Victor Hugo raconté, t. II, p
acte, ()arolcs de MM. Braziet et de Courcy, musique de M. Pilati, ciài^Lady Melvil ou le joaillier de Saint- James ^ conK'dic-vaadevilIe en trois actes, avec airs nouveaux, de MM. de Saint-Georg*es et de Leuven, musique d'Albert Grisar. Quant à VEau merveilleuse, le charmant opéra-comique de Grisar, sa première représentation eut lieu seulement le 3o janvier 1889.
« La presse, dit Victor Hugo, fut, eng-énéral, favorable a liuy Blas. » C'est le contraire qui est vrai. Presque tous les journaux, à commencer par le Journal des Débats, déplorèrent la persistance du poète à diviniser toutes les laideurs physiques et morales, à abaisser ce qui est g"rand, à exalter ce qui est abject, vulg-aire, misérable.
Jules Janin écrivait dans son feuilleton du 12 novembre :
... Voici le nouveau problème, Pétrang-e problème que se propose M. Victor Hug-o dans Ray Blas.
Il s'agit cotte fois de prendre un homme, non pas parmi les voleurs de grands chemins, non pas parmi ces rujiani italiens dont la race est perdue; il s'agit de bien pis que cela, ma foi ! il s'ae^it d'aller chercher dans une antichambre remplie de laquais, et sous la livrée d'un laquais, un laquais, et de faire de ce laquais l'amoureux, l'amant aimé et pleuré de la plus grande dame qui soit au monde, la reine de toutes les Espag-nesl 11 faut, pour que cette démonstration funest* soit poussée aussi avant qu'elle peut l'être, que la reine sache aussi bien que nous que son amant est un laquais, qu'elle !e puisse voir aussi bien que nous dans son habit de laquais, et qu'enfin cet étrange héros se drape majestueusement dans sa livrée pour mourir aussi royalement que Mithridate. Voilà, en effet, tout ce drame; et vous pensez quelle bizarre tournure d'esprit il a fallu pour l'imaginer ^..
Si les amis du premier degré parlaient de là sorte, on 1. Journal des Débats^ 12 novembre 1838.
devine aisément ce que pouvaient dire les adversaires. Ces derniers avaient tort assurément lorsqu'ils se iefusaient à reconnaître que la pièce, — réserve faite de l'idée qui lui sert de base, — est d'une facture habile et d'une exécution savante, que le vers est d'une vigueur, d'une souplesse, d'un éclat incomparables. Ils avaient tort de ne pas admirer la forme ; ils avaient cent fois raison de condamner, de tenir pour impossibles l'idée même, l'action et les personnages du drame.
Don Salluste de Bazan veut se venger de la reine, qui a repoussé son amour; il prend un de ses domestiques, l'affuble d'un grand nom et d'un bel habit, lui ordonne de plaire à la femme du roi et d'être son amant. Le laquais Ruy Blas fait merveilles sous son nouveau costume, si tien que la reine s'en laisse conter par le valet déguisé en grand seigneur. Au dénouement, don Salluste reparaît et dit à la reine : a Cet homme est m oh valet! » Après quoi, le valet n'a plus qu'à poignarder son maître et à s'empoisonner. Mais ce n'est pas un drame, cela, malgré le poignard obligé et le poison de rigueur ! C'est une comédie, pas môme Utie comédie, une parodie, et des plus anciennes, très connue d'ailleurs, ainsi que son auteur, le sieur Poquelin de Molière. J'en rappelle le sujet en deux mots : La Grange et du Croisy, amants rebutés de Cathos et de Madelon, les font courtiser par leurs valets, transformés, pour la circonstance, en marquis de Mascarille et en vicomte de Jodelet. Quand le tour a réussi, quand Jodelet et Mascarille ont ravi par leurs grâces d'antichambre Madelon et Cathos, leurs maîtres arrivent et disent aux deux précieuses : « Mesdames, ces deux hommes sont nos laquais; maintenant, vous pouvez continuer vos amours avec eux tant qu'il vous plaira. »
Victor Hugo a refait les Précieuses ridicules. Il a mis sur le dos de Ruj Blas Thabit de Jodelet et sur sa t^le les plumes de Mascarille. Seulement ce qui était drôle dans la maison du bon bourgeois Gorg-ibus, n'est ni drôle — ni tragique, dans le palais du roi CharlesII, par cette excellente raison que c'est impossible. Aussi bien, dans Ruy Blas, il n'y a guère que cela, des impossibilités. Gomment admettre, par exemple, que la reine d'Espagne, à ce point surveillée par sa camarera mayor qu'elle ne peut môme pas regarder par la fenêtre, aille, au cinquième acte, courir seule les faubourgs de Madrid comme la plus libre des grisettes? Gomment admettre encore que Ruy Blas, devenu premier ministre, revête son ancienne livrée dans un moment où il sait que la reine peut venir et où elle vient, en effet ? Gomment admettre enfin, toujours dans ce même cinquième acte, quand don Salluste dit à la reine que son amant est un laquais, comment admettre que la reine croie tout de suite cette chose impossible, que l'homme qu'elle a distingué entre tous, que ce grand seigneur dont elle admire le noble caractère, que cet homme d'État dont elle admire le génie, est un laquais, le laquais de don Salluste ?
