Gazette des tribunaux du 2 octobre
peu tardivement ; quatre jours après l'audience mal de commerce, la Gazette des Tribunaux du libraire Rrnducl une longue lettre, très bien L's bien écrite, trop bien écrite, car la main et la Je Victor Hugo lui-même s'y reconnaissaient à ligne '. Littérairement, l'auteur de Marion de reprenait tous ses avantages sur le libraire Gos- )ire même sur l'avocat Nouguier. Mais morale- ,. Oui ou non, avait-il écrit à M. Gosselin qu'on lit 8.00O francs de son manuscrit ? Oui ou non, traité avec M. Ronduel, non plus pour 8.000 fr., ur 2.000? Sur ces deux questions, qui étaient tout i, MM. Rcnduel et Victor Hugo gardaient le plus mutisme, leur silence était un aveu, bunal de commerce se déclara incompétent. Une ion intervint-elle? L'affaire fut-elle portée plus vant le tribunal civil? Je ne saurais le dire, les
du Palais do Justice ayant été brûlées pendant
'ocat habile, M" Nouguier avait réservé pour la n plaidoyer le trait qui duvaitbiesser le plus cruelle poète, l'atteindre au plus vif de lui-mCme, 1 amour-propre. « Que la conduite de M. de Lacst bien dilTércntc! disait-il en terminant. M. de ne avait vendu les Harmonies poétiques h ;lin pour aC.Soo francs; craignant que, par suite se commerciale, le libraire n'cilt perdu sur les lies, le généreux auteur offrit de couvrir de ses a totalité de la perte, u
intenant, Victor Hugo pourra pendant un demi- :umulcrles poésies, les drames, les romans, en-
tasser Pélion sur Ossa, Etna sur Vésuve, Ghimboraço sur Himalaya, Torquemada sur le Roi s* amuse. Quatrevingt-treize sur l'Année terrible, les Quatre vents de l'esprit sur les Travailleurs de la mer, le Théâtre en liberté sur les Chansons des rues et des bois, l'Ane sur r Homme qui rit; il pourra faire encore un peu de bruit et g-ag-ner un peu d'argent après sa mort, comme Tombre du Cid gagnait encore des batailles : il n'effacera pas cette petite phrase qui se trouve dans l'exploit introductif d'instance de M. Gosselin : Un grand talent ne dispense pas d'être loyal et sincère i.
Dans sa préface de Marion de Lorme^ Victor Hugo saluait avec enthousiasme ïadmirable, Venivrante révolution de Juillet, en l'honneur de laquelle il avait déjà composé, dès le lo août i83o, l'ode A la Jeune France, Quand on fêta son premier anniversaire, les 27, 28 et 29 juillet i83 1 , il voulut de nouveau lui consacrer ses chants. Le 27 juillet, on célébra au Panthéon la commémoration des victimes. En présence du roi Louis-Philippe, un orchestre de plus de cinq cents musiciens exécuta une cantate dont Victor Hugo avait écrit les paroles. L^auteur de la musique était Hérold; le chanteur était Adolphe Nourrit, et cependant 1 effet fut médiocre ^. En revanche, la Parisienne, de Casimir Delavigne, interprétée également par Nourrit, obtint un immense succès. Oserai-je dire que c'était justice? Quand le poète des Messéniennes chantait la Cartouche citoyenne, les Vieux généraux de vingt ans, Lafayette en cheveux
1. Gazelle des tribunaux du 17 septembre 1831. t. Le Globe du 28 juillet 1831.
blancs, et D'Orléans, soldat du drapeau tricolore, il était sincère, et, même médiocres, ses vers trouvaient de Técho. Qui pouvait prendre au sérieux le poète des Odes et Ballades célébrant les martyrs de Juillet,
Les martyrs ! les vaillants ! les forts !
écrivant sans conviction des vers comme ceux-ci :
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie . Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau.
C'est pour ces morts, dont l'ombre est ici bienvenue. Que le haut Panthéon élève dans la nue.
Au-dessus de Paris, la ville aux mille tourSf La reine de nos Tyrs et de nos Babylones,
Cette couronne de colonnes Que le soleil levant redore tous les jours.
Comme autrefois le Moniteur du i3 décembre 1822 avait reproduit Tode sur Louis XVII, le Moniteur du 29 juillet i83i inséra dans ses colonnes Y Hymne aux morts de Juillet.
Ainsi, à cette date, Victor Hug'o a déjà été le poète officiel de deux gouvernements, — et il n'a pas trente ans! — Avec quel mépris, d'ailleurs, ne parlait-il pas du gouvernement tombé ! Dans les premiers mois de i83i, comme il était question de rétablir la censure théâtrale, les auteurs dramatiques se réunirent pour protester. Victor Hugo prit la parole et qualifia A' infâme le gouvernement de la Restauration. Un ancien garde du corps, M. Théodore Anne, se leva brusquement : « Ah! Monsieur, s'écria-t-il, avant de continuer sur ce ton, retirez du moins de votre boutonnière le ruban que vous devez à la bonté du roi Charles X ! » L'auteur de Tode sur le Sacre rougit et se tut *.
4. Jm Mode de 1835. Le récit de la Mode ne fut Fobjet d*aucun démenti.
L'année i83i touchait à sa fin. L'ag-îtation des esprits était plus grande que jamais. Une insurrection avait éclaté à Lyon, et la ville tout entière avait été un instant au pouvoir des ouvriers. En Vendée, le parti légitimiste préparait une prise d'armes. A Paris, le parti républicain s'org-anisait dans les sociétés secrètes, prêt à relever les barricades. Des vers de Victor Hugo paraissent alors, où ne se découvre aucune trace des émotions du dehors, où Ton n'entend aucun écho des bruits de la rue. Pour la première fois, il publie un recueil qui ne répond pas aux préoccupations de l'heure présente, qui est môme en complet désaccord avec elles. Est-ce donc qu'il entende, cette fois, ne plus vaguer le train commun , se séparer de la foule et la dominer, au lieu d'être dominé par el)^ ? En aucune façon. Il se trouve seulement qu'avant î^ journées de Juillet, dans les heureux loisirs que lui faisait la Restauration, il a composé des vers sereins et paisibles, « des vers de la famille, du foyer domestique, de la vie privée * ». Ces vers sont beaux, les plus beaux peut-être qu'il ait encore écrits; le poète ne veut pas les perdre, et il a bien raison. Et voilà pourquoi, le 24 novembre i83i, l'éditeur Eugène Renduel mettait en vente les Feuilles d'automne, un bel in-8, avec frontispice de Tony Johannot : Deux jeunes hommes enveloppés dans de longs manteaux et traversant un cimetière au soleil couchant. Grand fut l'étonnement, et grande aussi l'admiration, lorsqu'au milieu des cris de haine et de vengeance, dans la mêlée furieuse des partis, retentirent soudain ces chants harmonieux, ces doux poèmes, et, parmi vingt autres chefs-d'œuvre, ces deux pièces magnifiques : l'ode A M. de Lamartine et la Prière pour tous *.