Lettres de X. Doudan^ t. I, p
rieiires. Dans la journée, deux laquais à la livrée du duc d'Orléans vinrent place Royale avec des hommes de peine quj apportaient un grand tableau. Ce tableau était une Inez de Castro, de M. Saint-Èvre, qui avait été le succès d'un Salon. Sur la dorure du cadre, il y avait cette inscription : Le duc et la duchesse d'Orléans à M. Victor Hugo, 2j juin i83j *.
Les choses ne se passèrent point tout à fait de la sorte.
Les Voix intérieures parurent le lundi 26 juin. J'imag'ine que le duc et la duchesse d'Orléans commencèrent par lire le volume; ils achetèrent ensuite ou choisirent dans leur collection le tableau de Saint-Èvre et l'envoyèrent chez le doreur pour y faire graver l'inscription. Tout cela demanda quelque temps, si bien que ce fut seulement le 9 juillet, c'est-à-dire treize jours après l'apparition des Voix intérieures, que les « deux laquais à la livrée du duc d'Orléans » apportèrent place Royale la toile si délicatement offerte. On lit, en effet, dans la Charte de i830y du 11 juillet 1887 :
Avant-hier soir, M. Victor Hugo a trouvé dans son salon un beau tableau de Saint-Èvre, dont la magnifique bordure porte cette incription : Le duc et la duchesse d'Orléans à Victor Hugo. LL. AA. RR. ne pouvaient faire savoir au célèbre poète d'une façon plus ingénieuse et plus délicate qu'elles avaient lu et admiré les Voix intérieures *.
Jusqu'en i848, le tableau de Saint-Èvre occupera une place d'honneur dans le salon du poète. Il représentait le couronnement d'Inez de Castro, femme de don Pèdre le Justicier, roi de Portugal, — couronnement posthume, qui avait suivi de plusieurs années la mort tragique d'Inez. La reine était assise sur son trône, au sommet d'une estrade et sous un dais de pourpre et d'or. La couronne