‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 29 sur 151 · Épaves, peir Léon Aubineau, p · texte numérisé non relu

Épaves, peir Léon Aubineau, p

64 \ICTOR HUGO APRÈS 1830

En attendant, le parterre et l'amphithéâtre trépignaient d'aise, et, croyant déjà tenir la victoire, chantaient sur lair de Marlborough :

L'Académie est morte, Mironton ton ton mirontaine, L'Académie est morte, Est morte et enterrée.

Au second acte, le monolog-ue de Triboulet, où Ligier fut très beau, et -la scène de Triboulet et de sa fille :

Oh! ne réveille pas une pensée amére...,

valurent aux acteurs et à la pièce de nouveaux applaudissements ; mais, à la fin de Tacte, quand Triboulet, à qui Clément Marot a bandé les yeux, tient lui-même, le long du mur de sa maison, Téchelle qui sert aux gentilshommes à enlever sa fille et à l'emporter demi-nue et bâillonnée, ce fut au tour des siffleurs d'avoir le dessus. A ce moment,

L*cspoir changea de camp, le combat changea d'âme.

Sauf une éclaircie, pendant la scène du troisième acte, où Triboulet redemande sa fille aux courtisans, la tempête n'allait plus cesser, les sifflets allaient jusqu'à la fin faire rage. En vain les amis de l'auteur s'époumonnaient à crier : A bas les brutes! A bas les stupides^l leurs protestations ne faisaient qu'accroître le tumulte et ajouter encore au bruit des huées. Le quatrième acte fut un désastre; le cinquième fut une déroute. De ce cinquième acte, destiné, d'après Sainte-Beuve, à produire un si prodigieux effet, pas un seul vers n'avait été entendu. Quand la toile tomba, tous les spectateurs étaient debout, criant, se me-

1. L Histoire par le théâtre, par Théodore Muret, t. III, p. 206. — Théodore Muret assistait à la représentation.

naçant du poing*, échangeant des injures et des provocations. Le rideau se releva lentement. Ligier s'avança pour proclamer le nom de Tauteur. « L'hostilité, dit Victor Hugo raconté^ l'hostilité, de même qu'à Marion de Lorme, laissa nommer l'auteur sans protestation^, » C'est une erreur. L'apparition de Ligier ne suffit point à changer ainsi la tempête en bonace. On lit dans le Courrier des théâtres : «Venu pour annoncer le poète, Lig*ier a dû se taire fort long^temps en présence d'une horrible bourrasque. Mais, saisissant un moment de fatigue et dégageant son discours de la formule accoutumée, cet acteur a crié : Victor Hugo 2/ »

Le lendemain, dans la matinée, le poète recevait de M. Jouslin deLasalle, directeur delà Comédie-Française, le billet suivant :

Il est dix heures et demie, et je reçois à Pinstant V ordre de suspendre les représentations du Roi s'amuse. C'est M. Taylor qui me communique cet ordre de la part du ministre.

Ce 23 novembre.

Suspendue le matin, la pièce était interdite le soir. L'ordre d'interdiction était ainsi conçu :

Le ministre secrétaire d'État au département du commerce et des travaux publics, vuTarticle i4 du décretdug juin i8o6; considérant que, dans des passages nombreux du drame représenté au Théâtre-Français, le 22 novembre 1882, et intitulé le Roi s' amuse i les mœurs sont outragées, nous avons arrêté et arrêtons :

Les représentations du drame intitulé le Roi s'amuse sont désormais interdites*

Signé : comte d'AnaouT,

4» Victor Hugo raconté, t. II, p. 381.

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