‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 140 sur 151 · Discours de réception, p · texte numérisé non relu

Discours de réception, p

Nul ne se trompa à ce lang-ag-e : c'était une invite au roi. On lisait, quelques jours plus tard, dans la Revue des Deux-Mondes: « Ce discours, où M. Victor Hugo avait à louer un poète et où il évoque tous les souvenirs politiques d'un demi-siècle; ce discours, où l'on attendait une profession de foi littéraire, et où il est à peine question de littérature, c'est une abdication solennelle de son passé, c'est un premier pas vers la tribune, une candidature politique à l'une de nos Chambres, peut-être à toutes les deux ; mieux encore un prog'ramme de ministère. — Vous souriez ; mais que sig-nifîerait donc cette mystérieuse apparition de Malesherbes à la fin de cette harang-ue, cette apparition qui ne tient à rien, cette ombre, en quelque sorte, qui passe au fond du discours, comme la litière du cardinal de Richelieu traverse la scène à la fin de Marion de Lorme pour jeter auxs pectateurs le mot du drame ? Ici, vous le voyez bien, le mot est Pairie et Ministère *. »

Ce fut M. de Salvandy qui répondit à Victor Hugo. Le poète avait fait un discours politique; l'ancien ministre fit un discours littéraire. Le succès de la journée fut pour lui, « Pour vous dire l'opinion de tout le monde, écrivait le lendemain X. Doudan, le discours de M. Victor Hugo n'a eu aucun succès '. » Il est vrai que Doudan n'aimait guère Victor Hugo; mais Ghai*les Magnin, qui comptait parmi les plus fervents admirateurs du poète, était obligé de constater, lui aussi, que son échec avait été complet. « Hélas î écrivait-il, cette attente a été trompée... L'assemblée n'a accepté qu'ûyec un sentiment marqué de surprise et de mécompte ce renversc-

1. Eevue des Deux-Mondes^ 15 juin 1841. Un duel politique^ article de Charles Magnin.

' 2, Lettres de X. Doudan, t. I', p. 236,

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ment du programrtie. Avec M. Victor Hugo, oh doit toujours « s'attendre à de Timprévu », avait dit un honinnc d'esprit la veille de la séance ; et cependant, malgré cet avis, rimprévu annoncé a été accueilli comme une de ces visites que l'on n'attend point. » Après avoir reconnu que le discours de Victor Hugo avait trompé l'attente de l'auditoire, Charles Magnin ne faisait pas difficulté d'avouer que le succès de M. de Salvandj avait été des plus vifs. « M. de Salvandy, écrivait-il, dès les premiers mots de sa réponse, est entré délibérément dans le champ littéraire, ce qui lui a gagné tout d'abord la faveur de rassemblée,,. Il a reçu constamment d'une partie notable de l'auditoire des marques d'une adhésion complète *. »

Victor Hugo n'était pas pour prendre son échec en patience. Il était l'un des habitués du salon de M'ne de Girardin : ce fut elle qui se chargea de dire leur fait aux confrères du poète, coupables de haines mesquines et de calomnies pitoyables ; elle les accusa de lui avoir tendu une embûche; elle reprocha à M. de Salvandy de s'être fait (( l'exécuteur des hautes œuvres » des ennemis de Victor Hugo ; elle montra l'auditoire, — ce môme auditoire qui avait couvert M. de Salvandy de ses applaudissements, — l'interrompant au milieu de ses injures et de ses cruautés et ie forçant d'en ravaler la moitié */

Et ce qui était vrai, c'est que l'Académie, dérogeant à tous ses usages, s'était excusée, par la bouche de son directeur, vis-à-vis de l'illustre récipiendaire, de ne l'avoir pas élu plus tôt 3. Ce qui était vrai, c'est que M. de

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