir '^ ». Victor Hugo, du reste, leur faussa bientôt compagnie. Le comte ('omet ayant fini par mettre comme condition à la transmission de sa pairie que son héritier s'appellerait Cornet-Hu^o ou Hugo-Cornet, M>"c Hugo, la mère, n'y voulut jamais consentir, et tout fut rompu.
Il est fâcheux qu'il n'y ait pas un seul mot de vrai dans toute cette hi.stoire.
Mathieu-Augustin Cornet, qui ne fut pas (jénéval et n'appartint même jamais à l'armée 3, avait été président du conseil des Anciens et avait contribué, pour une bonne part, au succès du coup d'Etat du i8 Brumaire, Je plus abominable des crimes, aux yeux de Victor Hugo *.I1 devintsuccessivement.sous Bonaparte, sénateur, secrétaire du Sénat, comte de l'Empire, grand officier de la Légion d'honneur, ce qui ne rempécha pas de concourir à l'acte du Sénat qui prononça, le i^'" avril i8i4, la déchéance de Napoléon. Le 4 juin suivant, il fut créé pair de France par Louis XVHL Une ordonnance royale du 3i août 1817 lui ayant conféré le titre de comte, il prit des armoiries parlantes : trois cors de chasse