Merle, le critique dramatique de la Quotidienne, le mari de M™^ Dorval, était un des admirateurs les plus sincères de Victor Hugo. Après la représentation de Ruy Blas, causant avec le poète, il chercha à lui faire entendre qu'il y avait dans sa pièce des choses qu'il était difficile d'accepter. « Et quelles sont ces choses? » demanda Victor Hugo. Merle indiqua cette intrigue de la reine et du valet, cette promiscuité du manteau royal et de la livrée. — « Mon cher Merle, reprit majestueusement Victor Hugo, j'ai voulu qu'il y eût dans cette
pièce des choses hors de la portée de votre regard, je vois que j*ai réussi. »
Le 23 novembre, Sainte-Beuve, qui s'était interdit de parler désormais de Victor Hug-o dans ses articles, écrivait à Victor Pavie :
... Rmj Blas me paraît un désastre, d'après ce qu'on m'en dit, car je ne l'ai pas vu ni ne le verrai. Hernani était une porte, elle pouvait être d'ivoire ou d'airain, vers le ciel ou vers les enfers. Hugo l'a faite infernale, il est entré sous terre depuis ce moment; il creuse, il bâtit, il en est à sa sixième catacombe. Quand il nous ouvre brusquement cela avec la fierté d'un artiste, d'un cyclope ou d'un gnome, et nous ôte le couvercle de son souterrain, nous qui sommes bêtement accoutumés à ce terre-à-terre de la surface et à cette lumière du jour, nous n'y voyons que des bizarreries et des obscurités trois fois caverneuses d'où sort un ricanement, c'est le sien, car il triomphe et s'applaudit, croyant avoir fait œuvre de géant ; toujours le même, géant et nain, robuste et difforme, Quasimodo et Han. Le pire de ceci est le triste reflet qui en frappe le passé, les parties jusque-là chastes et belles qui s'en salissent toujours un peu et nous révèlent des veines qu'autrement on ne découvrirait pas... Tâchez de comprendre toutes mes métaphores. Gela est bien triste ; ces chutes sont les nôtres : Lamartine, Lamennais, Hu^o I les plus sobres y perdent ; notre essor diminue et n'ose; on est glacé. Et puis le meilleur de nos fonds était à bord de leurs renommées ; notre trésor le plus beau de jeunesse, d'enthousiasme, de présages, de sagacité prophétique, périt avec eux et nous restons demi-ruinés, appauvris. Je le sens et ne cesse de vivre sous cette idée comme les Polonais avec celle de leur patrie perdue.
Vivez, cher ami, sous votre treille des Rangeardières, à l'ombre du mur de votre chaste maison de la rue Saint-Laud dans le parfum de votre réséda domestique et l'adoration du Dieu des pères et des enfants: s'il y a vie, elle n'est que là ^..
L Cartons de Victor Pavie : correspondance Sainte-Beuve. !• 16
// triomphe et s'applaudit, croyant avoir fait œuvre de (jêant... Quand Sainte-Beuve disait cela, il avait sous les yeux la préface de /îay BlaSy dans laquelle le poète compare son drame au Mont-Blanc : « Le Mont- Blanc vu de la Groix-de-Fléchères ne ressemble pas au Mont-Blanc vu de Sallenches. Pourtant, c'est toujours le Mont-Blanc. » Victor Hugo part de là pour nous donner plusieurs vues de son drame et toutes sont splendides. Il a ncg-lig-é de nous présenter le Mont-Blanc vu de Lyon, ou, si vous Taimez mieux, de nous raconter Ruy Blaa vu... de la Dame de Lyon. J'essaierai de réparer cet oubli.
