La Fontaine, le Mari, la Femme et le Voleur
iH Victor Hugo après irso
C'est un conte Lgalement que nous fait ici Victor Hugx). Personne ne sera assez naïf pour y croire.
Pas n'est besoin d'aller chercher si luiti la cause de l'insuccès de Marie Tador. Cette cause, on la trouve dans la pièce ellc-mSmc. Lucrèce Borg'ia appartient plus à la légende qu'à l'histoire. Ce n'est pas un de ces personnages de plein jour et de premier planqu'll est interdit de refaire. Il n'en va pas de mCme de la reine d'Angleterre, de la fille de Henri VIII. Pas un trait de sa physionomie, pas un acte de son règne qui n'ait été éclairé d'une vive et complète lumÎÈre. Faire de cette reine, à qui ses ennemis eux-mêmes ont toujours reconnu une piélè sincère et des mœurs irréprochables, — millier sane pia, moribusque caslissimis, dît le protestant Godwin ', — faire de Marie Tudor une Messaline, c'est mentir à l'hisloire plus que cela n'est permis, même à un faiseur de drames. Je sais bien que cette mccon naissance de la vérité n'était pas pour choquer beaucoup, en i83S, le public de la Porte-Saint-Martin; mais le caractère île Marie Tudor dans la pièce de Victor Hugo ne pèche pîis moins contre les convenances de l'art que contre celles de l'histoire. L'auteur ne se contente pas d'en faire une femme dissolue, il en fait une dévergondée, qui s'afficlic devant toute sa cour, qui étale le scandale de ses amours
1. Godwin. tas.— Un autre ûnrivain protcslnnl, Camiiem, rend le ni£me tÉmoigiisge aux vertus et à la piùlii de Marie Tudor : Prineeps apud omnet ob MORES SASCTISSIMOS, pielalem in pauperea, liberaliialem in nobiies algue ecclesiaslicot nunquain nalia laudala. — • 11 est reconnu. El dit, de son côté, l'historien Lingard, que sa réputation était au-dessus de tout reproche, et loi avait gagnù le respect universel, même celui de ses plus violents ennemis. Les dames de sa maison imitèrent la conduite <ie leur maltressu, et la drccnre do la cour do Marie a souvent 016 citée avec k\Ofjfi par ceux qui déploraient la dissolution qui rL-gna dans celle di! son iurirnstur. • llisloire d Anglelen-e, par lo docteur Jii/iii LiMijJui, t. III, cli. ix.
et les emportements de sa passion devant Tambassadcur même du prince qu'elle a publiquement accepté pour fiancé.
Les autres caractères ne sont pas moins faux. Fabiano Fabiani, le favori de la reine, a si peu de consistance que l'auteur s'en débarrasse pendant tout le dernier acte. On entend bien encore parler de lui, mais, quoique personnage principal, on ne le voit plus. L'ouvrier Gilbert est un homme du peuple, — grand, héroïque, sublime, — et qui ne peut pas être autre chose, vous le comprenez bien, puisqu'il est un ouvrier. Quanta Simon Renard, l'ambassadeur de Charles-Quint, c'est un étrang-e diplomate, qui parle tout haut et qui n'a de secrets pour personne, pas môme pour le bourreau.
La fable du drame vaut les caractères. La reine aime un aventurier italien, Fabiano Fabiani, le comble de faveurs et de titres, brave pour lui l'opinion de son peuple et la rébellion de ses seigneurs. Fabiani séduit Jane, une pauvre fille du peuple, qui se trouvera à la fin, comme dans tout bon mélodrame, être l'héritière d'un grand nom et d'une grosse fortune, la fille du dernier lord Talbot, décapité sous le roi Henri VIIL Quand la reine apprend qu'elle est trahie, elle veut que l'homme qui l'a trompée périsse, et, pour le pousser à l'échafaud, elle fait alliance avec l'ouvrier Gilbert, qui aime Jane et qui est prêta sacrifier sa vie pour se venger de Fabiani. Il consent à l'accuser de régicide et à se dire son complice. Tous deux sont condamnés à avoir la tête tranchée. Mais à peine la reine a-t-elle réussi dans son dessein, qu'elle se ravise. A peine a-t-cUe donné la tête de son Fabiani au bourreau, qu'elle veut la lui reprendre. Tout à l'heure elle s'associait à l'homme du peuple, Gilbert, pour perdre son amant; maintenant, pour le
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sauver, elle s^associe à la fille du peuple, Jane. Jane, elle aussi, a chang-é d'idée ; en môme temps que la reine est revenue à son amour pour Fabiani, elle s'est reprise, elle, à aimer Gilbert, et c'est Gilbert qu'elle sauve, avec l'assistance de l'ambassadeur de Charles-Quint, pendant que la tête de t'abiano t'abiani tombe sous la hacne du bourreau.
C'est vainement que sur cette trame g-rossière, sUt ce tissu de. monstrueuses invraisemblances, le poète a semé les broderies de son stjle. t)ans aucun de ses drames, l'action n'est plus dénuée d'intérêt ; dans aucun, les caractères et les situations ne sont d'une exag^ération plus outrée, d'une monotonie plus fatigante. Est-ce pour cela qu'il a eu recours, plus encore que dans ses pièces précédentes, à l'emploi des moyens matériels, à ceux qui s'adressent, non à l'âme du spectateur, mais à ses muscles et à ses nerfs? Dans ïlemani, il avait mis un g-rand escalier; il en a mis deux dans Marie Tudor, uti qui monte et se perd dans les frises, un autre qui descend et se perd dans le dessous. « On ne voit ni d'où partent ces escaliers ni où ils vont *. » Dans Marion de Lorme, le cortège des deux condamnés traverse le théâtre, et la foule se précipite sur leurs pas à grand bruit. Le bourreau est broche, mais on ne je voit pas. bans Marie Tudor, le bourreau paraît dès le deuxième acte, il entre, tète haute, dans le palais de la reine, « vêtu de roug'c et de noir, portant sur l'épaule une longue épée dans son fourreau ^ ». Dans Lucrèce Èotffia, on voit une vaste salle tapissée en noir, éclairée de quelques flambeaux, avec une g-rande croix d'arg-ent au fond, et cinq cercueils rangés devant la porte. Dans