Moniteur du 2'ù février ISi'.i
l.ii VICTOR HUGO APRÈS 18.30
personne, plus que M. Tliiers et M. de Montalembert eux-mêmes, la réaction politique et religieuse. Le 17 janvier^ il donna un grand dîner au prince-président. Les journaux du temps nous ont conservé la liste des convives. La voici : Le prince Louis-Xapoléon, rarchevôque de Paris, le curé des Quinze-Ying-ts, qui avait recueilli M^"" Affre au 2G juin, MM. Thiers, Mole, Berryer, Victor Hur/o, duc deNoailles, maréchal Bug-eaud, Villemain, Cousin, Yiennet, Saint-Marc Girardin, Changarnier, de Pastoret, Barag-uey dHilliers, de Barthélémy, de Bauzan, de Mouchy ' :
D'anti-républicains c'était un fort bon i)lat.
Grande fut la colère sur les bancs de la gauche. Armand Marrast surtout ne pouvait dig-érer ce dîner réactionnaire. — « Il n'y avait pas un républicain! » s'écria-t-il. — « Quoi! répliquait une feuille royaliste, pas même le Président de la Bépul)lique ^ ! »
Victor Hug-o dînait chez M. de Falloux, M'"" Victor Hugo quêtait pour les conférences de Saint Vincent de Paul. On lit dans \c Moniteur du 2 février 1849 :
Une assemblée de charité aura lieu dimanche l\ février, en l'éiî'lise de Sain(p-Marc;uerite, en laveur des familles pauvres secourues j)ar la conlV>rence de Saint-^'incent de Paul.
Une messe basse sera dite. Aussitôt après la messe, un sermon sera prêché par M. l'abbé Deg-uerry, curé de la Madeleine.
La quête sera faite par Mesdames :
Drouyn de Lhuys, au ministère des aflaires élrani>rres ;
Durand, rue Neuvc-du-Luxembourg-, 27 ;
Victor Iltigo. rite (te la Tonr-d' Anvcrcjnc. 87 ;
De Lamartine, rue de l'Université, 82 ;
De Monlreuil, rueTaranne, 10;
De Saint-Priest, rue Ncuve-des-CapucInes, \f\.
1. L'Opinion piihlif/iif du 18 janvier 184!). -. Jl)/i/.. 11° (lu l'd jan\icr.
Lh DIX 1)Ki:i:mi!Ui: ioi>
Aprî'S fjiiclquos mois passes au n'^ 5 do la rue d'Islv. \ icfor Hii2;o était vomi hal)itor riio do la Tour-dAuvci- H'ni-, n° 87, où il devait rester jusqu'au coup dKtat '. M""" Victor Hug-o écrivait à Victor Pavie. quelques semaines après cette nouvelle installation :
... Vous nous trouverez ayant fait une grfinile enjambée. Nous sommes aussi bien log-és que possible, après avoir quitté la place Royale. Mais c'est ég"al, onn"arrache pas sans éloutfenient, de son cœur, ces souvenirs qui étaient accrochés aux murs et j'ai des moments où je souffre beaucoup de ne plus traverser mes sombres couloirs. On pleure même la douleur que l'on ne ressent plus. Souffrir toujours, et si rarement être heureux, voilà la vie!
Avons-nous la chance de revoir David, votre représentant ? II est bien monté et bien e.rcliisif d'opinion '~, cet honnête citoyen et ce e^rand statuaire.
A vous,
Vicomtesse ^'ICToa Uroo'.
t. Dons une lettre datée de Liège, -f" mai I,^'t9, Sninte-Beuve écrivait à Victor Pavie : « O.V ne demeure plus rue d'Isly, mai» rue de la Tour-d"Auvergr.c. HT. »
2. David d'Anyers, représentant de Maine-et-Loire à l'Assemblée constituante, siégeait sur les bancs de la gauche, aux antipodes par conséquent de Victor Hugo. Il ne fut pas réélu à l'Assemblée législative. — Voici conuiient le grand staluuire jugeait h son tour le grand porte, dans une lettre adressée également à Victor Pavie et datée du 7 juin 1849 : «.... Au moins celte haute intelligence (Lamartine) a toujours eu de nobles accents. Jamais la bassesse et le sensualisme ne l'ont eltJcurée... Hugo, d'une nature plus sensuelle, ne sait pas s'élever au-dessus de la vanité bourgeoise. Il tient plus à ce titre de comte, (]ue Napoléon jetait volontiers, avec dédain, à ses soldats qu'au don si rare, si précieux que la nature a déposé en lui avec tant de générosité. Son ambition va jusqu'à 1 habit de pair, et il déserte cette grande cause populaire qui devrait être la sienne, puisqu'il est, somme toute, un enfant du peuple. » Cartons de Victor Pavie : correspondance David d'Angers.
3. Cartons de Victor Pavie : correspondance de M"" Victor Hugo.
Jusqu'à la fin de rAsscmbléc constituante, les votes réactionnaires de Victor Hug-o ne se démentiront pas.
Le g-énéral Chang-arnier et le maréchal Bug-eaud, qui commandent l'un à Paris et l'autre à Lyon, ne font pas mystère de leur hostilité à la République. Les républicains multiplient contre eux leurs ordres du jour de défiance. Victor Hugo est là, avec toute la droite, pour soutenir les deux g-énéraux*.
S'ag-it-il de déclarer «jours fériés et fêtes nationales les journées du 24 février et du 4 m^'^i ^ », le parti républicain tout entier vote pour; les ennemis les plus déclarés de la République, Thiers et Berryer en tète, s'abstiennent : Victor Hug-o vote contre, avec les membres les plus ardents de la droite, Montalembert, de la Rochette, de Sesmaisons, de Carayon-Latour, Vesin, de Sèze, de Panât, de Piog-er, de Saint- Victor, de Saint-Georg-es, etc. ■*. Son journal déclare que « lautorité du peuple a été escamotée le 24 février •* » .
Quelques jours avant, dans la séance du 8 février, AL Guig-ue de Champvans, à l'occasion du projet de loi électorale, avait parlé avec respect du passé de la France et de la vieille monarchie. « Eh ! monDieu,jelesais bien, avait-il dit, il y a des personnes qui voudraient rayer le passé de la France... Ce ne sont pas les républicains, j'imag-ine, c{ui ont inventé la propriété, qui ont inventé la famille... Ce ne sont pas les républicains cpii ont iu-
i. Moniteur des 2 (t'vrier, 12 février, ."i mars, 3 mai, 2'-i mai 1849. 2 Le 4 mai était raniiiversaire de lu première séance de l'Assemblée nationale de 1848.