Préface du hoi s* amuse, 30 novembre
2. Le Romantisme et l'éditeur Renduel, par Adolphe Jullien, ch. IV. — L'auteur a bien voulu me permettre de prendre communication du manuscrit de son ouvrage, composé d'après les papiers d'Eugène Renduel et non encore publié. Le chapitre iv est consacré aux relations de Victor Hugo avec Eugène RendueL Quelques oxlruits de ce chapitre ont caru dans le Figaro du 2a novembre i882.
main au Théâtre-Français, pour y réclamer le Roi s'amuse et pour protester hautement contre l'acte d'arbitraire inouï dont cet ouvrage est frappé. Je crois, Monsieur, qu'il est d'autres moyens d'arriver au châtiment de cette mesure illégale, je les emploierai. Permettez-moi donc d'emprunter, pour cette occasion, l'organe de votre journal pour supplier les amis de la liberté, de l'art et de la pensée de s'abstenir d'une démonstration violente, qui aboutirait peut-être à l'émeute que le gouvernement cherche à se procurer depuis si longtemps.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
Victor Hugo, qui accusait le gouvernement de chercher à se procurer une émeute, ne pourrait-il pas être soupçonné lui-môme, à plus juste titre, d'en avoir désiré une, ce jour-là, une jolie petite émeute, nullement républicaine d'ailleurs, et faite aux cris de : Vive le Roi... s' amuse f Malheureusement, l'émeute souhaitée ne vint pas. Ni le soir^ ni le lendemain, la généreuse jeunesse des écoles et des ateliers ne manifesta rue de Richelieu. Force fut donc au poète d'employer les autres moyens^ de traduire les sociétaires du Théâtre-Français à la barre du tribunal de commerce, de traduire M. d'Argout et ses collègues à la barre des journaux. Dans les derniers jours de novembre, il adressait ce billet à Eugène Renduel :
J'ai vu hier au soir Carrel ; tout est convenu. Il a été excellent. Je vous conterai la chose en détail. Sainte-Beuve peut faire l'article comme il le voudra et le porter aujourd'hui avec le fragment de préface. Carrel mettra tout. Carrel veut, en outre, un grand article politique pour un de ces jours sur l'aftaire. Vous savez que c'est Odilon Barrot qui plaidera pour moi : venez me voir.
Voici quelques lignes pour le Journal des Débats qu'un de
i. Le Constitutionnel, 27 novembre 1832.
C8 VICTOR HUGO APHKS 1830
nos amis m'a faites hier au soir. Elles sont en trop grosses
lettres, ce qui serait ridicule. Vous ferez bien de les recopier
et de les porter tout de suite.
Tout à vous,
Voyez Sainte-Beuve et les journaux *.
Point de journal, en effet, qui ne reçût la visite de llenduel, de Hug^o ou de Tun de ses amis^ et qui, à la veille du 4 décembre, jour fixé pour la mise en vente du drame et de sa préface, ne publiât une réclame dans le l^enre de celle-ci : « Le Roi s'amuse, drame de M. Victor Hug*o, dont les représentations ont été défendues par ordre du ministre, paraîtra lundi, sans remise, à la librairie d'Eug'éne Rcnduel. On assure .que plus de mille exemplaires sont retenus d'avance. »
Le jour de la mise en vente, nouveau billet du poète à Renduel :
TAchez, mon cher éditeur, de venir demain, à dix heures, (h'jounor avec moi. J'ai mille choses importantes à vous dire. Il faudrait que nous allassions ensemble chez votre agréé pour que l'assignation au théâtre soit donnée dès demain. Tout cela est convenu avec Odilon Barrot, que j'ai vu ce matin.
Apportez-moi en même temps :
Un exemplaire du lloi s'amusey un exemplaire de Notre- Dame de Paris j pour Bernard de Rennes, qui s'est si puissamment entremis dans l'afFaire.
Un exemplaire du Roi s'amusey un exemplaire de Marion de Lorme pour Odilon Barrot.
Je crois que nous allons faire un bruit du diable 2.
Appelée devant le tribunal de commerce, le vendredi 7 décembre, TafFaire de Victor Hugo contre le Théâtre-
1, Adolphe Julliea, op. cit.