‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 42 sur 151 · Préface de Lucrèce Borgia · texte numérisé non relu

Préface de Lucrèce Borgia

)0 VICTOR HUGO Al'BES 1830

Royal, comme était Racine. La leçon morale qui sort de no3 drames modernes, c'est qu'il ne faut qu'une seule bonne qualité pour excuser beaucoup) de vices; leçon indul;a;-cnte et qui met le cœur de l'homme fort à l'aise ^ » En tôte de Lucrèce Borgia, Victor tlugo a écrit ces lig-nes :

L'auteur de ce drame sait combien c'egt une grande et sérieuse chose que le théâtre. Il sait que le drame a une mission nationale» une mission sociale, une. mission humaine. Quand il voit chaque. soir ce peuple i^i intelligent et f' vancé, qui, a fait de Pa^i^.laçit6 centrale du progrès, s'cnUJser en foule devant un rideau que sa pensée, à lui chétif poète, va soulever le moment d'après, il sent combien il est peu de chose, lui, devant .tant d'attente et de curiosité ; il sent que si son talent n'est rien» il faut, que sa probité soit tout; il s'interroge avec sévérité et recueillement sur la portée philosophique de spn œuvre, car il se sait responsable et il ne veut pas que cette foule puisse lui demander compte un jour de ce qu'il lui aura enseigne. Le poète aussi a charge d'âmes. Il ne faut pas que la ipiiltitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde.

Le poète a charge d'âmes, il se sait responsable , îî sait'qu'il a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine; et pour remplir cette triple mission, il écrit Lucrèce Borgia! Il dénonce l'Église à la haine et au mépris delà foule, comme tout à l'heure il luî dénonçait la royauté! Il étalesoussesyeux, pendant trois heures, les crimes les plus exécrables, le viol, l'inceste, l'empoisonnement, l'assassinat^ et montrant au peuple cet amas de hontes et de scélératesses, il luî dit : « Voilà l'Église romaine! Voilà le Saint-Père î Voilà le Pape, ei ses fils et sa fille ! »

De tels crimes, s'ils ont vraiment existé, relèvent de

d. Cours de littérature dramatique, i, I, p, 328,

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rhistoire; à elle de les raconter et de les flétrir, d'en tirer,

pour ses lecteurs, des enseig-nements et des leçons. Les traduire sur la scène, les jeter en pâture à une multitude vj ignorante, c'est flatter ses plus mauvais instincts, éveiller, " " exciter ses plus basses passions. Et si Tauteur, si le poète i bafoue ainsi la religion, en un moment où l'agitation est > dans les esprits, où les croix abattues ne sont pas encore ^ relevées, où les églises saccagées sont encore en deuil, s'il fait cela, le poète fait une lâche action!

Sur ces crimes, d'ailleurs, la lumière a été faite ; l'histoire a prononcé. Le protestant William Roscoe, dans sa Vie de Léon X^, que Victor Hugo aurait pu lire, puisqu'elle avait été traduite dès 1808 ; le protestant Ferdinand Gregorovius, dans ses deux volumes sur Lucrèce Bôrgia ^, ont déchargé sa mémoire des crimes que lui avaient imputés ses ennemis. La vérité est qu'e|le. ne fut ni un ange ni un démon, « beaucoup plus éloignée du démon qu'elle ne l'est de l'apge ». Le mot est de Raul de Saint-Victor ^. Les pièces d'archives réunies en dernier lieu par l'historien Gregorovius, si elles n'ont pas dissipé toutes les ombres amassées par la légende autour de la sœur de César Borgia, éclairent cependant d'un jour favorable la figure de celle que le « loyal serviteur », ce vertueux et naïf historien de notre Bayard, appelle la « bonne duchesse ». — « La bonne duchesse, dit-il, à propos de l'entrée de son héros et de ses compagnons d'armes dans la ville de Ferrare, après la prise de Bastei, la

1. Vie et Pontifical de Léon X, 4 vol. in-4. Londres, d805; tra duilspar P. F. Henry. Paris, 1808-1816, 4 vol. in-8. — Voy. à la fin (lu tomoI«^ la Dissertation sicr te caractère de Lucrèce Borgia»

2. LUCREZIA BORGIA, nach Urkanden und Correspond enzen ihrer eigenenzeit, — \tds YQvàn\m\ô.QregoroviiLS. Slutt^^iud, d875. — Traduit on français par M. Paul Regnaud. Paris, 1^76, deux vol. in-8.

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