‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 12 sur 151 · Revue de Paris, t. XXIII, p · texte numérisé non relu

Revue de Paris, t. XXIII, p

3. Voy., dans la Revue poliiique et littéraire du 29 mai 1880 l'article de M. Stapfer sur Racine et Victor IJugo, *

laisse pas d'être assez curieux. Ici d'ailleurs, comme en toute rencontre, l'auteur à^Hernani se montrait bon calculateur. Les frais du Théâtre-Français étaient, à cette époque, de i .5oo francs par jour*. En demandant à l'autorité de lui assurer 2 .000 francs par représentation, c'était donc un bénéfice de 5oo francs par soirée qu'il aurait touché sur les pièces de cet affreux Racine!

A la nouvelle que Victor Hugo voulait se faire directeur de théâtre, ses meilleurs amis s'émurent. Victor Pavie lui écrivit une lettre attristée; il en reçut la réponse suivante, en date du 2.5 février i83i :

Vous avez raison, mon ami, mille fois raison, mais trop raison. Je n'ai jamais songé à diriger un théâtre, mais à en avoir un à moi. Je ne veux pas être directeur d'une troupe, mais propriétaire . d'une exploitation, maître d'un atelier où l'art se cisèlerait en grand, ayant tout sous moi et loin de moi, directeur et acteurs. Je veux pouvoir pétrir et repétrir l'argile à mon gré, fondre et refondre la cire, et pour cela, il faut que la cire et l'argilcs oient à moi. Du reste, quelqu'un administrera, dirigera pour mon compte à moi, je ne ferai que des pièces, et, la machine une fois en train, je les irai peut-être faire au lac de Côme, ou sur les bords du Rhin, ou chez vous. Je serai même moins mêlé de cette façon aux choses du théâtre qu'en restant simplement autour ou dehors. Ce qui salit le poète, ce sont les tracasseries de la coulisse. Vous concevez qu'il n'y a pas de tracasseries pour le maître. D'ailleurs, aurai-je un théâtre et tout ceci n'est-il pas une chimère ? Mais tranquillisez-vous. Venez me voir; je vous achèverai cette lettre en causerie. Je ne saurais vous dire combien votre lettre m'a touché I Pour rien au monde, je ne froisserai une si noble et si tendre amitié, quand même elle aurait tort; mais ici elle a raison. Je suis, j'étais d'avance d'accord avec vous. Le fond de moi ne change pas; vous savez que je suis un homme synthétique et par conséquent plein de pr(\jugcs.

Gardez cette lettre bien secrète et bien entre nous deux

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