‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 17 sur 151 · Cartons de Victor Pavie : correspondance Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

Cartons de Victor Pavie : correspondance Sainte-Beuve

MAFxION DE LORME. - LES FEUILLES D'AUTOMNE 33

seriez affligé si vous voyiez qu'au lieu de me remettre je suis dans la voie contraire ; mais à la grâce de Dieu et à Pespérance du voyage que je désire faire depuis si longtemps et qui, j'espère, s'accomplira.

Adieu, Monsieur, je termine cette lettre, car je vous écris à la nuit tombante et souffrant beaucoup ; mais Victor étant malade des yeux et si fort occupé, j'ai saisi avec joie l'occasion de me rappeler à votre souvenir et à celui de Monsieur votre père, que j'aime doublement de nous avoir donné un ami comme vous.

A. Hugo *.

Victor Hugo veut absolument que, depuis i83o, chacun de ses ouvrages ait eu à triompher d'une émeute ou d'un gros événement politique. Tout à l'heure, il avançait d'un mois la date de la publication de Notre-Dame de Paris pour la faire coïncider avec le sac de l'Archevêché. A l'occasion de Marion de Lorme, on lit dans Victor Hugo raconté : « Une indisposition de M. Bocage interrompit la pièce à la quatrième représentation. Deux émeutes, celle des Chapeliers et celle de la Pologne, forcèrent le théâtre à faire relâche*. »

La pièce ne fut point interrompue après la quatrième représentation. La quatrième représentation avait eu lieu le lundi i5 août; Marion de Lorme fut encore jouée le lendemain et les jours suivants. Du 1 1 août au 4 septembre, c'est-à-dire en vingt-quatre jours, elle fut donnée vingt et une fois. On la joua tous les jours, sauf le dimanche i4, le dimanche 21, et le dimanche 28 août.

De l'émeute des Chapeliers je ne trouve nulle trace dans les journaux du temps, et j'imagine que Victor Hugo a dû prendre cette émeute sous son bonnet ; celle de la Pologne fut plus sérieuse. La nouvelle de la prise de

i . Lettre du 23 août 1831. — Cartons de Victor Pavie. 2. Victor Hugo raconté, t. II, p. 364.

Varsovie, n'pandue dans Paris lo i6 spptembre, y avait excité une vive forme ntati on, qui donna naissance, durant cinq jours, les 16,17, 18, iç)ct20seplonihi-e,i'ides troubles d'un caractère assezgrave. Mais pas un soiil joui-lo thùfltre de la Porle-Saint-Martin ne fit rcliiclic, et les 16, 17, 18, 19 et 20 septembre, on joua Marion de Lorine '.

Le samedi 17, l'affiche du Théùti-e-Kranç^is annonçait les Deux gendres et Dominif/ue le possédé. La représentation n'eut pas lieu. Le registre de la Comédie porte que « des troubles très sérieux c.vistant et les issues du théâtre étant fermées, un officier ile police est venu engager à faire relâche ». Mi!me ce soir-IA, le théâtre de la Porte-Sain t-Martin ouviit ses portes. On lit dans le Courrier des théâtres du ig septembre :

Par un trait de prudence et d'humanité, le théâtre de la Porlc-Sainlr-Marlin a refusé d'interrompre, avant-hier, sa représentation. Il n'a pas voulu exposer au tumulte des charges de la cavalerie qui occupait te boulevard les femmes et les enfuns venus au spectacle pour se distraire. Un acte escamoté de Marion de Lorme les a renvoyés plus Wt que de coutume et à l'heure où le trouble était momentanément apaisé.

Comme Hernani, Marion de Lorme eut les honneurs de la parodie. Tandis que les Variétés donnaient Gothon du passage Delorme, pochade en vers par MM. Dumer.san, Brunswick et Céran, le Vaudeville jouait Marionnette, par MM. Ouvert et Dupeuty. Cette dernière pièce suivait pas à pas le drame delà Porte-Saint- Martin. Elle était également en cinq actes et envers. Lo succès en fut très vif, grâce à quelques scènes spirituelles et à plus d'un vers heureux et facile; grâce surtout au jeu des acteurs : Arnal, dans le personnage de VIdiot (Didier); Lepeintre jeune, dans celui de Cuirverni (Sa-

Page 1