‹ Victor Hugo après 1830Chapitre 44 sur 151 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

à l'impérissable souvenir du grand poète... M™® Juliette Drouet, assise d'ordinaire, en ce petit hôtel de Tavenue d'Bylau, devenue l'avenue Hu^o, au coin droit de la cheminée, en face de Victor Hug'o ; M"*® Drouet apparaissait là souriante, le profil antique, la chevelure superbe, plus' belle peut-être dans sa vieillesse qu'elle ne l'avait été, môme' lorsque Pradier, le statuaire, sculptait ses traits pour en faire cette statue de Strasbourg* qui se dresse sur la place delà Concorde *. »

Je reviens à l'année i833. « En i833, dit M. Robert Lesclide^ M**® Drouet était engag-ée au théâtre de la Porte- Sain t-Martîn, où Victor Hug-o allait faire représenter Lucrèce Borgia. Le rôle de Lucrèce appartenait naturellement à M''e Georg-es. L'auteur ne trouvait pas le rôle de la princesse Neg-roni dig'nc d'être offert à M'*® Drouet. Harel exposa ses scrupules à sa belle pensionnaire, qui prit une Voiture et se rdndit chez l'auteui*. Elle lui demanda le rôle et l'obtint 2, »

M*ï« Juliette avait alors vingt-sept ans. Elle s'appelait de son vrai nom Julienne Gauvain 3. Drouet ne fut jamais

1. Jules Claretie, La Vie à Paris en 4883, ch. xxi, intitulé 3f"« Drouet,

2. propos de table de Victor Hugo, recueillis par Richard Les-

fliflc.

3 Voici son acte de décès, extrait des minutes des actes de l'Etat civil du XVI« arrondissement de Paris : a L'an 1883, le 11 mai, à trois heures du soir, acte de décès de Julienne-Joséphine GAUVAIN, dite Juliette Drouet, âgée de soixante-dix-sept uns, sans profession, née à Fougères (llle-et-Vilaine), défcédée à Paris, avenue Victor-Hugo, 50, ce matin à quatre heures ; fille de Julien Gauvain et de Marie Marchandet, décèdes; célibataire. Dressé par nous, Albert Poirsoû, adjoint au maire, officier de l'état civil du XVI« arrondissement de Paris, sur la déolaratioa de Louis Kock, âgé de quarante-sept ans, professeur au lycée Saint-Louis, à Paris, rue Saint-Sulpice, 27, neveu de la défunte, et de Léon Trèbuchet, dgé de cin(mante ans, secrétaire chef des bureaux de la huitième mairie, à Paris, rue d'Anjou, il, qui ont signé avec nous après lecture. » i

LUCRÈCE BORGIA 9h

pour elle qu'un nom de guerre, |e nom d'un général 4ont elje se disait la nièce Après avoir paru à BrUicelles sur le théâtre de la cour, elle était venue à Paï'is, et elle était entrée à la Porte-Saint-Martin, où elle joua, pour son début, le 27 février i83o, le rôle d'Emma, dans r Homme du monde, drame de MM. Ancelotet Saintine. En i83i, elle fit partie de la troupe- de t'Odéon, et parut dans le Moine, de Fontan, le Jeune Prince, de Merville, r Homme au masque de fer, d'Arnould et Fournier, la Catherine II, d'Arnould et Lockroy *, Elle revint, en 1882, à la Porte-Saint-Martin, où elle créa le rôle de Térésa, dans la pièce d'Alexandre Dumas, et le rôle de la marquise dans Jeanne Vaubernier ^ Si son talent était pour quelque chose dans son succès, sa beauté y était surtout pour beaucoup. Aussi V Artiste, en publiant son portrait par Léon Noël, disait-il qu'elle avait besoin « d'études sérieuses », qu'ij lui fallait faire «l'apprentissage du métier » ; puis il ajoutait :

Quelques-unes de nos actrices peuvent peut-être disputer à Mlle Juliette le prix de la beauté; maïs aucune n'a cette pureté, cette jeunesse, cette naïveté de contours, qui rappellent les statues grecques, et à la fois cette poétique physionoinie qui fait comprendre les héroïnes de Shakespeare. Aussi M. Léon Noël a-t-il le regret de n'avoir pu fixer sur la pierre cette physionomie tour à tour passionnée et fatale, spirituelle et mordante. Il y a des limites à Part, et les plus belles têtes de Van Dyck ne parlent pas. Lawrence seul aurait peut-être su rendre ces traits suaves et purs 3.

Dans Lucrèce Borgia, M^^ Juliette n'avait que deux mots à dire et ne faisait que traverser la scène. « Son

1. UOdéon, par Paul Porel et Georges Mon val, t. Il, pp. 155, i56 157.

' g.' V Artiste, 1832, t. IV, p. 224.

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