L'Evénement du 5 novembre
rcnscmble de la Constitution, et dont j'ai fait partie, vous ayant adressé des explications sur leur vote, je vous demande la permission d'y ajouter la mienne.
Je suis convaincu qu'il ne saurait y avoir ni stabilité pour les pouvoirs publics ni indépendance pour les simples citoyens sous un Ëfouvernement où Vomnipotence léfjishitive est concentrée dans une assemblée unique...
Le représentant qui se rencontrait ainsi avec Victor Hugo dans l'expression de ses craintes pour l'avenir et dans sa réprobation de la Constitution du 4 novembre était M. de Montalembert '. En i848, en 18^9 encore, jusqu'à la fin de TAssendjIée nationale, ils ne cessèrent presque jamais de confondre leurs votes, — ce cjui n'empêchera pas Victor Hug-o de dire à la tribune, le 28 mai i85o : « M. de Montalembert ma accusé hier, et dans le parti aucjuel il appartient, on m'accuse volontiers d avoir, comme on dit, déserté le camp de l'ordre. Messieurs, je n'ai, je le dis à M. de Montalembert, je n'ai jamais été, il le sait bien, dans le même camp que lui 2. »
La Constitution était votée ; restait à élire le président. Ici encore, ^I. de Montalembert et Victor Hugo allaient se retrouver dans le même camp ; tous les deux patronnèrent la candidature du prince Louis-Napoléon Bona- })arte. Seulement, tandis que M. de Montalembert le soutenait assez mollement, sans g-rand enthousiasme, Victor Hui^o et son journal l'Evénement prenaient la tète du mouvement naj)oléonien. Dès le 20 septembre, au lendemain de la (piintuplc élection du prince à Paris
1. Moniteur du 6 nmenibro 1848, — Lettre de M. de Montalenihi-rt, représeiitanl du Doubs.
:i. .Moniteur du i*t mai ISiiO.
et dans les (l;'partements JerVonne, do la Charente-Inférieure, de la Moselle et de la Corse, VEoéiiement publia un article intitulé :Z,e troisième retour de V Empereur, où se lisaient ces lig-nes:
M. Louis-Napoléon Bonaparte doit, dit-on, arriver ce soir à Paris. Ce n'est pas un homme (jui revient, — c'est une idée...
Depuis i8i3, le peuple attend Napoléon... Il a besoin d'un idéal, d'une vision, d'un amour. Cet idéal, cette vision, cet amour, c'est L'EMPEREL'R... Celui que le peuple vient de nommer représentant, c'est le vainqueur d'Iéna, c'est le héros d'Arcole, c'est l'homme de l'apothéose et du succès, c'est l'homme de la colonne et de la gravure ; sa candidature date d'AustcrlItz '...
Un mois après, le 2G octobre, rAssemblée nationale fixe au 10 décembre Télcction pré.sidentielle. Sans perdre un jour, le journal de Victor Hugo pose la candidature de Louis Bonaparte. Son article respire un véritable lyrisme :
Ce nom a le rayonnant mirage de l'empire. Ce nom, NAPOLEON, quel que soit l'homme qui le porte, veut dire tant de choses! 11 veut dire Marcngo, il veut dire Austerlitz, Il veut dire : Souvenirs, — il veut dire aussi Espérances!...
Maintenant, si on nous suppose un peu prévenus pour Louis Bonaparte, on ne se trompera pas. Nous sommes comme le peuple et comme l'enfant, nous aimons ce qui brille... Nous avons l'enthousiasme, précisément parce que nous avons l'impartialité. Nous voyons passer dans la rue un homme qui s'appelle Napoléon, nous ne pouvons nous empêcher de le saluer au passage. Sans nous associer à cette superstitieuse faveur qui accompagne aujourd'hui M. Louis Bonaparte, nous la comprenons. C'est un touchant appel que la France fait à Dieu. Elle a besoin diin homme qui la sauve, et ne le trouvant pas autour d'elle dans la sombre tempête des événements, elle s'aKache avec un suprême effort au glorieux rocher de Sainte-Hélène -.