La Dame de Lyon est un drame d'Elward Bulwer^ moitié vers, moitié prose, joué à Londres avec un succès éclatant le i4 février i838, cinq mois par conséquent avant le jour où Victor Hugo écrivit le premier vers de Ruy Blas 2. Une courte analyse fera voir que la seconde de ces pièces est presque entièrement calquée sur la première.
La scène se passe à Lyon, sous le Directoire. Le chevalier de Beauséant aime Pauline, la fille du plus riche négociant de la ville. Mais Pauline entêtée de noblesse ne veut épouser qu'un duc ou un marquis, et elle a éconduit le chevalier de la façon la plus mortifiante.
1. Sir Edward-George Bulwer-Lytton (1805-1872), poète, auteur dranialique et romancier. Ses romans les plus célèbres sont: Eugène Aram, hienzi, le Dernier des barons , QiCen fera-t-il! et Pisistraie Caxton. Pisistrate Caxton est peut-être le meilleur roman du xix« siècle.
2. « M. Victor Hugo écrivit la première scène àQjRuy JBlas le 4 juillet 1838 et la dernière le 11 août. Ce fut de tous ses drames celui qui lui prit le plus de temps. » (Victor Huqo raconté» t. II, p. 459.)
L'amant rebuté rôve une veng'eance éclatante et sing*uliôre. Renvoyé, disgracié, chassé! s'écriera don Salluste;oA/ye me vengerai! — « Refusé avec mépris I s'écrie Beauséant ; j'en jure par le ciel, je ne le souffrirai pas patiemment. Je suis dans une fièvre complète de mortification et de rage. Refusé! je médite un stratagème qui rhumilieî Je voudrais lui faire épouser un comédien
ambulant! »
Il apprend, non comme don Salluste en écoutant aux portes,- mais du maître de l'hôtel du Lion d'Or, sis dans un faubourg" de la ville, que la fière Pauline est aimée par le jardinier Claude Melnotte, un rêveur et un poète comme Ruy Blas, un esprit chimérique, une âme incomprise, a Romantic young. Pauline n'a jamais vu son adorateur, comme M»» de Neubourg n'a jamais vu le sien. Beauséant tient sa vengeance, et son plan est vite formé : Pauline veut un prince; il donnera au jeune et beau Melnotte argent, habits, équipage, et le fera passer pour un prince étranger, le prince de Gôme.
Cependant Claude Melnotte est dans son ^eûi cottage; il raconte è son ami Zafari, — non, à sa mère, — ses amours, ses illusions, ses rêves; il lui dit qu'il est amoureux d'une étoile, qu'il se meurt en bas quand elle brille là-hout. — « Mon pauvre fils, lui dit sa mère, la leune femme ne pensera jamais à toi. — Les étoiles, répond Claude, pensent-elles à nous ? Cependant si le prisonnier les voit briller dans son donjon, voudriez-vous lui ordonner de détourner sa vue de leur éclat? Ainsi, de ce bas caveau, la pauvreté, je lève mes yeux vers Pauline et j'oublie mes chaînes. » Melnotte continue, et ce n'est pas don Salluste, c'est Ruy Blas décidément qui écoute aux portes, puisque tout ce que dit Melnotte, il le répétera, tout ce que fait Melnotte, il le fera à son
tour. Donc Melnotte continue: — « Je te dirai, ma mère, un secret. Depuis six semaines, j'ai envoyé chaque jour à Pauline les fleurs les plus rares. Elle les porte. Je les ai vues sur son sein ; et alors tout l'univers m'a semblé embaumé. Je suis à présent devenu plus audacieux. J'ai versé mon adoration dans la poésie. J'ai envoyé des vers à Pauline. »
On frappe. Un messager apporte au jardinier une lettre de Bcauséant. Melnotte lit : « Jeune homme, je sais ton secret. Tu aimes au-dessus de ta position. Si tu as de l'esprit, du courage et de la discrétion, je puis t 'assurer la réalisation de tes plus présomptueuses espérances. La seule condition que j'y mette en retour, c^est que tu marcheras ferme et vite à ton but. Je te demande le serment solennel d'épouser celle que tu aimes, de la conduire à ta maison le soir de tes noces. Si tu veux en savoir davantage, ne perds pas un moment ; suis le porteur de cette lettre jusque chez moi, ton ami et ton protecteur. »
C'est le premier acte de la Dame de Lyon, et moins les lazzis, très spirituels du reste, de don César de Bazan, c'est tout le premier acte de Ruy Blas,
]Melnotte a juré I Comme Ruy Blas, il est lié par son serment. Introduit auprès de Pauline, il laisse échapper le secret de son amour, et Pauline s'éprend de lui, à première vue, passionnément, comme fera M"*« de Neubourg, dès qu'elle se trouvera en présence du valet de don Salluste.
