‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 26 sur 151 · Préface du Dernier jour d'un condamné, édition de · texte numérisé non relu

Préface du Dernier jour d'un condamné, édition de

à ce moment, d'insérer dans le National une protestation revêtue de signatures. Victor Hug-o, que Sainte-Beuve avait prévenu de la part d'Armand Garrel, lui répondit par la lettre suivante :

Je ne suis pas moins indigne que vous, mon cher ami, de ces misérables escamoteurs politiques qui font disparaître l'article i4 et qui se réservent la mise en état de siège dans le double fond de leur gobelet.

J'espère qu'ils n'oseront pas jeter aux murs de Grenelle ces jeunes cervelles trop chaudes, mais si généreuses. Si les faiseurs d'ordre public essayaient d'une exécution politique et que quatre hommes de cœur voulussent faire une émeute pour sauver les victimes, je serais le cinquième.

Oui, c'est un triste mais un beau sujet de poésie que toutes ces folies trempées de sang I Nous aurons un jour une république et, quand elle viendra, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le- fruit ' qui ne sera mùr qu'en août. Sachons attendre. La république proclamée par la France en Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs.

Mais il ne faut pas souffrir que des goujats barbouillent de rougenotre drapeau. lyie faut pas, par exemple, qu'un F. S..., dévoué il y a un an à la quasi-censure dramatique de M. d'Argout, clabaude à présent en plein café qu'il va fondre des balles. Il ne faut pas qu'un F... annonce en plein cabaret, pour la fin du mois, quatre belles js^'uillotines permanentes dans les quatre principales places de Paris. Ces gens-là font reculer l'idée politique, qui avancerait sans eux. Us effrayent l'honnête boutiquier, qui devient féroce du contre-coup. Ils font de la république un épouvantail. 98 est un triste asticot. Parlons un peu moins de Robespierre et un peu plus de Washington.

Adieu. Nous nous rencontrerons bientôt, j'espère. Je travaille beaucoup en ce moment. Je vous approuve de tout ce que vous avez fait, en regrettant que la protestation n'ait pas paru. En tout cas, mon ami, maintenez ma signature près de la vôtre.

12 juin 1882 i.

!. Sainte-Beuve, Portraits contemporains^ édition de 18C9, t. I, p. 4GC.

Je travaille beaucoup en ce moment,,. Le poète écrivait alors le Roi s'amuse, commencé le 3 juin, — et non le i®^, comme il est dit au tome II de Victor Hugo raconté *.

Le i®*", il écrivait à Victor Pavie :

Que devenez-vous donc, mon cher Pavie? Nous n'entendons plus parler de vous, nous ne recevons plus de vos nouvelles et nous en sommes tout attristés. Est-ce que vous nous oubliez tout à fait? Est-ce que vous n'aimez déjà plus vos vieux et fidèles amis de Paris ?

J'espère, je suis sur qu'il n'en est rien, mais écrivez-nous donc entre deux plaidoyers ; contez-nous ce que vous faites, ce que vous pensez et comment vous prenez le bonnet carré ; ce que devient votre âme, si pleine de pure et harmonieuse poésie, au milieu des embarras du parquet. Dites-nous que nous vous manquons un peu ; dites-nous que vous n'êtes pas tout à fait malheureux, pour que nous ne soyons pas fâchés.

Les oreilles doivent vous tinter en Anjou; nous parlons si souvent de vous, ma femme et moi, de ce lundi périodique que vous nous aviez fait si aimable, de votre cher et bon père, de votre frère ; quand donc viendrez-vous tous les trois dîner avec

nous?

Ecrivez-moi, parlez-moi de vous tous; écrivez-moi une longue lettre de quatre pages et d'une écriture bien fine, que ma femme me lira.

Adieu, embrassez pour moi votre frère et votre père, que j'aime autant que vous (et dans tous les sens de cette amphibologie), c'est-à-dire de tout mon cœur.

Victor. .

i"f juin «.

i. Victor Hugo raconté, t. II, p. 374.

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