‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 139 sur 151 · Lettres de X, Doudan, t. I", p · texte numérisé non relu

Lettres de X, Doudan, t. I", p

dans

parle secrétaire perpétuel (M. Villemain) qui lui dit : « Il mf semble. Monseigneur, que c'est la première fois que Votre Altesse Royale vient à l'Institut. » A quoi Son Altesse Rovai-: répondit que ce n'était pas la première fois qu'elle avait eul. désird'y venir. Je crois que ce ne sera pas non plus la dernière.* (Lettres, t. I", p. 236.)

Cependant le récipiendaire a fait son entrée. Voici le portrait que traçait de lui, au sortir de la séance, un futur académicien, Louis de M. Loménie, Tauteur de la Galerie des contemporains illustres par un hommede

rien.

Puisque j'ai pu rexaminer tout à mon aise, je vais profiter de roccasion pour le peindre en pied dans son costume d'académicien. M. Hugo est de taille moyenne, et assez fortement constitué. Ses cheveux longs, noirs, lisses, bien peignés, séparés avec soin sur un front pyramidal que nos peintres agrandissent chaque année d'un millimètre, retombaient en rouleaux jusque sur le collier brodé de son habit; son œil noir, un peu enfoncé et petit, brillait d'une joie contenue et mélangée de dignité. Le reste de ses traits, qui est assez commun empruntait aux émotions de la circonstance un certain relief de distinction. Un col blanc, replié sur une cravate de satin noir, encadrait à merveille sa figure jeune encore, mais pâle et grave. Son habit d'académicien, droit et ouvert, coupé dans le dernier goût et étroitement serré au corps, était orné de la croix d'officier de la Légion d'honneur et d'une autre décoration que j'ignore. Les broderies vertes, semées à profusion sur sa large poitrine, s'harmonisaient au mieux avec un gilet de satin blanc, à petits boutons tout dorés et guillochés; un pantalon noir bien tiré complétait ce costume, que je décris avec la minutie d'un tailleur. Joignez-y des gants blancs que le récipiendaire n'a pas quittés, même pour lire son discours, un port de tète superbe, une allure de vainqueur entrant dans une ville conquise, et vous ne serez pas étonné du mirifique enthousiasme que l'apparition de M. Hugo à son pupitre a tout d'abord excité, surtout dans la partie féminine de l'auditoire. La voix de M. Hugo n'est pas éclatante ; elle est peutêtre même un peu sourde ; mais elle est forte et accentuée. Quoique pompeux, son débit et son geste ne sont point trop entachés d'affectation ^

\ Galerie des contemporains illustres, tome !•', 1841. —De 09 Dortrait de Victor Hugo en 1841, on peut rapprocher cekii mio la Revue de Paris esquissait en 1829, d après la hthographie d'Eugène Devéria. Voy. Victor Hugo avant 1830, p, 477,

Le discours du poète est mag-ni fi que, tout plein dV mng-es éclatantes, écrit dans cette lang-ue sonore, à'm précision, d'une netteté absolues, où chaque phrase eS frappée comme une médaille. L'efFet pourtant fut médiocre, la déceptio. i fut générale. On s'attendait à m manifeste littéraire,! n avait une harang-ue politique. Vktor Hugo y caressai; tour à tour toutes les opinions. Éloge de Napoléon pour les bonapartistes, éloge de k Convention pour les républicains, éloge de Malesherbs pour les royalistes, il y en avait pour tous les goûts. Aa demeurant, et malgré l'éloge de la Convention, qui n'allait point d'ailleurs sans de larges réserves, le discoms affirmait surtout les sentiments monarchiques de l'oî^ teur. Il y célébrait avec enthousiasme «les trois choses *> ce monde, les plus rayonnantes après Dieu, la royauté. la beauté et le génie */ » Il répudiait avec force ridrf républicaine :

La tradition^ Messieurs, importe à ce pays. La France n'«l pas une colonie violemment faite nation ; la France n'est pas une Amérique. La France fait partie intégrante de l'Europe. Elle ne peut pas plus briser avec le passé que rompre cps le sol. Aussi, à mon sens, c'est avec un admirable instinct c[tf notre dernière révolution, si grave, si forte, si intelligente, i compris que, les familles couronnées étant faites pour les » tions souveraines, à de certains âges des races royales, il îà' lait substituer à l'hérédité de prince à prince l'hérédité à branche à branche ; c'est avec un profond bon sens qu'elle i choisi pour chef constitutionnel un ancien lieutenant de Psmouriez et de Kellermann qui était petit-fils de Henri W i petit-neveu de Louis XIV ; c'est avec une haute raison qu'ei a transformé en jeune dynastie une vieille famille, momif chique et populaire à la fois, pleine de passé par son /h? toire et pleine d'avenir par sa mission*,

4 . Victor Hugo, Discours de réception à V Académie françûA p. 18.

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