Quand Melnotte découvre que Beauséant lui a tendu un piège infâme, que son seul but est de se venger de Pauline et de la perdre, il se révolte; il ne sera pas le complice d'un tel misérable.
MELNOTTE. — Dcgagc-moi de mon serment. Je ne Té-
pouserai pas. — BEAUSEANT. — Alors tu es parjure. — MELNOTTE. — Non, je n'avais pas l'usage de mes sens quand je te jurai de l'épouser. J'étais aveuçle... Rends-moi ma pauvreté et mon honneur I — BEAUSEANT. — Il est trop tard. Tu l'épouseras 1 Aujourd'hui même. J'ai déjà un mensonge tout prêt, et qui réussira, à coup sûr. Ce Damas (le cousin de la mère de Pauline) te suspecte. Il mettra la police à tes trousses. Tu seras découvert. Pauline te méprisera, t'exécrera. Tu seras envoyé à la prison publique comme un escroc. — MELNOTTE. — Être infernal I tu es sans pitié. Eh bien, je l'épouserai. Je garderai mon serment. Finis vite alors l'abominable invention que tu médites, vite, si tu ne veux pas que je t'étrangle, ou que je m'étrangle moi-même. — BEAUSEANT. — Assez. Je ferai vite. Sois prêt. —MEL- NOTTE. — Quel tigre I
C'est la grande scène de Ruy Blas et de don Salluste au troisième acte de Ruy Blas. Seulement, quand Ruy Blas courbe la tête devant don Salluste, ramasse le mouchoir de don Salluste, ferme la fenêtre sur Tordre de don Salluste, lui qui porte uneépée, lui qui est ministre toutpuissant et n'a qu'à appeler ses valets pour faire mourir le misérable sous le bâton, Ruy Blas est odieux et ridicule. Melnotte, au contraire, n'est rien moins que premier ministre; tout au plus est-il un prince pour rire ; force lui est donc de céder ; il ne cède d'ailleurs qu'avec l'arrière-pensée de se venger de Beauséant, de sauver Pauline, et ce qui va suivre donnera la raison de son obéissance.
Les deux actions continuent de se côtoyer. Les deux femmes sont attirées l'une et l'autre à l'endroit choisi par leur ennemi pour faire éclater leur humiliation, Pauline à l'auberge du Lion d'Or, la reine d'Espagne dans la petite maison de don Salluste. Le même moyen a servi pour toutes deux. Pauline accourt, à la nouvelle qu'un grand dang^er menace Melnotte. l.a reine vient sur
un billet lui disant qu'un danger terrible est sur la tête de Ruij Dlas,
Donc Pauline et la reine, Melnotte et Ruy Blas sont arrivés au rendez-vous qu'ils ne s'étaient pas donné et qui est, ici comme là, un piège abominable. Surviennent à leur tour, pour se repaître enfin de leur veng'eance, Beauséant et donSalluste, les deux tigres. Quel tigre l c'est l'exclamation de Melnotte, dans Bulv^er. Le Tigre et le Lion, c'est le titre que Victor Hugo donne à son cinquième acte. Beauséant et don Salluste insultent les deux femmes, celle qui a donné son cœur à un jardinier (a serf, a slave L..), celle qui a donné le sien à un laquais (cet homme est en effet mon valet). Les deux amants se redressent, Melnotte, le pistolet à la main : « Silence! Vois, je ne viens pas sans être préparé, même pour la violence... Misérable coupe-jarret! honte sur toi ! Le brave guet-apens pour effrayer une femme ! Lâche, tu trembles! Tu as le courage d'un bandit, non le vrai courage. Pauline, ne crains rien! » Ruy Blas tient à la main l'épée qu'il a dérobée à don Salluste :
Oui, je vais te tuer. Monseigneur, vois-tu bien î
Comme un intâme ! comme un ^âche ! comme un chien !
