‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 53 sur 159 · Moniteur du 28 juin · texte numérisé non relu

Moniteur du 28 juin

tlves, et là où le journal officiel ne dit rien, il a mis: Emotion. — Mouvement. — Parlez ! tout cela est nouveau ! La fin de son discours n'a été suivie, d'après le Moniteur, d'aucune marque d'approbation, pas même d'un simple très bien! Qu'à cela ne tienne, Victor Hug-o mettra : Approbation sur tous les bancs ^

Après cette séance du i^r juillet i846, Sainte-Beuve écrivait dans ses Cahiers:

HuEi'o, Lamartine, ne font que transporter sur les matières et les thèmes dits politiques leur faculté lyrique ou descriptive; ils font l'analog-ue d'une Harmonie ou d'une £;-rande Of/c, ils le font en prose avec une transposition plus ou moins habile, selon les conditions nouvelles ; mais, en faisant cela, ils se croient des hommes politiques. Erreur d'enfant!

Lamartine excelle ù ce jeu depuis déjà lono-temps ; Hugo aujourd'hui s'y essaye avec pesanteur -.

Poète lyrique, Victor Hug-o l'était si puissamment qu'au fond et en réalité, malgré ses tentatives diverses, il n'a jamais été autre chose. Son théâtre est l'effort d'un poète lyrique qui veut devenir poète dramatique, et qui, malg-ré une dépense énorme de volonté et de talent, n'y réussit qu'à demi, .si bien qu'entraîné par la force même et le poids de son g-énie, il finit par écrire les Burgraves, une ode en trois actes, un drame impossible, une lég-ende lyrique admirable. Dans ses romans, dans Notre- Dame de Paris et les Misérables, dans les Travailleurs de la mer, l'Homme qui rit et Quatre-vingt-treize, dans ses lettres sur le Rhin et dans l'écrit politique qui leur sert de Conclusion, c'est encore le poète lyrique qui prévaut. Dans ses discours, il n'en va pas autrement.

i. Victor Hugo, Actes et paroles, l. I, p. 91. 2. Les Cahiers de Sainte-Beui'e, \>. -21.

LES 1'AI{I:NTS -MATKRiNELS 91

Suivant un mot très juste de M. Jules Simon, tout ce qu'il disait à la tribune aurait pu être mis en vers ^.

Cette date de i846, à laquelle nous sommes arrivés, doit nous arrêter un instant.

Lorsque parurent les Contemplations, au mois d'avril i856, jVictor Hug-o était républicain, voire même socialiste. Des esprits mal faits,

L(?s liommes du passé, les combattants de l'ombre,

avaient parfois le mauvais goût de lui rappeler ses anciennes opinions, son royalisme d'antan. Gomment faire taire ces trouble-fète ? Oh ! mou Dieu, rien de plus facile. Le poète prend sa meilleure plume et il écrit des vers aixlemment républicains, anti-royalistes au premier chef, des vers tels que ceux-ci :

J'ai vu partout grandeur, vie, amour, liberlé,

Et j'ai dit : — Texte : Dieu; contresens : royauté.

Ce sont les rois qui font les gouffres

Voilà ce que m'apprit l'histoire. Oui, c'est cruel,

Ma raisoti a tué mon royalisme en duel.

Me voici jacobin. Que veut-on que j'y fasse?

Le revers du louis dont vous aimez la face

Ma fait peur. En allant librement devant moi,

En marcbant, je le sais, j'afllige votre foi,

Votre religion, votre cause éternelle.

Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle.

Et dans vos bons vieux os, faits d'immobilité.

Le rimmatisme antique, appelé royauté.

Je n'y puis rien

Parce que j"ai vagi des chants de rovauté, Suis-je à toujours rivé dans l'imbécillité - ?

1. Le Temps, n' du 9 juillet 1890. — Mon petit journal, par Jules Simon. — Voir ci-dessus chapitre i. Cf. Lerminier, Revue des Deux-Mondes du 1"' juin 1S4.").

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