‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 108 sur 151 · Les Châtiments, passim · texte numérisé non relu

Les Châtiments, passim

3. Revue des Deux-Mondes, l'^mai 1835. — Portraits littéraires^ par Gustave Planche, t. II, p. 280.

4. Victor Hugo n'avait pas attendu, en effet. L'article de Gustave Planche paraissait le !•' mai; le 7 mai, Victor Hugo écrivait, dans la préface d'Angelo : « Et puis au bas de ce groupe, ne pas oublier Venvieux, ce témoin fatal qui est toujours là; éternel ennemi de tout ce qui est en haut; changeant de forme selon le temps et le lieu, mais au fond toujours le même : espion à Venise, eunuque à Gonstantinople, pamphlétaire à Paris. Placez donc comme la Providence le place, dans l'ombre, grinçant des dents à tous les sourires, ce misérable intelligent et perdu qui ne peut que nuire, car toutes les portes que son amour trouve fermées, sa vengeance les trouve ouvertes.» Gustave Planche ne s'y trompa pas; ces injures étaient à son adresse; il écrivit aussitôt à M. BuIoz : « Faites savoir à Hugo ou du moins à ses amis que j'ai le plus profond mépris pour les injures de sa préface.* Les espions de Venise, les eunuques de Gonstantinople et les pamphlétaires de Paris n'ont rien de commun avec moi. Si la colère n'était pas une faiblesse, je lui écrirais pour lui dire combien il s'avilit en m'injuriant. Je hais l'orgueil qui se. guindé jusqu'à tarage méchante. » Gette lettre a été citée par Adolphe Racot, dans son étude sur Gustave Planche, (Lehivj^e, année 1885, p. 231.)

Vœilfaax, le champignon venimeux, c'était évidemment M. Nisard, qui venait justement de publier, dans la Revue de Paris du 3i janvier, un grand article intitulé : M, Victor Hugo en i836 *, article où il avait essayé de faire, sans complaisance assurément, mais non sans courtoisie, la part du bien et du mal dans le talent du poète. Cet article de i836, Victor Hu^o en gardera un éternel ressentiment. Il écrira, seize ans après, dans les Châtiments:

. . . On voit aller et venir affairés, Des taches à leurs mains, des taches à leurs chausses, Les Rianceys marmitons, les Nisard gâte-sauces...

Quarante et un ans après, dans VArt d'être grandpère :

Un âne qui ressemble à M, Nisard brait Et s'achève en hibou dans l'obscure forêt...

Et encore : Dieu

Est capable de tout, lui qui fait balaver

Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge...

Quarante-cinq ans après, dans les Quatre vents de l'esprit:

Le vieil esprit de nuit, d'ignorance et de haine Des clous de Jésus-Christ forge à l'homme une chaîne... Il tient dans ses dents l'âme humaine et la grignotte ; Il inspire Nisard, Veuillot, Planche, Nonotte.

A l'article sur M. Victor Hugo en j836, M. Nisard donna pour pendant. Tannée suivante, un autre article, publié également dans la Revue de Paris, sous ce titre: M. de Lamartine en iSSj, L'auteur de Jocelyn y était très durement traité. On ne voit pas qu'il ait songé jamais

4. heuue de Paris, t. XXV, p. 313. — Cet article a été reproduit par M. Nisard dans ses Portraits et Etudes dChistoire littéraire.

à se venger. Un jour, M. Nisard, devenu son collèg'ue à la (]haTnbre des députés, le rencontra dans un couloir, et, allant droit à lui :« Il y a trop longtemps, lui dit-iJ, que je me donne le tort de vous éviter et le ridicule de ne pas avoir Tair de vous connaître ; voulez-vous que cela finisse ? — Tout de suite, dit Lamartine en lui tendant la main ; s'il y a longtemps que vous vous donnez cette gène, il y a encore plus longtemps que j'en ai oublié la cause. Vous m'avez dit autrefois quelques vérités un peu dures. Il en est plus d'une dont je suis plus d'accord avec vous que vous ne le pensez. En tous cas, la chose est trop ancienne pour en parler *. » Lamartine avait plus d'un défaut ; mais ce n'était pas un Trissotin.

On lit, dans une lettre de Henri Heine à M. Auguste Lewald : « Gomme en Afrique, quand le roi du Darfour sort en public, yn panégyriste va criant devant lui de sa voix la plus éclatante : « Voici venir le buffle, véri- « table descendant du buffle, le taureau des taureaux ; « tous les autres sont des bœufs; celui-ci est le seul véri- « table buffle ! » ainsi Sainte-Beuve, chaque fois que Victor Hugo se présentait au public avec un nouvel ouvrage, courait jadis devant lui, embouchait la trompette et célébrait le buffle delà poésie. Ce temps n'est plus 2. » — Ce temps n'était plus, en efl^et. Sainte-Beuve ne rendit pas compte des Voix intérieures. Il avait parlé des Chants du crépuscule, le i*^'' novembre i835, mais cet article devait être le dernier. En vain Victor Hugo multipliera ses poèmes, ses romans ou ses drames : la voix

1 . Souvenirs et Notes biographiques , par Désiré Nisard , 1. 1, p, 385.

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