Don Salluste tremble comme Beauséant et cherche à fuir : Ruy Blas le tue et s'empoisonne. Dans la Dam.e de Lyon, au contraire, la pièce continue encore pendant un acte et demi, pour se terminer, sans efiFusion de sang, par un coup de théâtre vraiment original.
En résumé, sauf le dénouement de Bulwer, que Vie. tor Hugo a remplacé par un meurtre et un suicide, — deux choses qui, au théâtre, ne constituent pas précisément une invention ; — 'sauf le quatrième acte et le cadre historique dont je dirai un mot tout à l'heure, Ruy
Blas reproduit le sujet, l'action, les scènes principales de la Dame de Lyon. On a peine assurément à se représenter Victor Hug-o en usant avec le drame de Bulwer, à peu près comme don César avec le « pourpoint de soie » du comte d'AIbe. Ce n'est qu'une rencontre, soit ; mais à coup sûr la plus étrange, la plus prodigieuse qui se puisse imaginer.
Bulwer avait compris que pour rendre vraisemblable l'ambition de cœur de son héros, pour rendre naturelle sa transformation si soudaine, l'interversion si complète de son rang social, il fallait placer la scène dans un pays où toutes les situations venaient d'être bouleversées, à un moment où l'extravagance de la nation marchait de pair avec l'extravagance de l'individu. Il avait choisi la France et l'époque révolutionnaire, ces folles années du Directoire où tout était devenu vraisemblable, surtout l'impossible.
Victor Hugo a démarqué le drame d'Edward Bulwer. Il Ta transporté dans le pays, à l'époque, les moins appropriés, les plus contraires même au développement de son sujet, au caractère de son héros. Il insiste longuement dans sa préface sur le côté historique de son œuvre; il ne cache pas qu'il y attache une grande importance, qu'il estime y avoir tracé une peinture exacte, complète, de l'Espagne de Charles II. Une peinture ^a?ac^ô surtout. A cet égard, il défie toute contradiction ; il écrit en effet :
Du reste, et cela va sans dire, il n*y a pas dans Raij Blas un détail de vie privée ou publique, d'intérieur, d'ameublement^ de blason, d'étiquette, de biographie, de chiffre ou de
topographie qui ne soit scrupuleusement exact. . . Toutes ses pièces pourraient être escortées d'un volume de notes dont il se dispense et dont il dispense le lecteur. Il Ta déjà dit ailleurs, et il espère qu'on s'en souvient peut-être ; à défaut de talent, il a la conscience. Et cette conscience, il veut la porter en tout, dans les petites choses comme dans les grandes, dans la citation d'un chiffre comme dans la peinture des cœurs et des âmes, dans le dessin d'un blason comme dans l'analyse des caractères et des passions*.
Ces lignes étaient peut-être imprudentes. Un savant de bon aloi les a relevées. M. A. Morel-Fatio, dans la première série de ses Études sur V Espagne^, a écrit un chapitre intitulé YHstoire dans Ruy Blas. Rien de plus piquant que ces pages où la courtoisie de la discussion et l'agrément du style n'enlèvent rien à la solidité des preuves. J'y renvoie le lecteur, non pourtant sans leur faire quelques emprunts.
Victor Hugo place son drame « à Madrid, 169... » ; et, pour préciser davantage « en 1699 », puisqu'au cours de la pièce « l'infant bavarois se meurt^ » et que cet infant, ou plutôt le prince électoral de Bavière, Maximilien-Emmanuel, prétendant à la couronne d'Espagne, mourut le 6 février de cette année. A cette date, la reine était bien Marie-Anne de Neubourg, seconde femme de Charles II, qu'elle avaitépousé en 1690. Pour tracer son portrait, le poète ouvre les Mémoires de la cour d'Espagne, par la comtesse d'Aulnoy, collectionne avec soin tous les faits, tous les traits qui s'appliquent à la reine, et les transporte dans son drame. Il n'y a qu'un petit malheur, c'est que la reine dont il est parlé dans les Mémoires de Mn»e d'Aulnoy , ce n'est pas Maric-