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CHAPITRE III

LE ROI s'amuse

Le procès des Ministres. — La peine de mort, Lamartine et Victor Hugo. — Sainte-Beuve et Armand Garrel. — La première représentation du Roi s'amuse. — L'interdict>c)n et le procès. ■— Le comte d'Argout et les Châtiments. — Les 20.000 francs d'Eugène Renduel. — La deuxième représentation du Roi s'amuse. — La vengeance de François I".

Dans la pièce qui sert de préface aux Feuilles d'automne, Victor Hugo se caractérise lui-môme en ces vers :

C'est que l'amour, la tombe, et la gloire et la vie, L*onde qui fuit, par Tonde incessamment suivie. Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal, Fait reluire et vibrer mon âme de cristal.

Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j'adoro Mit au centre de tout comme un écho sonore!

C'est bien cela. Victor Hugo est une âme de cristal, un verre qui réfléchit les images extérieures, un écho qui répète en les grossissant les bruits du dehors. En dépit de sa fière devise : Ego Hugo, il est de ceux qui suivent. En dépit de Téclat de ses fanfares, il n'est que le héraut et le serviteur des idées du moment ^. Aux nombreuses preuves que j'en ai déjà données, d'autres se viendront ajouter à mesure que nous avancerons.

Peu de jours après la révolution de Juillet, M. de Tracy avait soumis à la Chambre des députés une proposition tendant à la suppression de la peine de mort. Lorsqu'elle

i. Voy. Victor Hugo avant iSSO, pp. 515 et suiv. I. 4

vint en discussion, le 6 octobre i83o, la Chambre, qui allait se séparer, ne crut pas pouvoir improviser une réforme aussi grave ; mais elle adopta et vota d'urgence, dans une séance de nuit, une adresse qui invitait le roi à proposer cette suppression en certains cas, spécialement en matière politique. Au fond, la Chambre des députés, le roi, qui approuva chaleureusement les idées exprimées dans l'adresse, tenaient médiocrement à garantir la vie sauve aux assassins, mais ils attachaient beaucoup de prix à ne pas livrer au bourreau les ministres de Charles X. C'était aller directement contre les idées et les passions du parti révolutionnaire, lequel entendait justement que Ton abolît la peine de mort pour les assassins, mais qu'on la conservât pour les ministres. Le 17 octobre, la populace envahit les cours et les jardins du Palais- Rojal, demandant les t('tes de M. de Polignac et de ses collùffues. Le lendemain, nouvelle émeute. Une foule hideuse, armée de fusils, de sabres, de piques, repoussée du Palais-Royal dans la soirée, se précipite à Vincennes pour arracher les ministres de leur prison. Obligée de reculer devant l'héroïque attitude du général Daumesnil, elle revient à Paris, entoure de nouveau le Palais-Royal au milieu de la nuit, à deux heures du matin, et, avec d'atroces clameurs, demande à voir le roi. La porte allait être forcée, déjà les plus hardis montaient le grand escalier, quand arrivent quelques compagnies de garde nationale, réunies à la hâte, qui dispersent enfin les émeutiers *.

Lamartine était alors à Milly, et c'est de là qu'il écrivait, le 4 novembre, à son ami, M. Aimé Martin : « Mon cher ami, voici une ode au peuple du 29 juillet ou du

1. Histoire de la monarchie de Juillet, par Paul Thureau-Dangin, t. ï, p. 115.

octobre, que je viens de griffonner hier et avant-hier avec un grand enthousiasme, pour tâcher de mettre mon grain de sable dans la balance de l'honneur et de Thumanité. » Après lui avoir recommandé de faire insérer ses vers dans le plusg-rand nombre de journaux possible et de les faire paraître en brochure chez Gosselin, il terminait par ces mots : Mettez mon nom en toutes lettres à la pièce. AL, DE LAMARTINE K

La pièce était mag-nifique, le plaidoyer superbe. De ces ving-t-deux strophes, pas une qui n'étincelle de beautés :

Il est beau de tomber victime Sous le regard vengeur de la postérité,

Dans l'holocauste magnanime

De sa vie à la vérité î L'échafaud pour le juste est le lit de sa gloire : 11 est beau d'y mourir au soleil de l'histoire

Au milieu d'un peuple éperdu; De léguer un remords à la foule insensée, Et de lui dire en face une mâle pensée

Au prix de son sang répandu...

Voici la fin de la pièce :

Mais le jour où le long des fleuves Tu reviendras, les yeux baissés, sur tes chemins,

Suivi, maudit par quatre veuves

Et par des groupes d'orphelins, De ton morne triomphe cherchant en vain la fête, Les passants se diront, en détournant la tête

De ton lugubre tombereau :

a Marchons, car ce n'est rien qu'un peuple qui se venge. Le siècle en a menti; jamais l'homme ne change :

Toujours ou victime ou bourreau! »

Le 19 novembre, Lamartine écrit à M. de Virieu :

Mon Ode au peuple pour les ministres va paraître... On m'écrit lettres sur lettres pour m'en demander l'instante publication, au nom des victimes mêmes. M. de Martignac' et' le duc de Guiche m'écrivent encore à l'instant et en espèrent

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