‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 14 sur 151 · Victor Hugo raconté.,., t. Il, p · texte numérisé non relu

Victor Hugo raconté.,., t. Il, p

truction de T Archevêché. Dans le temps même où Marion de Lorme fut mise à la scène, plusieurs théâtres jetaient à la face de Charles X les injures les plus violentes, les plus vils outrag-es. Le Voyage de la Laberté, joué aux Nouveautés le i4 juillet i83i, renfermait ce couplet à l'adresse du vieux roi :

Puisqu'il le veut, puisque sa main flétrie D'un vil ministre a signé les projets, Qu'il parle donc : il n'a plus de patrie^ Ce roi couvert du sang de ses sujets!

Qu'il aille donc sur la terre étrangère Des rois tyrans mendier les soldats :

Il peut s'enfuir, comme il s'enfuit naguère ; Mais cette fois il ne reviendra pas ' !

Si Victor Hug-o avait eu les sentiments dont il lui a plu de faire montre plus tard dans ses préfaces, ses plaidoyers et ses Mémoires, s'il avait eu souci d'épargner « au roi tombé toute occasion d'injure et d'outrage », il se fût g-ardé de retirer sa pièce de la Comédie-Française pour la transporter à la Porte-Saint-Martin. Le public du Théâtre- Français, en effet, avait encore une certaine retenue. Un soir, l'acteur Michelot vint lire, entre deux pièces, des strophes contre les Suisses, une sorte d'imprécation contre les martyrs du lo août 1792. Les murmures qui accueillirent cette misérable rhapsodie forcèrent l'acteur à s'arrêter court et à rentrer honteusement dans les coulisses. Le public de la Porte-Saint-Martin, au contraire, était profondément révolutionnaire, et nul théâtre ne faisait aux passions de la foule de plus fréquents et de plus misérables appels. Le directeur allait fouiller dans les

bas-fonds de la première révolution pour en retirer les V»

i. Les auteurs du Voyage de la Liberté étaient Fontan, Charles Dosnoyer et Muller.

pièces les plus abjectes et les jeter en pâture aux appétits du parterre. C'est ainsi que la Porte-Saint-Martin joua pendant de long-s mois les Victimes cloîtrées^ . Elle trouva moyen d'enchérir encore sur cette turpitude en donnant, le 24 mars i83i, V Incendiaire ou la Cure et V Archevêché. Venant au lendemain du pillai^e de 1* Archevêché^ cette pièce, dans laquelle un archevôque est représenté comme l'auteur des incendies qui avaient désolé la Normandie en 182g, est assurément ce qui se pouyait voir de plus abominable et de plus lâche. Le public de la Porte- Saint-Martin était d'ailleurs religieux à sa façon. Il avait le culte de l'empereur. Un des pensionnaires de M. Grosnier, l'acteur Gobert, ressemblait à Napoléon d'une façon étonnante. Grâce à lui, le drame de Schœnbrunn et Sainte-Hélène, de MM. Dupeuty et Régnier-Destourbet, eut un grand nombre de représentations.

Le succès à!Antony, joué par Bocage et M«^« DorvaP, ne fut guère moindre, si bien que la Porte-Saint-Martin, seul de tous les théâtres de Paris, en Tan de grâce i83i , faisait de V argent^. Est-il besoin de chercher ailleurs le secret de la détermination de Victor Hugo et de se demander pourquoi il choisit ce théâtre et ce moment pour faire représenter Marion de Lorme f

Dans les cartons de Victor Pavie je trouve cette curieuse note sur la lecture de Marion de Lorme à la Porte-Saint-Martin :

1. Les Victimes cloîtrées avaient été jouées, pour la première fois, sur le théâtre de la Nation, le 28 mars 1791.

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