Acte III, scène u
Anne de Neubourg*, mais bien Marie-Louise d'Orléans, fille de Henriette d'Angleterre et première femme de Charles II. On le voit rien de plus simple : Victor Hug-o prend le portrait de Marie d'Orléans, il écrit au-dessous : Portrait de dona Maria de Neubourg, et il ajoute le plus tranquillement du monde : « A défaut de talent, l'auteur a la conscience ; et cette conscience, il veut la porter en tout, dans les petites choses comme dans les grandes. »
Le clou historique de Ruy Blas est la g-rande scène du III^ acte, celle où Ruy Blas lance aux membres du Conseil privé du roi, réunis en séance, sa fameuse apostrophe : Bon appétit y Messieurs ! Voyons donc rapidement si tout y est scrupuleusement exact. L'auteur nous présente d'abord les membres du Conseil.
Don Manuel Arias, « président de Castille ». — Il était, ce qui est différent, gouverneur du Conseil de Castille. — Don Antonio Ubilla n'était pas « écrivain mayor des rentes », mais secrétaire du despacho universalj c'est-à-dire ministre d'Etat. — Montazgo, «conseiller de robe de la Chambre des Indes, » et Covadenga, « secrétaire suprême des îles ». Deux noms et deux personnages inventés. « Le premier, dit M. Morel-Fatio, a une origine divertissante. En castillan, montazgo signifie le droit que payaient jadis les troupeaux pour passer d'un territoire sur un autre ; il en est question dans la liste des revenus d'Espagne, dressée par l'abbé de Vayrac *. Hugo s'est emparé du mot, qui lui avait paru sans doute très espagnol, et en a décoré le conseiller de robe de la Chambre des Indes. C'est à peu près comme
1. Etat présent de l'Espagne, etc., par M. l'abbé de Vayrac, 3 vol. iii-12, 171«. —T. III, p. 287.
si, en français, on appelait quelqu'un Pâturagfe ou Passaf»"e^ »
Quoi qu'il en soit, nos gens, Montazg-o et Govaden»a comme les autres, se disputent entre eux les revenus de l'État ; ils créent m^me, pour les besoins de la rime riche, la « caisse aux reliques », pour rimer avec les affaires publiques, ou la rente de « Tindigo », réclamée par le marquis de Priego. A la fin, tous se lèvent à la fois, se querellant. Le plus âpre à la curée, le plus ferré sur les chifiFres, est le comte de Camporeal, qui lui, du moins, est d'une précision à laquelle il faut se rendre :
La maison de la reine, ordinaire et civile, Goûte par an six cent soixante-quatre mille Soixante-six ducats *.
Cette fois, Victor Hugo est sûr de son affaire, et il affirme solennellement l'exactitude absolue de son chiffre :
Quand le comte de Camporeal dit : la maison de la reine, ordinaire et civile, coûte par an six cent soiœantequatre mille soixante-six ducats, on peut consulter Solo Madrid es corte, on y trouvera cette somme pour le règpie de Charles II, SANS UN MARAVÉDIS DE PLUS OU DE MOINS 3.
Cinquante ans ont passé sans que personne ait eu l'idée d'y aller voir. C'est seulement en i888 qu'il a pris fantaisie à M. Morel-Fatio de consulter Solo Madrid es corte, et il y a trouvé la semme de ce cinq cent soixantequatorze mille huit cent soixante-six ducats », sans un maravédis de plus ou de moins. Entre le chiJBPre du Solo Madrid es corte et le chiffre de Ruy Blas la différence